Salade
Tout au long du Moyen Age, le casque suit une évolution due aux nouvelles méthodes de combat. Pendant tout le haut Moyen Age, le casque conique est largement utilisé chez les Francs et autres Germains continentaux installés dans le sillage des grandes migrations des 4° et 5° siècles. Les peuples germaniques du Nord (Saxons et Vikings) utilisent aussi le casque conique, mais à nasal. Cet usage va se perpétuer chez les Normands et, au 11° siècle, le casque conique à nasal est largement adopté. Vers 1200, le casque se diversifie en trois modèles principaux. Le simple casque à nasal perdure. Une version plus élaborée de celui-ci se développe avec une protection accrue du visage qui aboutira progressivement au grand heaume. Enfin, utilisé surtout par les piétons, le chapel de fer protège la tète des grands coups d'épée assénés par les cavaliers aux fantassins.
Ces évolutions techniques ont été amenées par l'utilisation de l'épée longue. Elle frappe de taille avec toute la longueur de la lame à cette période. Le piéton subit les coups venant de face, mais aussi d'en haut de la part des cavaliers. Ces derniers protègent leur tète avec le grand heaume cylindrique qui enveloppe la tête, pendant tout le 13° siècle. A la fin du 13° siècle, certains heaumes voient leur forme évoluer, leur coiffe plate devient pointue, cette évolution se poursuivra. Au 14° siècle, la diversification des protections de tête s'accentue. Le
casque conique a perdu son nasal mais il enveloppe plus largement la tête en arrière et sur les côtés (les jouées) afin de mieux la protéger des grands coups d'épée latéraux. En Italie, ce sera la barbute, casque très enveloppant mais qui ne protège pas le visage. En France, ce sera la salade sans visière de certains piétons, surtout les archers et les arbalétriers.
Par ailleurs, le heaume étant lourd et gênant dans le combat, d'après Viollet-le-Duc, on développa une barbute renforcée dans les premières années du 14° siècle en la munissant d'une visière mobile pour protéger le visage et d'un couvre-nuque très long «). Il s'appuie, pour cette affirmation, sur un manuscrit de la Bibliothèque Nationale daté de 1300 environ, l'Histoire du Saint Graal. Sur cet exemple, trois lames d'acier articulées remplacent le camail de mailles habituellement fixé à la base de ce casque. Mais la visière manque encore d'efficacité car un fer de lance pouvait pénétrer entre la coiffe et cette visière. A la même époque, une variante du grand heaume de forme conique est fabriquée avec une visière. Ces deux avancées technologiques sont convergentes. Ces innovations vont évoluer tout naturellement vers le « bacinet à bec de passereau » .
Cette nouvelle évolution se fait en attachant beaucoup d'importance aux problèmes posés par la visière mobile. Comme le note Viollet-le-Duc en étudiant le bacinet : « A la fin du 13° siècle, les gens d'armes, outre la lance, se servaient de l'épée large et lourde, et de la masse. Des coups portés par ces deux dernières armes, les plus dangereux étaient les coups obliques ou horizontaux. Les coups de pointe n'étaient à craindre qu'à pied, non qu'ils pussent percer les hauberts, mais parce que dirigés par un bras vigoureux, ils renversaient l'adversaire. » Divers essais de visières adaptés à un casque aboutissent au bacinet, casque à visière mobile qui va remplacer définitivement le grand heaume avec la mise au point d'un bacinet à visière pointue (qu'on appellera « bacinet à bec de passereau »). Il précise sa forme à partir de 1350. Vers 1370, sa forme est aboutie et il est alors très largement répandu parmi les hommes d'armes, c'est la coiffure de guerre typique de Du Guesclin et de ses contemporains. Ce type de bacinet est conservé jusque vers 1430, époque où il est remplacé par un armet, encore plus élaboré .
La salade
Alors que le bacinet à bec de passereau connaît son aboutissement dans la seconde moitié du 14°, siècle, la salade émerge à son tour des diverses expériences élaborées par les batteurs d'armures. Vers la fin du 14° siècle, on utilise une barbute ou salade sans visière pour les hommes de pied. Ce casque emboîte bien la tête, et une crête permet de faire glisser les lames qui frapperaient le timbre. Par ailleurs, à cette époque, une variante de ce casque et du chapel de fer va aboutir à la salade protégeant le visage qui sera utilisée pendant tout le 15° siècle, excellente défense pour le cavalier comme pour le piéton.
Dans les joutes, on va utiliser un chapel descendant jusqu'au milieu du visage et qui est percé d'une vue à l'avant. La salade est née. Trois modèles seront alors développés de ces grandes salades protégeant toute la tète : la salade sans visière, la salade avec visière fixe et la
salade avec visière mobile.
Pendant la première moitié du 15° siècle, la salade sans visière est courante ; c'est surtout « l'habillement de tète du fantassin ». Elle est forgée d'un seul morceau avec un couvre-nuque assez prononcé. Le modèle présenté par Viollet-le-Duc est long de 37 centimètres et haut de 23 centimètres. Cette salade est fixée sous le menton par deux courroies de cuir et elle peut être portée de deux manières : soit rejetée en arrière et elle laisse le visage à découvert, soit à l'horizontale lors du combat, et seule la vue étroite permet de voir ce qui se passe à l'extérieur.
Nous verrons plus loin que cette vue est très intelligemment agencée pour éviter qu'une pointe de lance puisse entrer à l'intérieur de la salade. La forme du timbre (la calotte métallique enveloppant la tête) est bien ajustée pour protéger le crâne et la salade est surmontée d'une sorte de cimier dans l'axe pour dévier les coups, il est parfois orné d'une ou plusieurs plumes.
Les cavaliers ayant à redouter les coups d'estoc (de pointe) plus que ceux assénés de haut en bas, les bords inférieurs saillants étaient mal adaptés aux chocs latéraux et l'homme d'armes pouvait même être décoiffé.
Ainsi, vers la fin de la première moitié du 15° siècle, ces salades seront surtout réservées aux piétons. Les cavaliers disposeront de jouées presque verticales, d'un timbre très prononcé et d'un couvre-nuque saillant «. A l'intérieur, la coiffe pouvait être serrée autour du crâne avec une courroie. Par ailleurs, pour protéger le menton, la gorge et le cou, une bavière en acier pouvait être portée en dessous de la salade.
Vers le milieu du 15° siècle, des salades à visière fixe sont fabriquées en France. Il s'agit d'un timbre sur lequel une doublure est rivée, visière fixe percée d'une vue. Cette méthode pouvait être utilisée pour simplifier le travail de forge. Elle était aussi une transition avec la salade à visière mobile. Le visage restait découvert, la visière étant relevée sur le timbre.
Les miniatures montrent que, même au combat, la visière reste relevée, elle n'est rabaissée que dans l'imminence du corps à corps car la vue est assez étroite et il est difficile de discerner les menaces latérales (nous avons vérifié...). Il existe deux modèles de visières. Le plus courant couvre presque toute la face antérieure et la vue est percée presqu'au milieu de cette visière. Une autre visière est plus petite. Le timbre s'arrête juste au-dessus de la vue, la visière n'est que la partie basse, comme une mâchoire. La vue n'est pas percée, elle est ménagée entre le timbre fixe et la visière mobile.
Dans les deux cas, la vue est combinée afin d'offrir la meilleure protection possible. Deux « becs » saillants bordent la vue en haut et en bas afin de dévier les coups. La partie inférieure est plus proéminente pour empêcher les coups d'estoc de pénétrer â l'intérieur du timbre. Quant aux coups venant d'en haut, ils viennent buter sur le plat de la partie inférieure saillante. La vue est quasiment impénétrable I Cette protection de tête est le fruit d'une longue expérience. Elle sera utilisée jusque vers la fin du 15° siècle malgré la concurrence de l'an-net qui enveloppe complètement la tête. Mais, avec une bonne bavière, la salade bénéficie d'une aussi bonne protection et la tête peut tourner sans effort dans toutes les directions!
Les salades des cavaliers seront souvent pourvues de couvre-nuques articulés. Quant aux salades de piétons, elles seront souvent plus simples, sans visière, et dégageant le visage, surtout pour les archers avec des modèles assez variés. Pour en faciliter l'entretien et éviter la rouille, elles seront parfois peintes à l'extérieur, souvent en noir mais aussi avec des couleurs variées et bariolées, reprenant quelquefois couleurs et motifs des armoiries.Au 16° et 17° siècles, on trouvera toujours des pièces d'armures de fantassins peintes en noir pour les protéger de l'action de la rouille... et des ardeurs du soleil.
La salade est ainsi une pièce d'armure arrivée à un haut degré de perfection technique ; elle sera en faveur tout au long du 15° siècle.
Georges Bernage Moyen âge 2000