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La Méthode t4

    <p class=default>
      
        <b>p 159</b>
      
    <br/>
      
        <b>Nom de l'auteur Edgar Morin</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>Titre La méthode 4. LES IDEES : leur habitat, leur vie, leurs mśurs, leur organisation</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>Édition ÉDITIONS DU SEUIL (essais). Paris 1991. 264 pages.</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>E.M. , dans son 4ème livre de méthode , pose la question de la nature des idées.</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>Pour y répondre il examine leur "écologie", leur "vie" (noosphère) et leur 
        "organisation"(noologie).</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>ECOLOGIE. Pour Morin les idées ont une existence propre mais non indépendante d'une 
        part de l'esprit de l'individu dans son hic et nunc, et d'autre part de la culture 
        ambiante et tout ce qu'elle charie comme productions, dynamiques et potentiels culturels. 
        Elles sont produites par l'esprit individuel et la culture, mais rétroagissent aussi sur 
        eux. Contrairement aux marxistes, Morin reconnaît aux idées une part non déterminée. Il 
        examine tout particulièrement les facteurs favorables/défavorables à l'émergence d'idées 
        nouvelles:. Si nous sommes tous soumis à un certain marquage ("imprinting") par les 
        facteurs qui nous forment depuis notre conception, nous trouvons souvent - mais pas 
        toujours - dans notre culture même des éléments favorisant une certaine émancipation et la 
        production d'idées nouvelles. Morin appelle cela un "bouillon de culture" caractérisé par 
        1. la dialogique culturelle (le "commerce" des idées et leur pluralité : les idées sont 
        remuées, débattues) 2. la chaleur culturelle (intensité, enthousiasme des échanges) 3. la 
        possibilité d'exprimer des déviances (la déviance est acceptée voire saluée comme 
        originalité) 4. les ruptures, failles et brèches dans le déterminisme culturel 
        (turbulences).</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>La Renaissance et la République de Weimar étaient de telles périodes de "bouillon de 
        culture". Le Nazisme et le Communisme stalinien par contre sont des exemples de 
        sur-détermination des individus par ce que M. appelle le "grand ordinateur central" qui 
        comprend "un sanctuaire" (où La Doctrine est gardée et vénérée) et "un mirador" (d'où 
        s'exerce la surveillance des individus).</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>En problématisant la "sociologie de la connaissance" Morin réfute le réductionnisme de 
        Bourdieu qui "trivialise" la création d'idées par l'individu en considérant celui-ci comme 
        surdéterminé par des facteurs socio-historiques. Il lui oppose les principes 
        "hologrammatique", "récursif" et "d'auto-éco-organisation". Le caractère complexe et 
        réflexif de l'être humain ainsi que son "aptitude dialogique" l'émancipent au moins 
        partiellement du déterminisme. La noosphère (Teilhard de Chardin) n'est pas simplement un 
        reflet inconsistant de la "vie réelle" mais "s'auto-éco-organise" en prenant appui sur la 
        biosphère.</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>NOOSPHERE : Peuplée d'idées, de théories, de doctrines, de mythes, d'idéologies et de 
        systèmes philosophiques, la noosphère est aussi (bien qu'à sa manière propre) réelle que 
        le monde sensible. Dans la 2ème partie de son livre, Morin décrit la "vie" de ces entités 
        immatérielles mais qui ont des racines et des répercussions dans les différentes autres 
        sphères du monde (bio-, psycho-, sociosphère). Il se sert pour cela de termes puisés dans 
        ces autres sphères : "démographie", "prolifération", "typologie", "symbiose", 
        "parasitisme", "dissémination", "virus", "naissance" et "mort" ...</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>Mais si Morin se démarque du matérialisme marxiste en reconnaissant une vie propre aux 
        entités qui peuplent la noosphère, il se démarque aussi du réalisme idéaliste. Pour lui 
        les idées sont produites (et produisent aussi) l'esprit humain individuel et la culture. 
        Elles ne préexistent pas. Ceci semble faire partie de ses axiomes et n'est pas discuté.</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>Morin illustre sa théorie sur la noosphère par des exemples historiques de luttes ou de 
        symbioses entre idéologies, doctrines et idées déviantes. Il attire l'attention sur les 
        "relations dominatrices et asservissantes que ces entités, nées des esprits humains , font 
        subir à ces mêmes esprits ..." (p. 157)</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>NOOLOGIE: La noologie examine l'organisation des idées. Morin brosse ici un résumé de 
        l'histoire de la logique en Occident de l'Antiquité à nos jours. Mais en amont les 
        paradigmes régissent la logique et en aval le langage l'exprime dans ses structures. Cet 
        édifice dans son ensemble est au service de l'émergence du sens: "tout se trouve inclu 
        dans le sens, mais celui-ci est une émergence de ce tout" (p.168)</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>Notre paradigme dominant ( le "Grand paradigme d'Occident formulé par Descartes" p.211 
        et qui inclut plusieurs sous-paradigmes) est basé sur la "logique déductive identitaire" 
        et ses principes (p.174 ff.). Grâce à lui, la techno-science a remporté victoire sur 
        victoire. Disjonctive, réductrice et réifiante elle révèle depuis peu son caractère 
        mortifère. C'est que "la logique déductive identitaire s'ouvre non sur la compréhension du 
        complexe et de l'existence, mais sur l'intelligibilité utilitaire"(p.190). Pour "accéder à 
        la compréhension des identités complexes il faut "infléchir" le principe du tiers exclu en 
        fonction de la complexité" (p.200).</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>Cela concerne le fonctionnement de la Science comme celui de nos sociétés: "L'instance 
        paradigmatique lie en un noeud gordien l'organisation primordiale du cognitif et 
        l'organisation primordiale du social" (p.230), engendrant nos pathologies technocratiques 
        et bureaucratiques.</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>Comme il y a un grand nombre de personnes qui croient tirer profit du paradigme 
        dominant (sans en avoir une conscience claire), celui-ci est très difficile à mettre en 
        question: malgré de multiples crises écologiques, économiques, politiques et sociales, 
        Morin constate que "les craquements se multiplient ... mais le paradigme fossile ne craque 
        toujours pas" (p235). Pourtant, depuis Einstein, Bohr, Heisenberg et Wittgenstein, le 
        noyau axiomatique de la Science s'effondre: la relativité, l'insuffisance du principe du 
        tiers exclu , l'impossibilité d'éliminer le sujet de l'observation scientifique et la 
        prise de conscience de la nature du langage ont tout changé en quelques années au cours de 
        la première moitié du XXème siècle.</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>Avec Edgar Morin, la culture française contribue un philosophe pluridisciplinaire et 
        militant à la révolution paradigmatique en cours.</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>Mes réactions : je reste sur ma faim quant à l'origine et à l'aspect ontologique des 
        idées. M. ne discute pas les idées "ante rem", celles, qui d'après les "réalistes" du 
        Moyen Age agissent dans le développement des formes de la nature, et qui émergent, dans 
        l'esprit du penseur, comme idées "post rem" dans leur propre nature d'entité de la 
        noosphère. Cette théorie me semble complémentaire à la théorie de l'auto-éco-organisation 
        qui signifie, que l'esprit humain donne naissance aux idées qui rétro-agissent sur lui et 
        le transforment. Ne leur donne-t-il pas naissance après/pendant un dialogue avec la nature 
        qui le féconde et le rend capable de mettre au monde les forces formatrices qui l'ont 
        façonnée ?</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>Cependant, il me semble, que ce livre est d'une grande importance non pas seulement 
        pour la philosophie, mais aussi pour la vie pratique, y compris pour le travail 
        d'accompagnateur du changement que j'envisage d'exercer : convaincue que de nos jours nous 
        ne pouvons plus exclusivement compter sur notre instinct et le soi-disant bon sens pour 
        intervenir de façon bénéfique dans le social, je me réjouis de trouver dans l'approche 
        d'Edgar Morin une importante contribution à l'élucidation du monde paradigmatique, qui 
        régit toutes nos démarches intellectuelles et pratiques. Un consultant intervient souvent 
        dans un monde en mouvement, où les dynamiques, intentions et tendances comptent plus que 
        les chiffres, qui ne réflètent que l'état transitoire d'un système. Pour saisir les 
        réalités fluides qui génèrent ces chiffres et aspects quantifiables, notre pensée 
        elle-même doit se faire fluide. Le pari consiste à la rendre suffisamment fluide pour l 
        saisir la réalité et suffisamment consistante/contourée pour ne pas devenir brouillonne. 
        Il s'agit de garder le degré de rigueur optimal. Pour en devenir capable, le professionnel 
        doit s'entrainer. La capacité en question relève à mon avis plus de l'art que de la 
        science et ne s'acquiert pas seulement en exerçant ses facultés d'analyse intellectuelle, 
        mais également en s'immergeant dans le principe "dialogique" avec des réalités fluides et 
        complexes : réalité humaine et sociale, tout ce qui dans la nature et l'art est en 
        évolution et obéit simultanémént à des principes opposés. En écrivant "s'immerger" 
        j'entend à la fois limmersion intellectuelle, sensible, observante et pratique. Morin 
        étaye cette démarche en en formulant les principes et en les situant dans l'histoire des 
        idées occidentales.</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>Synthèse de la synthèse et mots clé:</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>Contrairement à Platon, Morin considère le monde des idées comme mouvant et inscrit 
        dans l'histoire des Hommes. On peut dire qu'il croise la façon juive de regarder nos liens 
        avec le monde transpersonnel (dans leur cas leur histoire mouvementée avec Jahveh) avec la 
        façon grecque (courant parménidien) de considérer les idées comme un sur-monde parfait qui 
        ne transparaît qu'imparfaitement dans le monde sensible. Pour caractériser le "monde" des 
        idées il forge ou adapte e. a. les concepts suivants:</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        <b>"bouillon de culture" , "dialogique culturelle", principes "hologrammatique", 
        "récursif" et ""d'auto-éco-organisation" : tous marqués par la théorie du chaos et la 
        systémie.</b>
      
      
         
      
    <br/>
      
        
      
    </p>

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