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Provins

La ville de Provins est située en Île de France, au Sud de la Brie dans le département de Seine et Marne.

Les origines

Le nom de Provins est cité pour la première fois en 802 lorsque Charlemagne envoie ses émissaires dans le district de Provins. On ne sait pas exactement en quoi consistait le site, mais il est très probablement fortifié. Cependant les traces d'occupation humaine ne datent pas de cette époque. Des découvertes archéologiques ont permis de prouver des peuplements datant de la préhistoire (mésolithique et néolithique), de la protohistoire (âge du bronze et âge du fer), des Gaulois, des Romains puis des Mérovingiens. De tout temps cette région a été habitée.

En 864 Charles Il le Chauve, petit fils de Charlemagne, fils de Louis le Débonnaire et de sa deuxième épouse Judith, envoie lui aussi ses émissaires à Provins. A l'époque cette localité peut être considérée comme la capitale de la Brie et ne paraît cependant appartenir à aucun comté ni évêché. Ce n'est qu'au début du 10°' siècle que les comtes de Vermandois, en la personne de Hubert II, occupent la forteresse.

Son fils, Eudes Ier de Blois, la tient certainement car il offre le Provinois en douaire à son épouse Berthe.

En 996 les reliques de saint Ayoul sont découvertes dans l'église de Saint-Médard, bâtie dans les faubourgs de Provins. Une crypte est d'abord construite puis, en 1048, le comte Thibaud Ier y fait établir un prieuré bénédictin. Celui qui fonde la communauté se rendra célèbre cinquante ans plus tard en créant l'abbaye de Citeaux, abbaye mère de

l'ordre cistercien. Il s'agit de Robert dit de Molesmes, saint Robert, alors âgé de vingt ans. Issu d'une famille noble de Champagne, il sera plus tard moine à Moutiers la Celle près de Troyes, puis abbé à Saint-Michel de Tonnerre avant de quitter l'ordre pour fonder un ermitage dans la forêt de Collan à proximité de Tonnerre. Une autre église, Saint-Quiriace, est vraisemblablement bâtie au 9°, siècle sur l'éperon de la forteresse.

Le développement

Au 11°' et 12°' siècles Provins prend une importance croissante. Un des grands artisans de son développement est Henri Ier le Libéral qui durant les trente ans de son règne s'emploie à étendre la ville. En 1161 il fait construire un palais au bout de l'éperon et °y fonde une chapelle et un chapitre. Puis il fait bâtir un donjon à la place du donjon primitif. Cet ouvrage est non seulement conçu pour la défense mais aussi comme une prison. Il fait transférer l'Hôtel-Dieu et restaurer le prieuré de saint Ayoul qui avait souffert d'un incendie en 1157. Il le dote alors d'un portail royal. Sous son impulsion, de nombreuses chapelles et églises sont élevées dans la ville, signe que la population se fait de plus en plus nombreuse. Après la mort d'Henri le Libéral en 1181, Henri Il prend sa succession. Neuf ans plus tard il se rend en Palestine où il trouve la mort. N'ayant

pas de descendance mâle - il avait eu deux filles de son épouse Isabelle, héritière du trône de Jérusalem - son frère Thibaud III prend sa place. Celui-ci meurt de maladie à l'âge de vingt-deux ans. li laisse son épouse

Blanche et son fils Thibaud IV, né posthume, dans une situation précaire. Pour conserver son comté, elle doit promettre au roi Philippe Auguste de ne pas contracter de nouvelle union sans son consentement.

Elle est, de plus, tenue de lui verser un impôt considérable de 15 000 livres. Sa position est difficile car les filles d'Henri II obtiennent, en 1210, le droit de rentrer en France. En 113, elle verse un nouvel impôt, de 20000 livres cette fois. Mais elle n'est pas au bout de ses peines car le comté est convoité par Erard de Brienne qui se rend à Jérusalemdans l'intention d'épouser la fille cadette d'Henri II. Poussant son avantage, Philippe Auguste obtient contre son soutien à Blanche, la garde de Montereau et Bray et l'assurance que d'autres fortifications ne seront pas entreprises à Provins. Les conflits éclatent cependant entre Blanche et Erard de Brienne. En 1222 Thibaud IV devient enfin majeur et doté d'un fort ressentiment à l'encontre de la couronne qui avait profité de la situation de faiblesse de sa mère. L'année suivante Philippe Auguste disparaît.

En 1226, tenu de participer au siège d'Avignon avec Louis VIII, il s'acquitte de son obligation féodale mais quitte le siège au bout des quarante jours requis. Il prend alors contact avec les comtes de Bretagne et de Marche pour se liguer contre le roi. Après l'échec de ce que l'on a appelé la ligue des barons, il quitte ses alliés qui s'unissent à leur tour contre lui pour prendre le comté de Champagne. Thibaud IV renforce ses défenses sur tout son territoire, mais porte un effort tout particulier sur Provins. Il se lance dans la construction d'une grande enceinte urbaine qui protégera toute la ville. Toute la population participe à l'effort : les habitants et les communautés religieuses. Les propriétaires dont les biens sont amputés par les constructions sont indemnisés. Bien que Thibaud IV subisse des défaites contre les coalisés, la ville de Provins est épargnée des déprédations de la guerre. En 1230, le Comte de Champagne octroie le statut de commune à Provins. Désormais la ville est pourvue de ses propres autorités: Maire, échevins, justice. Thibaud IV est considéré à l'époque comme un personnage inconstant et peu fidèle à ses alliés, mais il semble que son but est de garder l'intégrité de son comté et de le développer.

La prospérité

La ville a pris une telle extension qu'elle est divisée en trois paroisses. Bientôt, la plus importante, celle de Saint Quiriace, est divisée par le légat du pape en quatre paroisses. La ville elle-même continue de se développer intra-muros. Les vieilles maisons de bois sont remplacées par de riches constructions en pierre solidement bâties sur des caves qui feront la renommée de la ville. Au 13°' siècle, les foires qui s'y déroulent

obéissent à des règles bien précises. Elles débutent généralement par une période de huit jours pendant laquelle les marchands procèdent à la mise en place de leurs étals et de leurs marchandises. Viennent ensuite les dix jours de la foire aux textiles pendant laquelle ils peuvent vendre. Puis elle est fermée et remplacée par la foire des marchands de peaux et cuirs pour onze jours. Les changeurs peuvent exercer leurs fonctions. Tous les autres commerces peuvent ensuite proposer leurs marchandises. Au bout de six semaines elle prend fin et les lettres de foire sont rédigées pendant la dernière semaine. Chaque foire occupe la ville de Provins durant sept semaines. Sans compter les marchés hebdomadaires, les deux grandes foires annuelles prennent plus de trois mois et demi de la vie de la ville. Elles sont d'un bon rapport et servent à écouler les productions de la région. Les marchands vendent aussi les produits qu'ils achètent sur d'autres marchés. Ces marchands doivent s'acquitter de tonlieux instaurés dès le début du xi' siècle et qui enrichissent la ville.

L'industrie textile est également florissante. Provins est connue au Moyen Age pour ses filatures. De nombreux métiers et toutes les activités annexes y sont installés. Les productions de draps sont vendues dans toute la région et l'on vient même de l'étranger pour acheter. Les draps de Provins se vendent sur les marchés italiens et servent d'échange pour les épices orientales. Au milieu du 14°' siècle, les deux tiers des professions travaillent pour l'industrie textile. 50 000 pièces sont fabriquées chaque année durant cette période.

La crise économique

Alors que Provins est en pleine prospérité, une crise économique commence à se faire sentir. La stabilisation de la démographie et la modification des grands courants commerciaux entraînent une stagnation puis

une diminution de la consommation. A Provins, en 1281, les artisans qui sont les plus touchés se révoltent contre l'autorité municipale et le maire, Guillaume Pentecôte, en perd la vie. Il s'agit d'une révolte des tâcherons contre les commerçants qui réussissent à passer outre la crise en achetant leurs marchandises dans d'autres centres de production. La réaction est immédiate : la commune est supprimée, des bannissements et excommunications prononcés et des pendaisons exécutées. Quatre mois plus tard, la commune est rétablie et les habitants taxés d'indemnités importantes.

La décadence

Les difficultés de Provins sont accentuées par le déclin des foires de Champagne car d'autres villes les supplantent. Bien que les rois de France tentent au 14° siècle de soutenir l'activité par différents textes destinés à sauvegarder l'industrie drapière, le mal est trop profond et, sur la fin de ce siècle, la décadence va en s'accentuant. En 1399, des trois mille deux cents métiers à tisser la laine qui existaient à Provins, il n'en reste qu'une trentaine. Une autre plaie vient frapper Provins: la Guerre de cent ans de Cent ans. Pendant vingt ans, la région n'est pas touchée mais en 1358 les offensives anglaises s'intensifient sur la Champagne.

Pour renforcer leurs défenses, les Provinois consolident leurs fortifications et détruisent les faubourgs extérieurs. Plusieurs monastères de la région sont ravagés par les Anglais et les Navarrais. Un mur est bâti entre la Ville haute, le Châtel, et la Ville basse. En 1417, la ville passe aux mains des Bourguignons puis dans celles des Anglais.

Les Provinois se déclarent en faveur de Charles VII et, au retour de son sacre à Reims, le roi s'arrête à Provins avec Jeanne d'Arc. En 1432 les Anglais prennent Provins et se livrent au pillage de la ville. L'année suivante, la ville est reprise et subit de nouveaux saccages. La population a sérieusement diminué et les terres ne sont plus cultivées et les abbayes dévastées comme le furent nombre d'entre elles pendant cette période néfaste.

Le donjon

L'édifice le plus visible de Provins est le donjon. Ce bâtiment est d'une structure complexe. Bâti sur une butte artificielle par Henri Ier le Libéral, il était autrefois entouré d'un fossé. Une enceinte sur plan arrondi protège le donjon et l'accès se fait par une tour-porte à laquelle on accède par l'escalier dit « Degré de la tour ». A l'intérieur de cette enceinte se dresse le donjon sur un plan carré flanqué de quatre tourelles sur le premier niveau et qui se convertit en tour octogonale. En 1432, la partie inférieure du donjon est remplie de terre par les Anglais qui ont pris la ville, masquant ainsi la partie basse de l'édifice. L'accès au donjon se fait depuis l'enceinte par une poterne au deuxième niveau de la tour. Cet étage de la tour est occupé par une grande salle des gardes. Cette salle permet de contrôler les cellules solidement closes aménagées dans l'épaisseur de ses murs. Une galerie haute facilite la surveillance de la grande salle. De cette galerie à laquelle on accède par un escalier avis, partent quatre petits escaliers qui mènent au dernier niveau de la tour. Ce niveau, qui était probablement couvert d'une charpente et d'une toiture, est réaménagé au 17° siècle pour recevoir les cloches de Saint-Quiriace lorsque le clocher s'effondre en 1637. Dans la salle basse se trouve la citerne alimentée par les eaux de pluies. Ce donjon avait-il été conçu comme dernier ouvrage de défense? On ne peut l'affirmer car Henri le Libéral fait aussi construire le palais comtal qui est une résidence à la mesure du développement qu'avait pris Provins à l'époque. On sait que ce palais était déjà habité en 1162. Il ne reste que peu de chose de cette époque : la chapelle qui avait été agrandie par Henri et une grande salle modifiée par Thibaud IV.

Les enceintes

La construction de l'enceinte de la Ville haute entamée par celui-ci est l'élément caractéristique de Provins. D'une longueur de 800 m elle est dans un bon état de conservation et munie de 22 tours. Les deux portes d'accès sont intéressantes. La porte Saint-Jean dispose d'un sas flanqué de deux tours oblongues à l'appareil en bossage. Un massif sera rajouté par la suite pour équiper la porte d'un pont-levis. La porte de Jouy est, elle, fermée de deux herses protégées par des tours à éperon triangulaire. Les quatre tours semi-circulaires sont élevées sous le règne de Thibaud IV. Elles sont bâties avec beaucoup de soins et équipées de fines archères. Un grand fossé de 30 mètres de large entoure l'ensemble de la fortification. La plus intéressante est la tour aux Engins.

D'autres tours sont construites par la suite à la fin du 13°' siècle. Conçues sur des plans différents: carrées, polygonales ou pentagonales elles ont été bâties plus grossièrement que les quatre premières. D'autre part les archères sont sous niches. Ces tours ont été construites sans doute pendant la guerre de Cent ans. Certaines, de nos jours, ont été couronnées de hourds tels qu'elles l'étaient à l'époque de leur construction. L'enceinte du Châtel ou de la Ville haute atteignait 1 200 mètres tandis que celle de la Ville basse mesurait 3 800 mètres. L'importance de ces fortifications fit que les travaux s'étalèrent sur plusieurs siècles au gré des situations. Les maisons Symboles de la prospérité économique, Provins recèle un patrimoine important de maisons médiévales l'hôtel des Petits-Plaids, la Grange-aux-Dîmes, la remarquable maison romane à proximité du donjon, les hôtels de Vauluisant et de la Croix d'Or dans la Ville basse. À noter aussi les caves accessibles depuis la rue qui ont résisté aux reconstructions. De nombreuses maisons ont conservé des éléments médiévaux.

Les églises

L'église Saint-Ayoul

Elle conserve son portail royal avec ses statues-colonnes qui avait été restauré par Henri 1er. Le transept est de belle dimension car il mesure 34 mètres d'un bout à l'autre.

L'église Sainte-Croix

Comme l'église précédente, elle est dotée au 13°' siècle d'une nouvelle nef et d'un décor, à la Renaissance. Le sol de l'église a été relevé afin de parer aux inondations car elle est bâtie sur le sol marécageux, ce qui a entraîné le masquage des bases des colonnes

L'église Saint-Quiriace

Edifiée par Henri Ier elle ne fut jamais achevée mais elle est restée la plus belle et la plus spacieuse des églises de Provins. Le chevet est à fond plat, influence probable de l'architecture cistercienne, tandis que le chœur est surmonté d'une galerie avec des baies en plein cintre alors que les arcs reposant sur les piliers sont en cintre brisé. Les voûtes en croisée d'ogives sont plus complexes. Les chapiteaux à motifs végétaux sont d'une grande qualité sculpturale.

Henri de Bourbon Parme Moyen-âge 1998