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    <p class=default>
      
        <i><b>Les mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines</b></i>
      
      
        <b></b>
      
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        Michel Foucault
      
      
        
      
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        398 pages
      
      
        
      
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        Gallimard, 1966, 1998 (coll. Tel), 68 F
      
      
        
      
    <br/>
      
        Par 
      
      
        <u>Laure Pelbois-Sommereux <mailto:pelbois@clipper.ens.fr></u>
      
      
        , étudiante en maîtrise
      
    <br/>
      
        Le projet qui sous-tend "Les mots et les choses" est défini dès la préface comme une 
        réponse "en écho" au but de "l'Histoire de la folie à l'âge classique", qui se proposait 
        de montrer comment "une culture peut poser sous une forme massive et générale la 
        différence qui la limite".
      
      
        
      
    <br/>
      
        Ici, ce qui importe, c'est d' "observer la manière dont elle éprouve la proximité des 
        choses" et de faire ce que la préface appelle "une histoire de la ressemblance". Ce n'est 
        pourtant pas d'une histoire au sens classique du terme qu'il s'agit. Michel Foucault prend 
        au contraire soin de démarquer son travail de celui des historiens des idées. Car il ne 
        s'agit pas pour lui de montrer comment les idées découlent les unes des autres, ni comment 
        les suivantes s'expliquent par les précédentes. Bien au contraire, l'auteur dénonce 
        l'illusion rétrospective qui fait voir dans les idées précédentes le germe des suivantes, 
        et traite l'apparente continuité dans la succession des idées d'effet de surface (par 
        exemple lorsqu'il récuse les interprétations qui veulent trouver une pensée de la vie et 
        une pensée de l'évolution des formes vivantes au XVIIème siècle dans le sens où elles ont 
        été pensées au siècle suivant. 
      
      
        
      
    <br/>
      
        Il ne s'agit pas davantage pour Foucault de considérer les idées du point de vue de leur 
        valeur rationnelle ou de leur forme objective, mais de considérer, en amont d'elles et 
        sous l'apparente continuité de leur évolution, ce qui les a rendues possibles. C'est ainsi 
        que se définit ce que Foucault appelle "archéologie" , et qui trouvera son plein 
        aboutissement théorique dans "L'archéologie du savoir", ouvrage qui paraît en 1969 et 
        précise la nature de la méthode archéologique. 
      
      
        
      
    <br/>
      
        L'archéologie a pour but de dégager un "champ épistémologique", ce que Foucault appelle 
        une "épistémè", où les connaissances et les théories d'une époque "enfoncent leur 
        positivité". Ainsi doivent se dessiner des "configurations", des "dispositions" du savoir 
        définissant des "systèmes de simultanéité", qui permettent de comprendre le rapport intime 
        entre des domaines aussi disparates en apparence que la grammaire générale, que l'histoire 
        naturelle ou que l'analyse des richesses. "Champ", "table", "lieu", "configuration", 
        "disposition", autant de métaphores spatiales qui parsèment l'ouvrage et semblent désigner 
        une parenté de la perspective archéologique avec le structuralisme - parenté que Foucault 
        récusera dans 
      
      
        <i>L'Archéologie du savoir</i>
      
      
        .
      
      
        
      
    <br/>
      
        La thèse de l'ouvrage est que deux grandes discontinuités ont affecté l'épistémè de la 
        culture occidentale depuis la Renaissance : celle qui inaugure l'âge classique, vers le 
        milieu du XVIIème siècle, et celle qui, au seuil du XIXème siècle marque le seuil de notre 
        modernité.
      
      
        
      
    <br/>
      
        Alors que le monde du XVIème siècle est un monde épais, dans lequel les choses se font 
        écho et font écho aux mots dans un jeu complexe de ressemblances, d'affinités et 
        d'analogies que l'activité de l'esprit a pour tâche de déceler sur le mode d'une 
        interprétation, le monde de l'âge classique est un monde ordonné susceptible d'être 
        représenté dans un tableau mettant en évidences les classes de choses , leur agencement et 
        le passage de l'une à l'autre. La tâche de l'esprit dans un tel monde est une tâche de 
        discernement, de recherche des identités et des différences, et présuppose une sorte de 
        parallélisme entre les choses et leur représentation dans l'esprit. L'ouvrage montre 
        comment autour d'une conception générale du signe et de la représentation - et partant, du 
        langage- peuvent pivoter des domaines aussi divers que la grammaire générale, l'histoire 
        naturelle et l'analyse des richesses. C'est là l'objet de la première partie de l'ouvrage 
        (ch.I à VI).
      
      
        
      
    <br/>
      
        La seconde rupture a lieu au début du XIXème siècle, quand une "historicité" profonde 
        pénètre au cśur des choses, quand l'espace du savoir cesse d'être celui d'une 
        caractérisation universelle pour de venir "un espace fait d'organisations", de "rapports 
        internes" et hiérarchisés d'éléments qui assurent une fonction. Cette mutation entraîne 
        une refonte en profondeur des divers champs du savoir, et une biologie succède à 
        l'histoire naturelle, une économie politique à l'analyse des richesses, et le langage est 
        considéré dans son épaisseur historique. Les chapitres VII et VIII décrivent sous ses 
        différents aspects cette refonte.
      
      
        
      
    <br/>
      
        La question soulevée dans l'ouvrage (page 230), de savoir ce qui explique la survenue de 
        telles mutations qui sont la figure même de l'"événement radical", n'y trouve pas 
        véritablement sa réponse , et il semble que l'archéologie, au moins dans cet ouvrage se 
        contente d'entériner et de décrire le fait.
      
      
        
      
    <br/>
      
        L'ouvrage ne se contente pas de faire état de ces mutations et d'en donner un compte-rendu 
        détaillé, mais converge vers l'idée principale, qui explique le sous-titre "Une 
        archéologie des sciences humaines", et à l'argumentation de laquelle sont consacrés les 
        derniers chapitres (ch.IX: l'Homme et ses doubles, et ch.X: Les sciences humaines), selon 
        laquelle l'homme "n'est pas le plus vieux problème ni le plus constant qui se soit posé au 
        savoir humain", malgré ce que disent les histoires qui le font remonter au "connais-toi 
        toi-même socratique", et en voie la figure derrière l'humanisme de la Renaissance ou les 
        philosophies du cogito de l'âge classique.
      
      
        
      
    <br/>
      
        D'une très grande érudition, cet ouvrage est d'une lecture souvent difficile en raison de 
        son foisonnement de références et des analyses ramifiées qui en sont faites. Sa structure 
        n'apparaît pas non plus d'emblée de manière évidente et l'on ne comprend pleinement la 
        fonction de la longue et belle analyse du tableau des Ménines que lorsqu'elle est reprise 
        à la fin et que l'on comprend le rôle de la place vacante du roi, et son rapport avec la 
        place qui est en fin de compte assignée à l'homme dans le champ du savoir.
      
      
        
      
    <br/>
      
        
      
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