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Franciscains

Histoire des ordres franciscains

L'histoire des ordres franciscains retrace l'origine et le développement des trois ordres du mouvement franciscain. Fondé sur la pensée et les actions de François d'Assise, ce mouvement monachique est connu pour les idéaux de pauvreté et de fraternité qu'il véhicule. Si les franciscains sont principalement vus à travers l'ordre principal des frères mineurs ou celui des capucins, des ordres féminins et un ordre laïque appartiennent également à ce courant. L'ordre des frères mineurs apparaît en 1209. Son développement est très rapide et le mouvement devient l'un des courants monachiques les plus influents au Moyen Âge. Si l'ordre des frères mineurs a progressivement perdu la place dominante qu'il occupait au Moyen Âge, le mouvement franciscain reste vivace à travers les époques, notamment grâce à la fondation de nouveaux ordres, et continue d'influencer profondément la société. Par exemple, l'abbé Pierre et le père Joseph, dont les actions ont profondément marqué la société française moderne, furent tous deux capucins.

Les trois ordres de la famille franciscaine

La famille franciscaine comprend trois Ordres :

Le Premier Ordre

Frères Mineurs (O.F.M.) Ordo Fratrum Minorum

Frères Mineurs Conventuels (O.F.M.Conv) Ordo Fratrum Minorum Conventualium

Frères Mineurs Capucins (O.F.M.Cap) Ordo Fratrum Minorum Capuccinorum

Le Second Ordre

Clarisses (O.S.C.) ou Pauvres Dames Ordo Sanctæ Claræ

Clarisses Urbanistes (O.S.C.Urb) Ordo Sanctæ Claræ regulæ Urbani IV

Clarisses Colettines (O.S.C.Col) Ordo Sanctæ Claræ reformationis ab Coleta

Clarisses Capucines (O.S.C.Cap) Ordo Sanctæ Claræ Capuccinarum

Annonciades (O.Ann.M.) Ordo de Annuntiatione Beatæ Mariæ Virginis

Franciscaines Conceptionnistes (O.I.C.) Ordo Immaculatæ Conceptionis

Le Tiers-Ordre

Ordre franciscain séculier (O.F.S.), Ordo Franciscanus Saecularis, remplace le Tiers-Ordre franciscain depuis 1978

Jeunesse Franciscaine

Tiers-Ordre régulier franciscain (T.O.R.) Tertius Ordo Regularis Sancti Francisci

L'histoire des ordres franciscains débute concrètement avec la rédaction de la première règle des frères mineurs en 1221 par saint François d'Assise. Elle comprend l'histoire des trois Ordres. Ces ordres ont connu une rapide extension dès leur création au début du XIIIe siècle.

La multiplication des idées mène le premier ordre à des divergences de vue qui, au XVe siècle, pose de graves problèmes. Le Pape Léon X réunit en 1517 les frères mineurs en un ordre unique. L'Ordre franciscain est aujourd'hui l'Ordre le plus important en nombre au sein de l'Église. Le second ordre, les pauvres dames, sera réformé au XIIIe siècle et n'aura pas les perturbations du 1er ordre au XVe. C'est au XVIIIe siècle que l'ordre atteint son apogée, avant de subir la Révolution française de plein fouet. L'ordre se relève au XIXe siècle.

Le Tiers-Ordre Franciscain séculier est la branche séculière de la famille franciscaine. Les Ordres Franciscains Séculiers (OFS), également appelés en France Fraternités Franciscaines Séculières (FFS), exercent leur influence dans tous les milieux de la société.

Antécédents historiques

Le « mouvement de pauvreté »

Une première caractéristique de cette époque féodale est le « mouvement de pauvreté », courant chrétien en réaction à l’enrichissement et la politisation de l’Église.. Il y a d’un côté les ordres religieux réformés ou nouveaux (cisterciens, prémontrés) et de l’autre de nombreux courants précurseurs de la Réforme, bientôt suspectés et persécutés par l’Église et l’État (vaudois, albigeois, cathares...). Quant à l’Église, en plus du tort causé par ces nouveau groupes, elle s’embourbe dans un immobilisme féodal.

Les débuts de la scolastique

Un deuxième trait de ce siècle, ce sont les débuts de la scolastique. Après une certaine décadence de la vie intellectuelle, le XIIe siècle amorce un réveil. Anselme de Cantorbéry, Bernard de Clairvaux, Pierre Lombard en sont les acteurs, et cela débouchera sur la grande scolastique de saint Bonaventure et de saint Thomas d'Aquin.

Les mutations de la société

Une troisième caractéristique est que la société passe d’une structure purement rurale à un début d'organisation urbaine et communale. C’est l’avènement des communes et la naissance de la bourgeoisie. C’est aussi la fin du troc et la domination de l’argent. « La nouvelle société porte en elle le meilleur et le pire : élan vers plus de liberté et de fraternité, elle est en même temps travaillée par des forces troubles et redoutables qui peuvent se retourner contre elle et la déchirer. »

On passe d’un monde stable, lié à la terre, à un monde en mouvement, d’un monde fondé sur la vassalité à un monde fondé sur l’esprit d’association ; mais cet esprit d’association ira de pair avec l’esprit de gain, de passion de l’argent et du pouvoir, d’où de nouvelles inégalités sociales et oppressions.

Le premier ordre : les frères mineurs

François d'Assise et les débuts de l’ordre

François naît à Assise, en 1182. Il appartient à la bourgeoisie urbaine (son père, Pierre Bernardone, est un riche marchand drapier, roturier) d’une cité d’importance secondaire, où existent des rivalités entre nobles et bourgeois, catholiques et cathares. Il reçoit une éducation traditionnelle peu adaptée à ce monde nouveau. Il cherche sa voie, rêve de chevalerie, part à 20 ans en guerre avec sa ville contre sa rivale Pérouse, sera fait prisonnier (Assise est vaincue, 1202), reste en captivité un an, puis tombe malade… et peu à peu se convertit.

Il finit par mépriser la gloire et la richesse et, en même temps que grandit sa soif de Dieu, il s’approche des miséreux, lépreux, mendiants. Puis le crucifix de l’église Saint-Damien lui parle : « François, va et répare ma maison qui tombe en ruines. » Il prend ces mots à la lettre, se fait maçon et répare les églises en ruine.

En 1208 (ou 1209 ?) il entend l’Évangile de l’envoi des disciples en mission (sans doute Mt 10,9 et ss). Trois points se détachent de ce texte : l’envoi des disciples, l’exigence de la pauvreté, le message de paix. « Voilà ce que je veux, voilà ce que je cherche, ce que, du plus profond de mon cœur, je brûle d’accomplir ! » (1 C 21) C’est la rencontre entre l’Évangile et un homme pleinement de son époque, qui portait dans son cœur tout le bouillonnement de son temps (espérances, et détresses des plus pauvres). Il est enfin fixé sur l’orientation de sa vie. C’est l’acte de naissance de l’ordre franciscain ! (C’est effectivement le moment où tout le monde s’accorde à fixer la naissance de l’ordre franciscain

Puis, c’est l’imprévu pour François : des compagnons se présentent à lui pour partager son style de vie. Ce sont des jeunes d’Assise ou des environs, surtout des laïcs. Ils vont alors à Rome faire approuver par le pape Innocent III leur mode de vie. C’est vers cette époque que François choisit comme nom les « frères mineurs », c'est-à-dire les petits, les soumis à tous, les derniers de tous.

Caractéristiques de l’ordre à ses débuts

Le fondement même de l’esprit franciscain est celui-ci : plaire au Christ et lui ressembler. Le franciscain est d’abord celui qui regarde et écoute le Seigneur Jésus, qui se conforme à sa vie et à sa parole. L’Ordre franciscain est encore plus un ordre d’imitateurs du Christ que de prédicateurs : « La règle de vie des frères est la suivante : vivre dans l’obéissance, dans la chasteté et sans aucun bien qui leur appartienne ; et suivre la doctrine et les traces de notre Seigneur Jésus-Christ. » (1 Reg 1,1) et « La règle de vie des Frères Mineurs est la suivante : observer le saint Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ. » (2 Reg 1,1)

Mais concrètement, que signifie pour les premiers frères d’observer le saint Évangile ? On peut dégager quelques points importants.

L'aspect missionnaire

Cette forme de vie propose comme modèle la vie des disciples envoyés en mission par le Christ. Les membres de la communauté n’ont pas de demeure fixe. La mission, l’annonce de la Bonne Nouvelle exige une grande liberté de mouvement, elle voue à une vie itinérante. Effectivement les premiers compagnons de François d'Assise sont souvent sur les routes. Quand le nombre des frères sera plus grand, François en enverra en Allemagne, Espagne, France, Hongrie, Syrie, et au Maroc. Lui-même voudra aller en France (mais le cardinal Hugolin l’en empêchera) et en Égypte, avec les croisés (mais pas pour guerroyer ; il déplorera le sang versé et tentera de convertir le sultan, Melek-el-Kamel). Tous les frères ne prêchent pas mais tous sont envoyés comme témoins de la Bonne Nouvelle.

La Règle de 1221, puis celle de 1223, consacrent un chapitre entier sur « la manière de voyager par le monde ». C’est dire si le voyage et la mission font partie de la vie des frères.

La pauvreté

La pauvreté franciscaine n’est pas d’abord ascétique (« Moins je possède, plus je me possède. »), ni d’abord apostolique (« Plus je me détache des biens de ce monde, plus je suis libre pour aller vers les autres. »), elle est de nature essentiellement mystique : si François est pauvre, c’est qu’il aime le Christ et que le Christ fut pauvre (cf. 1 C 7 et 2 C 55). Les frères refusent les bénéfices ecclésiastiques. Ils vivent de leur travail chez les gens de la région où ils passent, ou de l’aumône. Cependant ils sont tenus de refuser tout argent. François est formel sur ce point, il ne fera exception que pour les malades (cf. 1 Reg 8,1-12). Il avait bien vu que l’argent dans cette société nouvelle pervertissait les relations humaines, conduisait trop vite à la tentation du pouvoir. Les frères vivent cette pauvreté non pas comme un poids mais comme un honneur, une fierté, en communion avec le Christ qui n’avait pas une pierre pour poser sa tête.

La fraternité

Le groupe des frères rejette toute domination et toute préséance dans les relations entre eux. Les chapitres généraux seront démocratiques, contrairement aux autres chapitres monastiques de l’époque. Même François d'Assise n’y aura pas une voix prépondérante, il ne tranchera pas au moment des décisions à prendre. « Sur aucun homme, mais surtout sur aucun autre frère, nul frère ne prévaudra jamais d’aucun pouvoir de domination. » (cf. 1 Reg 5,9) François refuse la préséance de l’abbé, il crée la fraternité. Le terme "Ordre" viendra plus tard, selon le vocabulaire de l’époque. Ce style nouveau de rapports humains est libérant, et c’est ce qui contribuera sans doute le plus au succès rapide et immense de la Fraternité franciscaine, à son accroissement. C’était ce que les communes aspiraient à réaliser, mais en vain à cause du règne de l’argent.

Frères mineurs

« Si mes frères ont reçu le nom de petits (mineurs), c’est pour qu’ils n’aspirent pas à devenir grands, leur vocation est de rester en bas et de suivre les traces de l’humilité du Christ. » (2 C 148) À l’époque, le mot minores a une signification sociale (le petit peuple). Aussi l’humilité requise a également une dimension sociale : aucun pouvoir de domination des frères entre eux et dans la société. Dans la première Règle, on demande aux frères qui travaillent chez autrui de ne pas accepter un emploi qui leur donnerait puissance sur les autres hommes et les assimilerait à la classe dirigeante et dominante : trésorier, chancelier, intendant… Et on ajoute : « [Chacun] se fera petit et soumis à tous ceux qui habitent la même maison.qui (1 Reg 7,1-2)11

Obéissance à l’Église

Ce n’est pas seulement dans la société civile que les frères veulent être des « mineurs », mais également au cœur de l’Église. C’est précisément cette obéissance toute filiale à l’Église qui les distingue des sectes de l’époque. François n’avait pas le monopole de l’idée d’un retour à l’Évangile (avec ce que cela impliquait : pauvreté, fraternité, mission). D’autres l’ont eue avant lui. Mais lui ne s’érige pas en censeur de l’Église. Il en voit les abus et en souffre, mais lui et ses compagnons ne se prennent pas pour des « purs » ou des « authentiques ». En fait, ils n’en ont même pas l’idée. Rien dans les écrits de François d'Assise n’exprime une attitude de juge face à l’Église, aucune contestation, mais bien un très grand respect de l’Institution et une volonté clairement exprimée de soumission filiale.

Conclusion

La grande caractéristique de François et de ses premiers compagnons, c’est qu’ils ont su entrer dans le "mouvement de pauvreté" et dans les aspirations des laïcs sans se révolter contre les prélats. De plus, aux croisades ils ont préféré substituer l’évangélisation, et constituent par là le premier ordre missionnaire (avec les Dominicains). François d'Assise et Claire d'Assise ont également beaucoup contribué à restaurer le clergé séculier par l’exemple de leur culte pour l’eucharistie.

Très vite il y a des problèmes internes à l’organisation de l’Ordre. Sa croissance a sans doute été trop rapide : partis à une douzaine en 1209 pour faire approuver à Rome leur mode de vie, les frères se retrouvent à 5000 en 1220. Et l’« Ordre des frères mineurs » s’étend vite et loin : en 1217 des provinces sont fondées en Allemagne, Espagne, France, Hongrie, Syrie ; en 1224, en Angleterre. Dès la mort du fondateur, les difficultés qui avaient surgi de son vivant sur l’observance de la Règle (la deuxième Règle des Frères Mineurs, approuvée par le pape en 1223) prennent plus d’importance, surtout en ce qui concerne la pauvreté. Les supérieurs prennent des décisions, contestées par les compagnons de la première heure, et le pape intervient : la bulle Quo elongati (1230) est un premier essai de solution, mais c’est aussi la première brèche ouverte dans l’idéal de la pauvreté.

À ce stade, il existe deux tendances dans l’Ordre : une première tournée vers le passé, prête à nier la réalité de l’évolution pour conserver une fidélité statique à l’idéal primitif, refuse toute interprétation de la Règle. Ces sont les premiers compagnons de François et leurs disciples. On les appelle les zelanti. L’autre tendance, plus tournée vers l’avenir, est prête à accepter les interprétations de la Règle qui permettront de faire face aux situations nouvelles, dans une fidélité dynamique à l’idéal primitif. C’est la majorité de l’Ordre. La première tendance opte résolument pour la vie dans de petits ermitages, la seconde est favorable à de grandes communautés — ainsi on appellera ces frères la Communauté.

L'Église de Saint Antoine, à Lisbonne, où est né Antoine de Padoue, qui conseilla le Pape Grégoire IX.

D’autres problèmes surgissent, à cause de l’extension de l’ordre et de situations nouvelles non prévues par la Règle et la bulle. Les tendances se durcissent, et les zelanti s’organisent (surtout en Provence et Toscane) jusqu’à former un parti, le parti des Spirituels. Ce qui définit les Spirituels, c’est que non seulement ils refusent toute interprétation de la Règle, mais ils dénient même au pape tout pouvoir de le faire. On peut dire aussi qu’ils accordent plus de prix à la pauvreté qu’à l’obéissance, et même à la charité. La Communauté accepte la vie de clercs étudiants et prêcheurs de doctrine, là où les Spirituels veulent garder l’idéal d’une fraternité de religieux et mendiants. Il faut dire que depuis 1220 il y a une entrée en masse de clercs dans l’Ordre. Le chapitre de 1239, qui met fin à la gouvernance de l'ordre par Élie de Cortone en tant que ministre général, verra le triomphe du parti des clercs.

Dès l'époque de Jean Parenti, premier ministre général après François d'Assise, de 1227 à 1232, les franciscains exercent une influence profonde sur les lettrés des universités qui se sont multipliées lors de la Renaissance du XIIe siècle. Ainsi, le maître Vincent de Coventry et son frère, le maître Adam d'Exter et le maître Guillaume d'York, le frère Adam de March, à Worcester, le frère Jean de Reading, abbé d'Osney), le maître Richard Rufus, connu à Oxford et Paris, ou encore des chevaliers comme sir Richard Gobion, Giles de Merc, don Tomas et sir Henry de Walepole entrent dans l'ordre. L'ordre bénéficie ainsi de la présence de juristes et théologiens accomplis, dont les Italiens Pierre de Catane, Crescenzio Grizi da Jesi, Rizzerio di Muccia, Luc de Titonto, Jean Parenti, les Anglais Haymon de Faversham, Adam Marsh et Alexandre de Halès, les Français Jean de La Rochelle, Guibert de Tournai, Eudes Rigaud, archevêque de Rouen de 1248 à 1275, ou le Portugais Antoine de Padoue. Tous joueront un rôle décisif dans l'élaboration de la doctrine franciscaine, et notamment dans leur théorisation de la pauvreté et de l'économie. Parmi eux, se détachent en particulier Jean de Parme et le Languedocien Pierre de Jean Olivi. Par la suite, l'ordre accueillera des noms demeurés célèbres jusqu'à aujourd'hui, tels Bonaventure de Bagnorea, Antoine de Padoue, et de grands représentants de la philosophie médiévale tels que John Duns Scot, Guillaume d'Occam, et Roger Bacon, souvent crédité d'avoir participé à l'élaboration de la nouvelle méthode scientifique.

La première Exposition sur la règle des Frères mineurs est rédigée en 1241 par quatre maîtres de l'Université de Paris, Alexandre de Halès, Jean de la Rochelle, Eudes Rigaud et le Flamand Robert de La Bassée. Les polémiques au sujet de la pauvreté franciscaine commencent alors, certains s'inquiétant de l'attraction provoquée par l'ordre chez les élites, poussant le mouvement à se défendre entre 1250 et 1270, en particulier à travers les écrits de Bonaventure de Bagnorea, Hugues de Digne, Jean Peckham et Thomas d'York.

En 1257, Bonaventure de Bagnorea devient le ministre général, succédant à Jean de Parme, contraint de se retirer après avoir été accusé de joachimisme (il sera finalement acquitté puis béatifié en 1777). Maître à l’Université de Paris, Bonaventure se place dans le rang des modérés. Cependant, n’ayant pas connu François d'Assise, il laisse de côté une bonne partie de l’idéal non-conformiste de celui-ci. Il appuie la « cléricalisation » en alignant l’Ordre sur les usages monastiques traditionnels (ce que François a toujours refusé, cf. LP 114), par les Constitutions de Narbonne (1260), commentaire de la Règle.

Une autre réalité, c’est la lutte du clergé séculier contre les Ordres mendiants. Le clergé séculier prend ombrage des privilèges dont ces derniers jouissent, ainsi que de l’influence grandissante qu’ils exercent sur les fidèles. De plus, du fait que les frères mineurs deviennent un ordo studens, des rivalités surgissent entre eux et les frères prêcheurs.

Malgré toutes ces difficultés, l’Ordre n’a pas cessé de s’étendre : Pays-Bas (1228), Dalmatie (1235), Pologne (1237), Albanie et Monténégro (1240), Scandinavie (avant 1250)… sans parler des fondations purement missionnaires en Perse, Chaldée, Inde, Chine, Guinée… On trouve des franciscains, dans les cours, à la ville, à la campagne, sur les routes de Chine et dans les caravelles vers le « Nouveau Monde ». En 1316 on compte plus de 1 400 couvents et 35 000 religieux.

Enfin, il y a l’apport considérable de l’Ordre à la liturgie. Aymon de Faversham, ministre général de 1239 à 1244, compile des livres liturgiques qui seront utilisés par la liturgie romaine jusqu’à la réforme de Vatican II, sept siècles plus tard (1965). Jean de Parme, ministre général de 1247 à 1257 fixe les rites de la messe.

À la fin du XIIIe siècle, l’Ordre, réorganisé, apparaît comme le corps religieux le plus imposant de la chrétienté. Le Saint-Siège y puise en abondance pour pourvoir l’Église en cardinaux, évêques, légats, pénitenciers, et même inquisiteurs. Pourtant, la première moitié du XIVe siècle aurait pu être fatal à la « famille » franciscaine. D’abord à cause des abus : ça devient une mode pour les frères de réclamer des bénéfices et des prélatures. En cent ans, on compte 568 évêques franciscains, presque tous sans diocèse réel. Les bullaires abondent en noms de Mineurs exemptés par le Saint-Siège des devoirs de la sainte Pauvreté. En plus de ce relâchement qui abaisse la qualité, les guerres et les épidémies réduisent la quantité (l’Italie perd à elle seule plus de 30 000 frères mineurs).

À l’intérieur de l’Ordre, les vieux compagnons de François et leurs disciples ressentent une grande tristesse de voir ainsi évoluer — mourir, disent-ils — l’idéal primitif. De longues procédures, où la justice ne sera pas toujours respectée, sont entreprises par la Communauté contre les Spirituels. Ces derniers tombent eux-mêmes peu à peu dans l’insoumission au pape et l’hérésie. Finalement Jean XXII condamne définitivement ce mouvement en 1317.

Le temps était cependant venu où ce qu’il y avait de meilleur dans le mouvement des Spirituels allait refleurir dans la réforme de l’Observance. En effet, pendant que l’Église subit le Grand Schisme d'Occident (1378-1417), le retour à l’observance primitive de la Règle de Saint François se dessine. Ceci déclenche à nouveau une querelle entre le gros de l’Ordre (les Conventuels) et ceux qu’on va bientôt appeler les Observants. Mais le mouvement de l’Observance s’affirme, s’étend et s’impose, sous l’impulsion de gens comme Colette de Corbie (1381-1447) et Bernardin de Sienne (1380-1444). En 1517, Léon X, par la bulle Ite et vos, unit sous le nom de « Frères mineurs de la régulière observance de S. François » tous les réformés, et sépare les Conventuels des Observants, tout en retirant aux Conventuels la juridiction générale de l’Ordre et en la confiant au ministre général de l’Observance. Le pape Pie V, dominicain, donne définitivement à l'Église le bréviaire franciscain (1568), puis le missel franciscain (1570). On doit aussi aux frères mineurs la fête de la Visitation, la crèche de Noël (l’idée vient de François d'Assise, trois ans avant sa mort !), l’Angélus, le Stabat Mater...