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Vulgate

La Vulgate est une version latine de la Bible, composée d'une part, en majorité des traductions faites à la fin du IVe siècle par Jérôme de Stridon, et d'autre part de traductions latines indépendantes de ce dernier appelées Vetus Latina (« vieille [bible] latine »).

Jérôme commence son édition par les quatre Évangiles, en révisant et adaptant une version Vetus Latina de ces derniers qui était couramment en usage en Occident. Il poursuit avec une traduction complète à partir de l'hébreu de la totalité du Tanakh et traduit certains livres deutérocanoniques à partir de versions grecques de la Septante ou de l'araméen. Jérôme traduit également le livre des Psaumes trois fois : une fois en révisant une Vetus Latina, une fois depuis le grec et une autre depuis l'hébreu. Aux traductions de Jérôme s'ajoutent par la suite, indépendamment de Jérôme, certaines Vetus Latina de livres bibliques qu'il n'a pas traduits, pour former ce qui est appelé la Vulgate.

Diffusée essentiellement en Occident, la Vulgate connaît plusieurs versions et évolutions, dont celles dues à Alcuin au VIIIe siècle ou encore à Érasme au XVIe siècle. En 1454, Gutenberg fait de la Vulgate le premier livre imprimé en Europe, c'est la Bible de Gutenberg. La Vulgate est fixée par le pape Clément VIII en 1592, dans une version dite « sixto-clémentine (en) » qui fait autorité dans l’Église catholique romaine jusqu'en 1979 ; la révision de la Vulgate pour l'Église catholique latine promulguée en 1979 par Jean-Paul II est appelée la « Néo-Vulgate (en) ».

Terminologie

Le terme vulgate vient du latin vulgata, qui signifie « rendue accessible, rendue publique », lui-même de vulgus, qui signifie « la foule ». Le terme Vulgate (vulgata) appliqué à la version latine de la Bible est anachronique concernant le travail de Jérôme de Stridon : ce n'est qu'à partir du début du XVIe siècle qu'il sert à désigner habituellement les bibles latines dont les versions ont été plus ou moins stabilisées depuis l'édition faite à Mayence vers 1450. Afin d'identifier ce texte stabilisé, le Concile de Trente de 1546 utilise l'expression « vetus et vulgata editio ».

Quand Jérôme ou son contemporain Augustin d'Hippone utilisent le terme vers le IVe siècle, c'est plutôt pour désigner la Bible grecque commune non révisée — ou les traductions latines antérieures à Jérôme et que celui-ci juge d'ailleurs inexactes — connue sous le nom actuel de Vetus Latina (« vieille [bible] latine »).

Enfin, le texte connu sous le nom de Vulgate de nos jours n'était toujours pas fixé au VIIIe siècle ni son usage réellement « vulgarisé » : celui-ci commencera à réellement se répandre aux alentours de 850, notamment grâce à la diffusion des bibles carolingiennes illustrées dites « Bibles de Tours », la Bible de Moutier-Grandval ou encore la Bible Vivien.

Contenu

La Vulgate est « un ensemble composite qui ne saurait simplement être identifié avec le travail de Jérôme », car la Vulgate contient aussi des Vetus Latina.

À partir du IIe siècle, le nombre croissant de convertis au christianisme qui sont de langue ou de culture latine nécessite que les textes sur lesquels s’appuie cette religion leur soient accessibles. Cette demande est rencontrée par des traducteurs locaux, sans coordination ni systématisme. Il en résulte une grande variété de manuscrits et de versions des textes, aggravée par les processus de copie qui peuvent occasionner des fautes, des adaptations, ajouts ou retraits de la part des copistes.

Au IVe siècle, les traductions latines des textes de la Bible qui se répandent en Occident sont réalisées à partir de la version grecque et sont caractérisées, à l'origine, par leur littéralisme. Elles seront désignées par la suite sous le terme générique de Vetus latina, « vieille latine », dont il existe deux types de variantes : l'une africaine, la plus ancienne, et l'autre européenne mais qui dépendent toutes de la Septante grecque. Ces traductions en latin finissent par devenir fort diverses en qualité et en précision, cumulant les fautes de copies et laissant à désirer tant sur le plan de l'exactitude ou de la conformité vis-à-vis des versions grecques récentes que sur celui de la qualité littéraire : la médiocrité stylistique combinant les fautes de grammaire ou de syntaxe à l'étrangeté du vocabulaire parait indigne de la parole de Dieu aux lettrés chrétiens.

Ainsi, à cette époque, il existe presque autant de versions des textes bibliques qu'il y en a de copies, et l'évêque de Rome, Damase (366-384), vraisemblablement préoccupé par cette grande diversité des textes qu'il étudie, commande à Jérôme — un de ses collaborateurs occasionnels qui a été ordonné par un évêque considéré comme schismatique par certains nicéens radicaux de l'épiscopat oriental, Paulin II d'Antioche — d'en produire une version fiable

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C'est donc vraisemblablement à l'instigation de Damase que Jérôme traduit les Évangiles à Rome, entre 383 et 384 : en se fondant sur les manuscrits grecs d'une version courante en Orient ; plutôt que de composer une traduction renouvelée qui pourrait heurter les habitudes, il révise une version européenne de la Vetus Latina des Évangiles — vraisemblablement une version d'Eusèbe de Césarée — dont il améliore la fluidité et la couleur latine.

Concernant l'Ancien Testament, la plupart des chercheurs contemporains s'accordent sur le fait que Jérôme a accompli son travail de traduction entre 390 et 405. Doué d'une bonne connaissance du grec qu'il perfectionne durant six ans à Antioche, Jérôme apprend l'hébreu lors de sa retraite dans le désert Syrien avec un moine d'origine juive converti au christianisme puis il noue une relation avec certains érudits juifs, relation qu'il poursuit tout au long de sa carrière. Faisant face à des difficultés d'interprétation, il se rend en Palestine pour consulter les docteurs juifs, spécialistes du texte hébreu. Son désir est de retrouver la veritas hebraica par-delà l'héritage grec. Néanmoins, le niveau de maîtrise de l'hébreu par Jérôme demeure en débat au sein de la recherche du XXIe siècle.

Jérôme traduit l’Ancien Testament à partir d’un original hébreu proche du texte massorétique, à Bethléem entre 390 et 405. Il s'appuie également sur la version grecque issue de l'édition officielle d'Eusèbe, commandée par l'empereur Constantin à l'issue du premier concile de Nicée de 325. Concernant l'ordre des traductions, la recherche actuelle propose la datation suivante : les Prophètes, Samuel, les Rois, les Psaumes et Job sont achevés vers 393 ; Esdras, Néhémie et les Chroniques vers 394-396 ; les Proverbes, l'Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques vers 398 ; enfin le Pentateuque, Josué, les Juges, Ruth et Esther entre 398 et 405.

Il n'a pas traduit les livres deutérocanoniques, à l'exception de ceux de Tobie et de Judith, deux livres que Jérôme traduit depuis l'araméen ; il a aussi traduit les additions au livre d'Esther à partir du grec de la Septante, et les ajouts au livre de Daniel à partir du grec hexaplaire de Théodotion.

Psautier

Jérôme a produit trois traductions du livre des Psaumes.

La première est une révision d'un psautier vieux latin produite entre 382 et 385 mais dont aucune trace n'a été conservée.

Il se livre ensuite à une nouvelle traduction en latin des Psaumes à Bethléem entre 386 et 389 à partir du texte hexaplaire (en grec) de la Septante d'Origène. Cette version porte le nom de « psautier gallican » car elle est diffusée en Gaule à partir du IXe siècle. Bien qu'il existe d'autres psautiers latins, l'édition de la Bible réalisée à la fin du VIIIe siècle et au tout début du IXe siècle par Alcuin inclut le seul psautier gallican à l'exclusion d'autres traductions latines. Le psautier gallican est également le seul livre des psaumes dans la Vulgate sixto-clémentine.

Enfin, Jérôme a également traduit les Psaumes à partir du texte hébreu mais cette version n'a jamais fait l'objet d'une utilisation liturgique et est absente de la Vulgate sixto-clémentine.

Nouveau Testament

Jérôme ne traduisit du Nouveau Testament que les quatre Évangiles. On a longtemps considéré que la révision des Épîtres de Paul, contemporaine de Jérôme, était également l'œuvre de ce dernier ; cependant, il apparaît désormais qu'il n'en n'est pas l'auteur même s'il reste possible que cette révision ait été effectuée dans son entourage. Les traductions latines de tous les livres du Nouveau Testament, hormis les quatre Évangiles, ne doivent rien à Jérôme ; elles reflètent des Vetus Latina qui sont l'œuvre de Rufin le Syrien ou de cercles pélagiens.

Ancien Testament

Les traductions latines des livres de la Sagesse, du Siracide, des deux livres des Maccabées et du Livre de Baruch ne doivent rien à Jérôme et reflètent d'anciennes Vetus Latina.

Versions successives

Période carolingienne

Il existe près de dix mille manuscrits, souvent récents, de la traduction de la Vulgate attribuée à Jérôme, dont les plus anciens remontent au VIIe voire au VIe siècle.

Dès le VIIIe siècle, les copies manuscrites recommencent à s'écarter du texte de Jérôme. À la demande de Charlemagne désireux de proposer à ses sujets une version fiable de la Bible, Alcuin, abbé de Saint-Martin de Tours, effectue un travail de restauration, qui sera mené à son terme par Théodulfe, évêque d'Orléans. Ainsi, l'usage de la Vulgate ne se généralise pas avant le IXe siècle tandis que l'usage et les copies de la Vetus Latina restent répandus parmi les moines et clercs érudits jusqu'au XIIIe siècle.

Gutenberg

C'est à Gutenberg qu'on doit le fait que le premier livre imprimé en Europe est la Vulgate ; Gutenberg réalise cette impression entre 1452 et 1455. Pour cette première édition, qui comporte deux volumes in-folio sans adresse ni date et ne fut précisément identifiée qu'au XVIIIe siècle par le bibliographe français François Debure, on parle de « Bible à 42 lignes » d'après le nombre de lignes qu'elle comprend par pages, présentées en deux colonnes