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Heureux Les Doux

Ceux qui traverseront le mieux l’épreuve présente, ceux qui porteront le plus fermement le poids des menaces et des violences et sauront aider les autres à ne pas céder sous le fardeau, ne sont pas les durs, les costauds, les malins. Ce sont les doux et, avec eux, les cœurs purs, les miséricordieux, ceux qui pleurent…

Heureux les doux…Pas les nouilles, les esprits timorés, les mous. La douceur est force de caractère, elle est souplesse face à la brutalité des événements et des hommes, capacité d’encaisser les mauvais coups sans se laisser décontenancer ni briser. Elle s’oppose à l’orgueil, aux certitudes dures et cassantes qui ne savent pas se plier aux exigences concrètes de la vie.

Les doux ne sont pas raidis devant l’inévitable, endurcis par la morne répétition du mal, habitués à la répétition de la violence. Ce sont les patients, les tenaces, ils ne sont pas facilement choqués quand les autres ne font pas comme eux, ils ne désespèrent pas dans les désastres, ils pensent que rien n’est jamais perdu tout à fait.

Ils résistent sans bruit, ne crient pas tout le temps, ne parlent pas beaucoup, on ne les rencontre guère sur le devant de la scène, ils sont attentifs à voir et à écouter, ils n’éteignent pas la mèche qui fume encore.

Ils ne sont pas des théoriciens de la non-violence, des partisans systématiques de l’amour des ennemis et de la joue gauche après la joue droite. Ils savent se montrer à l’école de la vie.

Évidemment, cette douceur ne conduit pas au pouvoir. Elle n’est pas une vertu politique. Elle n’entre pas dans le programme d’un parti, pas même dans le projet d’une Église, d’une Mosquée ou d’un Ashram. Elle est la réponse personnelle de celui qui, à la fois croit en l’être humain et à la puissance de la Vie.

Guy Gilbert