Les figures géométriques
Les émaux décorant l'écu sont répartis de différentes manières ce qui donne les pièces (géométriques) et les partitions. L'écu peut aussi être chargé d'objets de la nature (animaux, végétaux), de la vie quotidienne, de l'imagination, ce sont les meubles. C'est la combinaison des pièces géométriques, des partitions, des meubles (et des émaux) qui permet la composition d'une grande variété d'écus. Nous présenterons les pièces géométriques.
Apparues dès la naissance de l'héraldique en quantité égale des animaux, les pièces géométriques sont les figures les plus fréquemment rencontrées dans l'héraldique médiévale. Employées seules au départ, elles sont associées à partir du 15° siècle à d'autres figures qui les chargent (c'est-à-dire qui sont placées dessus) ou qui les accompagnent. Les traités d'héraldique postérieurs au Moyen Age désignent les pièces géométriques sous le nom de « pièces honorables » et les classent en « pièces honorables ordinaires » ou « de premier ordre », « de second ordre », etc.
Nous adopterons ici la classification choisie par Michel Pastoureau dans son Traité d'héraldique qui correspond mieux à l'héraldique médiévale: les pièces d'emploi fréquent et les pièces d'emploi rare.
Les pièces géométriques d'emploi fréquent
Les pièces d'emploi fréquent sont la fasce, le chef, la bande, la barre, le pal, la croix, le chevron, la bordure et le franc quartier.
La fasce (du latin fascia, bandelette de toile) est désignée dans les armoriaux médiévaux sous le nom de fesse, faisse, de bende ou baston de travers 2) et parfois de barre dans les rôles anglo-saxons. Délimitée par deux traits horizontaux, elle est placée au milieu de l'écu. Selon certains traités, elle représenterait la ceinture du chevalier. Ceci est à mettre en relation avec la légende de l'origine des armoiries de la maison de Habsbourg: au cours de la bataille de Ptolemaïs en 1191 , le duc Léopold aurait créé ce blason à partir de sa cotte d'arme couverte de sang, sauf à la ceinture d'où les armoiries « de gueules à la fasce d'argent ». Avec le lion, la fasce est la figure héraldique la plus utilisée au Moyen Age. L'armorial de Bellenville (14° siècle) contient par exemple 124 armoiries présentant une fasce seule ou accompagnée ce qui représente environ 10 % des armoiries représentées. Dans le rôle d'armes de Zurich, la fasce apparaît 25 fois (sur 559 armoiries soit 4,4 %), dans le rôle d'armes de Bigot, 20 fois (sur 291 armoiries soit 6 %), dans l'armorial des rois de l'Epinette, 21 fois (sur
201 armoiries soit 10 %).
Le chef (désigné sous le nom de chief, kief au 13°' siècle) est formé de la partie supérieure de l'écu. Il est délimité par une ligne horizontale. Il représenterait le casque, le bourlet, le bandeau, le cercle ou la couronne du chevalier. Les écus portant un chef sont également très nombreux au Moyen Age : 134 sur 1 300 dans l'armorial de Bellenville (10,3%),19 sur 201 dans l'armorial des rois de l'Epinette (9,4%), 17 sur 291 dans le rôle d'armes de Bigot (5,8%), 22 dans le rôle d'armes de Zurich (3,9%).
La bande (désignée sous le nom de bende, baslon ou beiide en beslive dans le rôle d'armes de Bigot) est délimitée par deux traits parallèles descendant de la gauche vers la droite. La barre est son contraire. Ces deux pièces représenteraient le baudrier et l'écharpe du chevalier. La bande est beaucoup plus fréquente que la barre. L'armorial de Bellenville compte par exemple 60 armoiries chargées d'une ou plusieurs bandes et aucune d'une barre. Le rôle d'armes de Bigot, 11, le rôle d'armes de Zurich, 30. En revanche, la barre est présente une seule fois dans le rôle de Zurich et elle est absente de l'armorial des rois de l'Epinette et du rôle d'armes de Bigot.
Le pal (du mot palus, pieu, poteau) est perpendiculaire à la fasce et délimité par deux lignes verticales situées au milieu de l'écu. Par rapport aux précédentes, cette pièce est un peu moins fréquente au Moyen Age (30 armoiries sur 1 300 dans l'armorial de Bellenville, 9 sur 291 dans le rôle d'armes de Zurich).
La croix (crois) est la combinaison du pal et de la fasce. Elle symboliserait la garde de l'épée du chevalier. Elle est assez fréquente au Moyen Age (48 armoiries dans Bellenville). Cette pièce connaît un grand nombre de variantes.
Le sautoir (sauIteui saulfocr, sanfor au 13° siècle) est la combinaison de la barre et de la bande. On trouve 5 armoiries portant un sautoir dans l'armorial des rois de l'Epinette, 3 dans le rôle d'armes de Zurich, 6 dans le rôle d'armes de Zurich, 38 dans l'armorial de Bellenville.
Le chevron (quevront, keuron au 13° siècle) a la forme d'un V renversé dont les branches partent de la partie inférieure de l'écu pour se rejoindre vers le chef. Il symboliserait les éperons du chevalier. Le chevron est moyennement utilisé au Moyen Age (35 armoiries portent un ou plusieurs chevrons dans l'armorial de Bellenville, 7 dans l'armorial des rois de l'Epinette, 5 dans le rôle d'armes de Bigot, 2 dans le rôle d'armes de Zurich).
La bordure (bourdure) est délimitée par une ligne parallèle au bord de l'écu. Elle est moins utilisée que le chevron (4 cas dans Bellenville, un cas dans Zurich, aucun dans l'Epinette).
Le franc-quartier est souvent désigné sous le mot de quartier, ou de chantel s'il est à dextre ou cornière s'il est à senestre. Il s'agit en fait d'un carré placé dans l'un des angles supérieurs de l'écu, généralement à dextre. il occupe le quart de la surface de l'écu.
Selon les théoriciens des 17°-18° siècles, la largeur des pièces géométriques doit être égale au tiers de l'écu. Au Moyen Age, les pièces géométriques sont généralement soit un peu plus larges soit un peu plus étroites suivant qu'elles sont chargées ou accompagnées de figures ou non.
Les pièces géométriques d'emploi rare
Ces pièces, assez nombreuses sont plutôt rares au Moyen Age. Selon la description faite par Michel Pastoureau dans son traité d'héraldique il s'agit de la champagne, pièce située à l'opposé du chef, de la pairle, pièce ayant la forme d'un Y dont les deux branches supérieures touchent les angles du chef, la branche inférieure, la pointe, de l'écusson, scutiforme et placé au centre de l'écu, de l'orle, similaire à la bordure mais située à l'intérieur de l'écu et du frescheur qui est un orle rétréci en largeur qui s'emploie souvent en double. Citons aussi deux pièces en forme de triangle: le giron dont le sommet est situé au centre de l'écu et la base, tangente à la moitié de l'un de ses côtés et la pile délimitée par deux lignes diagonales partant des angles du chef et se rejoignant à la pointe de l'écu. Ces pièces, sauf l'écusson, l'orle, le trescheur, la pile et le giron, n'apparaissent pas avant le 14° siècle. A titre d'exemple, l'armorial de Bellenville contient 14 armoiries portant un écusson, 2 une orle, 3 une ou plusieurs piles, les autres pièces sont absentes...
Alexis le Gentil Moyen-âge 1999