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Le baptême

Le baptême

Acte religieux, le baptême est un sacrement administré par l'église qui fait entrer le baptisé dans l'Église du Christ en le libérant du péché originel. L'Europe du Moyen Age étant terre de Chrétienté, cet acte revêt une grande importance tant religieuse que civile puisque les registres des baptêmes qui servent d'état-civil sont tenus parl 'Église. Cette pratique se généralise à partir du 13° siècle en France et, jusqu'à la Révolution, c'est l'Église qui tiendra l'état-civil.

Le rituel

Le baptême est administré par l'évêque, un prêtre, un diacre ou un laïc et comporte deux rites.

- Le baptisé est soit immergé dans l'eau baptismale, soit «infusé »: l'officiant verse par trois fois l'eau sur la tête en prononçant les paroles sacramentales: «je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».

- L'onction par l'huile sainte : l'officiant fait une Onction en forme de croix avec le Saint-Chrême (huile sainte consacrée par l'évêque le Jeudi Saint): signe visible du don de l'esprit saint.

Les monuments du baptême seront donc le baptistère, les fonts baptismaux et l'armoire aux saintes huiles.

Baptême et baptistère du 5° au 10° siècle

Aux premiers temps du christianisme, les apôtres baptisaient des foules entières par aspersion. Dans l'Antiquité et jusqu'au 5° siècle, le baptême fut ensuite administré soit par infusion (l'eau baptismale est répandue sur la tête), soit par immersion dans une piscine baptismale. Pratique constante dans l'église d'Orient, le baptême par immersion fut largement répandu en Occident du 5° au 10° siècle.

Une lettre de saint Grégoire, confirmée par le quatrième concile de Tolède 633, souligne le sens symbolique de l'immersion qui rappelle la mort et la résurrection du Christ. A cette époque pour marquer l'importance du baptême, il était administré solennellement et collectivement

à Pâques, à la Pentecôte, à Noël (cf. le baptême de Clovis). De plus, la cérémonie se déroulait dans un bâtiment distinct de la cathédrale ou de l'église : le baptistère. De forme octogonale ou ronde, cet édifice contenait la piscine baptismale, cruciforme ou octogonale, encastrée dans le sol. Généralement dédiés à Saint-Jean-Baptiste et parvenus jusqu'à nous, les baptistères des cathédrales d'Aix en Provence, Fréjus, Saint-Jean à Poitiers remontent aux 4°-5° siècles. Notre-Dame de Paris a conservé son baptistère: Saint Jean le Rond, adossé à la Tour Nord jusqu'en 1748 (date de sa démolition) mais il y avait longtemps qu'il était devenu une paroisse. A Liège, la cathédrale Saint Lambert a conservé le sien (Notre-Dame aux Fonts) jusqu'en 1794 date de sa démolition par les Français. Il avait le quasi monopole des baptêmes puisque vingt-six paroisses de la ville n'avaient pas de fonts baptismaux.

Baptême et fonts baptismaux aux 11° et 13° siècles

Les fonts baptismaux est le nom donné à la cuve destinée à contenir l'eau du baptême. A partir du 11° siècle, toutes les églises d'Occident possèdent des fonts baptismaux. Ils sont édifiés à l'entrée de l'église, côté nord, soit dans le haut de la nef, soit dans le bas côté,

soit dans une chapelle. Ils étaient souvent couverts d'un édicule en souvenir du baptistère.

Le baptême est administré toute l'année ; en effet il ne s'agit plus de baptiser les adultes ou des païens, mais essentiellement des enfants peu après leur naissance. Les fonts seront donc de dimensions relativement modestes.

L'immersion est toujours pratiquée mais, en Occident, l'infusion tend à devenir la règle.

Le concile de Lerida en 524 édicta que les « fonts » devaient être en pierre (et qu'à défaut chaque église devait avoir n vase exclusivement consacré au baptême). Suivant ces prescriptions les fonts en pierre sont les plus nombreux aux 11° et 13° siècles.

L'église Saint-Pierre-de-Montdidier conservait les fonts pédiculés. La cuve carrée creusée en hémisphère est décorée d'arcatures, de motifs floraux et du Christ bénissant finement sculptés. Elle repose sur un cylindre accosté de quatre colonnettes à chapiteau feuillagé.

L'église de Chereng (Nord) conserve également des fonts pédiculés forts élégants sur une simple colonne. La cuve ronde creusée en hémisphère est sculptée de quatre têtes symbolisant les fleuves du paradis. Ces deux œuvres sont du 11° siècle. Il est à noter que certaines régions étaient spécialisées dans la fabrication des fonts en pierre qui étaient exportés. C'était le cas de la région de Tournai qui fabriquait en marbre bleu local des fonts pédiculés à quatre colonnettes. Venant de cet atelier les fonts de Zedelghem près de Bruges et ceux de la cathédrale de Winchester en Angleterre. Ces deux œuvres sont décorées de sculptures retraçant la vie de Saint Nicolas, 12° siècle. La Normandie exportait également des fonts en pierre vers l'Angleterre. Dans l'ouest de l'Angleterre, à la frontière du Pays de Galles, plusieurs églises conservent des fonts en forme de calice au décor particulièrement intéressant et datés entre 1140 et 1170. Ces œuvres sont ne production de l'atelier de l'abbaye bénédictine de Leominster. L'église de Sainte-Marie-Madeleine à Eardisley en offre le meilleur exemple. En forme de calice la décoration renvoie au vocabulaire décoratif de l'Irlande du 8° siècle (voire des pays scandinaves).

Entre deux tresses d'entrelacs: le Christ tire Adam des Limbes, un saint brandit la croix, un lion et deux guerriers ornent la cuve. En Wesphalie à Freckenhorst, l'église romane a conservé ses fonts en pierre du 12° siècle; de forme cylindrique reposant sur un piédouche fortement mouluré, la sculpture se déploie magistralement sur trois registres: en haut un rang de palmettes - en bas des mufles des lions alternent avec des lions couchés - au milieu des scènes de la vie du Christ sous des arcatures: naissance, passion, résurrection, ascension... C'est une œuvre d'une belle exécution représentative de l'Art Roman du Saint Empire.

En Italie, les fonts baptismaux se signalent par leur caractère monumental. A Lucques dans l'église San Frediano, les fonts en marbre ont été exécutés en 1151 par un sculpteur du nom de Robertus dont le style n'est pas sans rappeler la sculpture romaine du Bas Empire (3°-4° siècle). L'iconographie mêle scènes de l'Ancien Testament et scènes de la vie du Christ (le bon pasteur). Au milieu du bassin, une gigantesque fontaine est l'œuvre d'un autre atelier.

Les fonts en pierre avaient un inconvénient: ils étaient souvent poreux. Une cuvette de métal remédiait à cet inconvénient; et très rapidement on employa

d'autres matériaux montés sur un socle en pierre.

Le musée de Stockholm expose un ensemble important de fonts d'époque romane en particulier des fonts en forme de calice en bois tourné et sculpté. Le décor composé de feuillages, d'entrelacs et de personnages est typique de l'art scandinave (11° siècle). D'autres pièces furent exécutées en métal : plomb, laiton ou bronze. La métallurgie du plomb avait de nombreux avantages : fusion du métal à basse température, prix de revient modique par l'emploi de moules ou de modèles qui permettaient des créations variées. Un inconvénient: matériau fragile, il se conserve mal. Cette production restera artisanale.

En Normandie, l'église Saint-.Evroult de Montfort présente les fonts en plomb très intéressants. Cylindrique, la cuve est décorée: 1/ dans des arcatures des quatre évangélistes (similaires et provenant du même moule). 2/des travaux des mois et des signes du zodiaque d'un meilleur style. A noter qu'en fonction de la taille de la cuve, certains signes du zodiaque sont reproduits deux ou trois fois.

Les fonts en plomb dépassent rarement la qualité d'un bon artisanat d'art. Les modèles étaient conservés fort longtemps et parfois même les ateliers utilisaient des panneaux anciens non employés.

Les fonts de la cathédrale de La cathédrale de Lombez en sont un bon exemple. La cuve est décorée sur deux registres de panneaux historiés. Le registre supérieur de style roman représente une scène civile s'il en est: la chasse au lion dans un décor de palmettes et de végétation. Le registre inférieur de style gothique représente des clercs dans des quadrilobes.

Le registre supérieur est un réemploi de moules, cette œuvre étant de la fin du 13° siècle ou du début du 14° siècle. Les pays de Meuse au 12° siècle étaient le plus important centre de l'orfèvrerie et de l'art du bronze en Occident. La technique maîtrisée et animée par de grands artistes nous ont légué de nombreux chefs-d'œuvre.

Les fonts baptismaux provenant du baptistère de Notre-Dame aux Fonts dans l’important ensemble de la cathédrale Saint-Lambert à Liège en est la plus belle illustration (actuellement à l'église Saint-Barthélemy).

Exécutés entre 1110 et 1118, ils sont attribués à un maître de génie, René de Huy. La cuve légèrement évasée est portée par des bœufs symbolisant les apôtres. Ce support a été modifié lors de son transfert à Saint-Barthélemy. Le décora pour thème le baptême: baptême par Saint-Pierre de Cornélius, par Saint-Jean de Craton. sermon du Christ, enfin la scène centrale le baptême du Christ par Saint-Jean-Baptiste. En haut Dieu le père en buste et descente de la colombe du Saint-Esprit. A droite, deux anges portent les vêtements du Christ. Ce qui frappe : c'est la sobriété des moyens employés pour ces scènes - gestes, proportions et drapés admirables qui renvoient au classicisme de l'Art Antique.

Une discrète inscription décrit le baptême du Christ. Ces fonts sont les plus beaux de l'époque romane. II faut noter qu'avec le vandalisme de la réforme et la Révolution, la France ne possède plus de fonts baptismaux en bronze de cette importance.

Gérard Schorp Moyen age 2004