Les armes d’hast
L’arme d'hast se dit de toute arme emmanchée au bout d'un long bâton, du latin hasta (la lance). Et, effectivement, la lance, dont l'origine remonte à la nuit des temps, en est l'arme de base. Mais, pour mieux combattre les cavaliers protégés par des armures, ces armes vont se diversifier de plus en plus, avant d'être de plus en plus supplantées par les armes à-(eu vers la fin du 16° siècle.
La lance et ses dérivés
La lance est une arme d'estoc (qui sert à percer) simple. C'est aussi une arme de jet. Du 5° au 8° siècle, c'est une framée avec une pointe fine losangée et un long col ou un angon avec une pointe munie de barbillons. Du 8° au 10° siècle apparaît la lance à ailerons. Puis, la lance étant aussi une arme de cavalier, sa pointe peut aussi être plus courte et conique. La lance d'infanterie, jusqu'au 15° siècle, est plus classique, de forme rhomboïdale ou allongée.
Les armes d'hast
L'épieu rappelle la forme de la lance d'infanterie. A l'origine, l'épieu est une arme de chasse dérivée de la lance à ailerons carolingienne. C'est une arme d'estoc, assez courante, destinée â traverser et déchirer les cottes de maille. La pertuisane est originaire d'Italie, â partir du milieu du 15° siècle, dérivée aussi de la lance. Elle est longue et effilée en s'élargissant vers la douille. Vers le début du 16°' siècle, sa base s'élargira progressivement en forme de demi-lune, elle deviendra alors surtout une arme de parade utilisée par les gardes du corps des souverains.
Enfin, n'oublions pas la pique. Les Suisses, renouvelant l'usage qui en avait été fait dans l'Antiquité avec la phalange grecque, vont l'utiliser avec succès, en particulier en 1476 à Grandson face aux troupes bourguignonnes. Cette arme redoutable de six mètres de long sera utilisée jusqu'au 17° siècle par l'infanterie.
Les armes d'hast dérivées du couteau
Le vouge est une arme d'hast très en vogue en France à la fin du Moyen Age. Issu des fauchards il est cité dès le 14° siècle, il apparaît en France et le plus ancien exemplaire conservé remonte â 1430 (Musée de l'Armée, Paris). Il est aussi utilisé dans les Flandres pendant la seconde moitié du 15° siècle. C'est â l'origine une lame de poignard aiguisée des deux côtés puis elle n'est aiguisée que d'un seul côté avec un dos droit. Contrairement à ce qui est parfois écrit, ce n'est pas une arme de parade. Le vouge est une arme faite pour pénétrer les armures, fausser les plates en passant entre elles, couper les jarrets des chevaux. Bien maniée par le vougier, c'est une arme terrible. Étant donné ce qu'on attend d'elle, elle est très solidement fabriquée. Elle est généralement fixée à la hampe par des frettes (lames de fer).
Une solide garde ronde forgée entre la lame et les frettes protège les mains du vougier.
Le fauchart est aussi une sorte de grand couteau emmanché. On disait aussi faussart, fausart ou fauchon et, effectivement, le fauclion peut être aussi une sorte de sabre ou glaive incurvé. Mais, à l'origine, les faucharts sont des lames de faux emmanchées. C'est une arme très simple et facile à réaliser ; elle sera utilisée lors des révoltes paysannes, entre autres par les chouans à la fin du 18° siècle, par les milices suisses, et jusqu'au siècle dernier. Une forme plus élaborée est une sorte de grand coutelas forgé spécialement.
Le glaive, coutelas courbe emmanché, souvent muni d'un crochet latéral est un dérivé utilisé surtout au 15° siècle et jusqu'au 17° siècle. Le couteau de brèche appartient à la même famille. Mais il faut en dissocier la langue de bœuf qui possède une large laine symétrique munie d'une pointe à son extrémité. Elle sert à desceller les pierres des murs lors des assauts.
Citons aussi la guisarme qui s'apparente plus à un « couteau â crochets ». En fait, il s'agirait d'une évolution du fauchard. C'est à l'origine une sorte de large couteau avec une pointe (pour percer), un éperon pointu (pour accrocher) et un croc en forme de faticille (pour couper le jarret des chevaux). C'est une arme idéale pour le piéton qui doit affronter un cavalier le croc s'attaque aux jarrets des chevaux qui tombent à terre, l'éperon tord les plattes de l'armure et la pointe perce la maille. Cette arme est citée dès le 12° siècle dans le Roman de Roti : « Li soldeier les esgarda, /vit li gisarmes, si dota » (vers 13440) ou « Par la criemnme des dous gisarmes/ L'escu leva par les enarmes » (vers 13450). On en trouve aussi une mention au 13° siècle dans le roman de Gui de Nazi feuil. A cheval, Gui se défend avec une guisarme « Gui hauche la ,guisarme, qui fu fort et mebru :/Parni le gros du cuer fu Florient feru » (vers 640 et suivant). Ce passage montre que c'était aussi une arme de cavalier. Les armes d'hast étaient aussi utilisés par des cavaliers, en particulier les coutiliers, transportés à cheval mais qui, une fois démontés, pouvaient combattre à pied.
Au 12° siècle, la guisarme devait être une variété de fauchard avec un croc et une ou deux pointes. Puis sa forme va évoluer pendant le 15° siècle, en s'allongeant. Au début du 16° siècle, elle est devenue une longue lame pointue garnie d'un croc et d'un éperon. Elle pourra alors être aussi utilisée comme arme de parade.
Les armes d'hast dérivées de la hache
Du 5° au 11° siècle, les trois armes principales du fantassin sont l'épée, la lance et la hache. Cette dernière sera utilisée pendant tout le Moyen Age avec ses variantes, la hache d'arme et le marteau d'arme.
Parmi les armes d'hast, on peut considérer que la hallebarde en est un dérivé. C'est une arme d'hast conçue surtout pour trancher d'où son large fer latéral dérivé de la hache. C'est aussi une arme faite pour percer avec sa pointe. On en connaît l'utilisation dès le 14°, siècle, en particulier par les Suisses qui en seront les grands utilisateurs dès les batailles de Morgarten (en 1315) et Sempach (en 1386). Mais la plupart des exemplaires conservés dans les musées ne remontent qu'au 15° siècle. On peut toutefois distinguer une évolution en plusieurs étapes. A l'origine c'est une hache rectangulaire à tranchant droit prolongé par une pointe et fixée à la hampe par deux anneaux. A partir de 1400, elle est aussi munie d'un crochet vers l'arrière fixé avec une douille indépendante. Puis ce crochet est forgé avec la hache et la pointe. Dans la seconde moitié du 15° siècle, le fer devient plus compact, la partie hache devient trapézoïdale, la pointe plus forte et le crochet devient un prolongement vers l'arrière de la hache. Les frettes ont changé de sens, elles prolongent maintenant le fer. C'est ainsi qu'apparaît la hallebarde suisse à la fin du 15°' siècle, mais elle devait encore coexister avec les modèles précédents.
C'est une arme complète faite pour percer, fendre, arracher. Au début du 16° siècle, l'évolution continue et la pointe est décalée par rapport à la hampe, le tranchant de la hache devient oblique et la pointe s'allonge progressivement. C'est une arme qui s'étend pendant tout le 16° siècle et restera en vogue longtemps.
La bardiche est une sorte de fer de hache allongé en croissant légèrement dissymétrique. Elle viendrait d'Europe de l'Est.
Citons enfin la corsèque avec une pointe centrale et deux lames latérales inclinées, arme introduite par les fantassins corses et qui servait à ouvrir les armures.
Il règne souvent la plus grande confusion et contradiction entre auteurs décrivant ce type d'arme. L'imprécision du vocabulaire dans les textes d'époque y contribue. On voit que tout s'éclaircit si ont se réfère aux trois principaux modèles d'origine qui vont se diversifier au fil des siècles, surtout avec le développement de l'armure de plates à la fin du Moyen Age. On notera aussi que ce sont bien souvent des dérivés locaux des modèles de bases simples lances, couteaux ou faux emmanchés, haches - qui se sont développés avant d'être adoptés plus largement. Ainsi le vouge est d'origine française, la hallebarde d'origine suisse, la pertuisane d'origine italienne, la corsèque d'origine corse, la bardiche d'origine orientale, etc. Tous ces dérivés viennent enrichir la panoplie du fantassin vers la fin du Moyen Age.
Georges Bernage Moyen age 2000