ScyberLabPreview
Open in TheBrain

Multitudes (Revue)

    <p class=default>
      
        <u>multitudes@samizdat.net <mailto:multitudes@samizdat.net></u>
      
      
        
      
    <br/>
      
        Par la notion ambiguë de "multitude", Michael Hardt et Toni Negri font référence aux 
        grandes théories politiques du XVIIe siècle. Pour Thomas Hobbes, grand classique de la 
        théorie libérale de l'État, la "multitudo" revêt encore une connotation exclusivement 
        négative : une foule grossière d'hommes qui ne peut accéder à sa véritable forme, le 
        peuple, que par le biais de l'État. La véritable unité ne se réalise que dans l'État, 
        celle qui est capable d'exprimer une seule et unique volonté menant à la création de la 
        société étatique, le Léviathan. Chez Baruch de Spinoza, auquel les auteurs de "Empire" se 
        réfèrent de façon favorable, l'image de la "multitudo" prend alors une tournure positive. 
        À l'époque de la république hollandaise, la démocratie constituait à ses yeux la plus 
        grande réalisation d'une "multitudo" prospère.
      
    <br/>
      
        Aujourd'hui, dans une période de prospérité toute relative et au terme d'une phase 
        d'évolution capitalistique, les deux théoriciens pensent que l'on peut de nouveau parler 
        d'une "multitude" : le caractère du travail rémunéré s'est fondamentalement transformé. Le 
        travail immatériel, que tout homme peut produire pour peu qu'il soit doté d'un corps et 
        d'un cerveau, a accédé au statut de méthode de production dominante. Si auparavant, les 
        travailleurs dépossédés des moyens de production constituaient une classe sociale, 
        aujourd'hui, sous le règne de la biopolitique, chacun et chacune est dépossédé des moyens 
        de production biopolitique, à savoir la connaissance, l'information, la communication, 
        l'émotion. Ceux-ci se trouvent certes dans le corps et l'esprit de chacun, mais sont 
        contrôlés par le biopouvoir, incarné par l'État et le capital. C'est là l'une des trois 
        exigences fondamentales de l'empire : se réapproprier ces moyens de production ; en 
        conséquence, la "multitude" doit reconquérir le droit à son autocontrôle et à une 
        auto-production autonome. C'est là que réside son espoir de changer l'ordre mondial actuel.
      
    <br/>
      
        L'"empire" a besoin de la "multitude" pour pouvoir perdurer, et pour les auteurs, la 
        "multitude" a le pouvoir de faire disparaître l'"empire". Dans l'"empire", la "multitude" 
        revêt le rôle du sujet révolutionnaire, autrefois occupé dans la théorie marxiste 
        classique par le prolétariat. Tandis qu'à l'État capitaliste s'oppose le prolétariat, 
        après dissolution de l'État national, la "multitude" devient l'antagoniste de l'"empire". 
      
    </p>

<p>

      
        
      
    </p>

<p>

      
        
      
    </p>

<p>

      
        
      
    </p>

Attachments