Reliques
Dès son origine, l'Église a connu le culte des reliques. Le corps des martyrs ainsi que les objets leurs appartenant étaient enveloppés dans des étoffes précieuses et pieusement déposés dans des sarcophages de pierre. Ces sarcophages étaient cachés dans des catacombes pour éviter les profanations des persécuteurs païens.
Le culte reposait sur l'idée que les restes des saints étaient pour les fidèles une protection et un exemple. Dès le 3° siècle, les Papes érigèrent en loi ces usages et le 5° Concile de Carthage décréta que pour la Consécration des églises, les reliques devaient être absolument placées sous l'autel.
Dans le Haut Moyen Age, quand le christianisme devient la religion officielle avec la multiplication des paroisses, l'Église autorise la division des corps saints pour que toutes les églises ou paroisses puissent bénéficier de leur protection. Ces reliques sont alors déposées non plus dans des sarcophages mais dans des petits meubles ou coffrets appelés reliquaires. Ce culte des reliques a des conséquences très importantes sur la vie économique et artistique.
Les reliques et la vie économique
Sur la vie économique : un commerce se développe et elles deviennent une valeur sûre dans ce monde et dans l'autre. Il suffit de rappeler qu'au 13° siècle les banquiers vénitiens consentent des prêts importants à l'Empereur latin de Baudouin de Constantinople contre la remise en
gage des reliques de la Passion
conservées dans cette ville. Quand
Louis IX (saint Louis) apprend cet
état de fait, scandalisé, il les rachète
ce qui nous vaut la construction de
la Sainte La Sainte Chapelle destinée à les recevoir
(1245-1248).
Au 11° siècle, nous voyons les expéditions
sacrilèges destinées à s'emparer
par la force des reliques majeures.
Deux épisodes illustrent cette « chasse
aux reliques »: les marins de Ban
montent une expédition pour s'emparer des Reliques de saint Nicolas à
Smyrne et ils construisent dans leur
ville la célèbre Basilique romane
pour les recevoir. Les Vénitiens agissent
de même à Alexandrie pour dérober
celles de saint Marc et les déposer
dans la basilique de leur ville.
La possession des reliques majeures entraîne le déplacement des foules et une intense activité économique. Il suffit de rappeler le rôle du pèlerinage de saint Jacques de Compostelle avec les reliques du saint et l'importance dans le mouvement artistique de l'époque avec les impulsions économiques qui en sont la conséquence.
Sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle s'élèvent des basiliques très riches en reliques et de grandes dimensions - chef d'œuvre de l'architecture - Saint-Sernin à Toulouse - Saint-Martial à Limoges - Saint-Martin à Tours - Conques - la basilique Saint-Jacques-de-Compostelle elle-même. A côté des reliques authentiques, un marché de faux se développe avec des reliques invraisemblables telles que : Lait de la Vierge, Prépuce de Jésus-Christ, reliques des saints Innocents, etc., les langes et le berceau de Jésus. A la fin du Moyen Age, ces abus entraîneront les réactions violentes de la Réforme.
Gérard Shorp Moyen-âge 1999