Château de La Roche-Guyon
Le château de La Roche-Guyon est un château qui se dresse sur la commune française de La Roche-Guyon dans le département du Val-d'Oise aux portes de la Normandie sur la rive droite de la Seine.
L'ancien château fort en ruine, dominé par son donjon, au sommet du coteau a reçu des ajouts importants au XVIIIe siècle au pied du coteau et un jardin et potager « à la française » : le potager du château de la Roche-Guyon.
Historique
Dès la Préhistoire le plateau du Vexin est occupé par un important réseau de domaines agricoles qui deviendront des villæ gallo-romaines à l'Antiquité (Rhus, Genainville…).
Bien qu'aucune découverte ne l'atteste, il est possible que le site de la Roche-Guyon ait abrité l'une d'elles vers les IIIe et IVe siècles.
C'est là que selon la légende Pience, veuve du propriétaire du domaine aurait rencontré saint Nicaise, l'évangélisateur du Vexin, et contemporain de saint Denis au IIIe siècle.
À la suite de cette rencontre elle aurait fait creuser un sanctuaire dans la falaise qui correspondrait à la nef ouest de l'actuelle chapelle du château afin d'accueillir les premiers chrétiens.
Une petite nécropole mérovingienne a été mise au jour et atteste de la présence d'une petite communauté humaine durant le haut Moyen Âge.
Après le traité de Saint-Clair-sur-Epte : un verrou sur la Seine
En 911, le traité de Saint-Clair-sur-Epte confère « la rive droite de l'Epte et les territoires jusqu'à la Mer » à l'autorité de Rollon premier duc de Normandie tandis que la rive gauche est attribuée au royaume de France de Charles III.
L'Epte est alors fortifiée et la Roche-Guyon entre Epte et Seine constitue un site de défense stratégique, un premier château troglodytique y est édifié à la fin du XIe siècle pour défendre l'Île-de-France.
En 1144, Suger le décrit en ces termes :
« Sur un promontoire que forment dans un endroit difficile d'accès les rives du grand fleuve de la Seine, est bâti un château non noble, d'un aspect effrayant et que l'on nomme La Roche-Guyon : invisible à sa surface, il est creusé dans une roche élevée. La main habile de celui qui le construit a coupé sur le penchant de la montagne, et à l'aide d'une étroite ou chétive ouverture, le rocher même, et formé sous terre une habitation d'une très vaste étendue. »
XIIe siècle : la double forteresse de Guy de La Roche
Philippe-Auguste séjourne au château en 1185 et souhaite s'assurer la loyauté de son vassal Guy de La Roche en lui accordant deux privilèges majeurs : le droit de lever péage pour les bateaux naviguant sur la Seine ainsi que le droit de chasse exclusif sur les terres royales de la forêt d'Arthies.
Si le droit de péage procure d'importants revenus à la famille de La Roche il implique également des devoirs tels que garantir la navigabilité du fleuve par l'entretien des berges, le dragage, puis à partir de 1480, d'assurer le halage des navires.
Guy de La Roche aux marches du royaume se doit également d'en assurer la protection et pour ce faire édifie le château haut (fin XIIe siècle) avec son donjon (1180-1200) circulaire de 35 mètres de haut en surplomb de la Seine sur le plateau. Il le complète d'un éperon triangulaire sur son flanc nord, le plus exposé à une attaque éventuelle tandis que la tour centrale est ceinte de deux chemises de défense concentriques. Un escalier d'une centaine de marches est creusé dans la falaise pour le relier au château troglodytique.
Dans un souci de confort c'est également au cours du XIIe siècle qu'est construit le « château d'en bas » qui remplace peu à peu le château originel constituant ainsi une remarquable forteresse double. Un village important commence à se former au bord de la Seine.
Présent à la 1214/07/27 Bataille de Bouvines en 1214 aux côtés du roi Guy de La Roche est assassiné par son beau-père à l'épée alors qu'il sortait de la chapelle. Le château passe de père en fils jusqu'en 1415.
Guerre de Cent Ans : la parenthèse anglaise
En 1415, la Roche-Guyon est désormais sous la seigneurie de Guy VI de la Roche, familier du dauphin. Celui-ci est tué à Azincourt le 25 octobre. Sa veuve Perrette de La Rivière (fille de Bureau de La Rivière, premier chambellan des rois Charles V et Charles VI) comme ses voisins de Château-Gaillard et des Deux-Goulets se range aux côtés du parti des Armagnacs.
En 1419, Rouen tombe aux mains des Anglais le 13 janvier, puis c'est au tour de Vernon le 3 février et de Mantes le 8 février. Un détachement dirigé par Richard de Beauchamp, comte de Warwick est envoyé devant La Roche mais il est surpris par l'opiniâtre résistance rencontrée : le château se révèle imprenable.
Après un siège de six mois, Henri V d'Angleterre qui séjourne à Mantes sollicite une entrevue auprès de dame Perette. Il lui offre le choix entre lui prêter allégeance ou quitter le château. La châtelaine refuse d'abord puis face aux menaces de sape du château par les caves, dame Perette capitule le 20 juin.
Les chroniqueurs Jean Jouvenel des Ursins et Enguerrand de Monstrelet rapportent ainsi les faits : « Lors, lui dit le sire roi, si elle voulait pour elle et ses enfants qui estaient jeunes, lui prêter serment, il les laisserait, à elle et à sesdits enfants, ses meubles terres et seigneuries ; sinon il aurait sa place et ses biens ; mais elle, mue d'un noble courage, aima mieux perdre tout et s'en aller, dénuée de tous biens elle et ses enfants que de se mettre avec ses enfants ès mains des ennemis de ce royaume et de laisser son souverrain seigneur ; ainsi elle en partit et ses enfants dénuée de tous ses biens. »
C'est ainsi que le château est finalement occupé par les Anglais en 1419, Perette de La Rivière rejoint alors la cour du « roi de Bourges ».
Le roi d'Angleterre confie la seigneurie à Guy le Bouteillier, qui la conserve jusqu'en 1439. Son fils lui succède jusqu'en 1449, date à laquelle le château est finalement repris par Guy VII de La Roche, le fils de dame Perette jusqu'à sa disparition en 1460.
Renaissance : le domaine des Silly
Par son mariage en secondes noces en 1471, la fille de Guy VII de La Roche, Marie de La Roche-Guyon, apporte le titre et le domaine au chambellan du roi Louis XI, Bertin de Silly.
Une grande période de prospérité s'ouvre et le château perd peu à peu sa fonction défensive pour se transformer en résidence, il accueille des chasses royales et des personnalités célèbres parmi lesquelles François Ier et Henri IV. Les territoires s'agrandissent considérablement.