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Speech

Lorsque l'on parle de Yves Suter, c'est souvent pour l'associer au sport.

Certes, ca a été un point que nous avions en commun :

L'un respectait l'autre : Yves était une locomotive.

Les expéditions en vélo nous plaisaient bien : pédaler, visiter, dormir sous les étoiles.
Notre descente en Turquie a été un moment fondateur, guidé par l'effort certes, mais aussi par la nouveauté :
- découvrir des lieux historiques (sur les ruines de Troie, nous étions Achille et Patrocle)
- découvrir des curiosités géographiques (sur la presqu'île volcanique de Bodrum nous ne faisions qu'un avec cette route qui montait, descendait, montait et redescendait. Yves se plaisait à me rappeller régulièrement le dénivelé fait ces deux jours.

Une fois, il ouvrait la route face au vent contraire. Une autre, je le séparais de routiers qui lui en voulaient. La fois d'après, il me soignait. La suivante, je réparais son vélo.

L'un soutenait l'autre : Yves était fiable.

Question violette : Arts et Littérature

Quel est le chanteur fétiche du Festival de Bayreuth

D'abord un silence, puis Yves répond : Dietrich Fischer-Dieskau

C'est quoi cet extraterrestre ! Fini la rigolade, Anglade, ça devient intéressant !

Dietrich Fischer-Diskau : Diskau comme le macumba, ou Diskau comme la musique des BeeGees (groupe très à la mode, il y a 40 ans... 40 ans.).


non, non, Pierre : ni l'un ni l'autre. Fischer-Diskau, comme Dietrich, baryton wagnérien de son état...

Stupéfaction, silence de la tablée : à l'évidence papa Suter avait laissé des traces.

Si Yves était imbattable au Trivial poursuite, en Sports, Géographie, Arts et Littérature, on avait cependant une chance en Histoire, Divertissement et en Sciences & Nature.

Question suivante : c'est une question Sciences et Nature :
Là il est nul, le fromage il est pour nous

Quel est le plus important pays producteur de clous de girofle ?

Yves : Zanzibar, Très bon épice d'ailleurs le clou de girofle, ni trop, ni trop peu.

A l'évidence maman Suter avait aussi laissé des traces, traces que nous avons d'ailleurs régulièrement eu le plaisir d'apprécier à leur juste valeur lorsqu'Yves préparait le souper.

Ces deux exemples résument la situation qui était la nôtre depuis ce temps-là : quand monsieur Suter débarquait avec ses muscles et qu'ensuite il déballait son cerveau : Y'avait comme qui dirait un déséquilibre.

Il fallait faire preuve de créativité pour garder une bonne place dans le hit-parade des mâles fribourgeois. Heureusement, nous avions quelques atouts en réserve !!!
Je parle bien sûr sous le contrôle d'un bon nombre de filles présente dans cette assemblée.

L'un stimulait l'autre : Yves était surprenant

Et ça été, d'abord 40 ans de découvertes d'un esprit encyclopédique et attentif : tout l'intéressait. Sauf peut-être les meetings aériens à Payerne :

Allez Yves un peu souplesse d'esprit, viens. Il y a aussi une expo de chasses-neige à Boschung et on mangera des saucisses de veau.

Ensuite 40 ans de surprises, comme lorsqu'il s'est joint aux spectacles annuels et absurdes que nous faisions avec Paul.
Pour mémoire, et parmi les plus marquants : il a dansé dans "The Boy from New York City", il a volé dans "J'ai encore rêvé d'elle", et je vous laisse deviner ce qu'il faisait dans le dernier spectacle, intitulé : la Pissotière.

Enfin 40 ans d'exaspération, dans des discussions sans fin sur comment bien finir un film ( on a retourné Dr Jivago dans tous les sens), un roman ou une histoire. Ou que faire avec les cons.

Quand je pense à la peine que j'ai eu à lui faire apprécier le funk : Yves t'es un peu coincé, le funk c'est la mère de toutes les émotions. Oui Pierre, mais pas seulement !!!

L'un interpellait l'autre : Yves était curieux

En préparant ce texte, je me suis dit que je devais, au moins une fois, écouter Fischer-Diskau chanter Wagner... Et dans la recherche de morceaux, je tombe sur un Lieder : "Bist du nun tot"

Est-ce un hasard ? Une coïncidence, non, je ne le crois pas !!! "Bist du nun tot " :

On a beau vouloir feinter, se raconter des histoires, la réalité s'impose à nous avec obstination : je n'entendrai plus jamais Yves crier en montant : T'es où Pierre, ça va ?

L'amitié est un processus itératif : il s'en crée, il s'en modifie, il en disparait

Adieu Yves, c'était vraiment bien !