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château de Dourdan

Le château de Dourdan

Le château, qui se dresse au cœur d'une petite ville du Hurepoix, est connu de tous par une miniature des Très riches heures dit duc de Berry, celle qui est consacrée au mois d'avril. Elle peut être associée aux vestiges du château et nous permettra ainsi de bien imaginer son aspect du début du 15° siècle.

Un château royal

Dourdan est établi dans une riche région, au cœur du Hurepoix (Urapiorum felix regio) avec des bois, des prairies, des vignes et des vergers. Elle forme contraste à côté du pays moins favorisé du Gâtinais (Wastinium) , pays de « gastines» sablonneuses ou forestières. Mais il est aussi situé au nord de la riche plaine céréalière de la Beauce.

L'origine du nom de Dourdan semble fort ancienne, peut-être préceltique. Il y avait là un habitat à l'époque romaine, centré déjà sur une production de céramiques bien particulières. Déjà, au 19° siècle, Joseph Guyot signale des fours à poteries romaines «rencontrés dans toutes les parties de la ville, et des monceaux de débris de vases auxquels se sont trouvées mêlés des monnaies romaines (..) Plusieurs fours anciennement mis à découvert sur le versant de la côte de Liphart ont longtemps servi d'abri aux bergers. » Récemment, des fouilles ont

permis de mieux connaître cette céramique gallo-romaine datée de la fin du 3° et du début du 4° siècle après J.-C. A cette époque, Dourdan est une petite agglomération secondaire de la Cité des Carnutes (Chartres) établie alors uniquement sur la pente de la rive nord de l'Orge. La rive sud est encore trop marécageuse. Le site découvert regroupe des habitats et des voiries, une nécropole et des ateliers de potiers, aux limites nord de la ville médiévale. Les maisons de cette époque sont munies de caves, toutes carrées, de 2 à 3 mètres de côté, construites de petits moellons de pierre à peine taillés, liés par de la terre argileuse. Les murs sont revêtus d'un enduit blanc. Elles disposent d'escaliers de pierre et de soupiraux d'aération. Les caves n'occupent qu'un angle de ces maisons rectangulaires. La poterie retrouvée est caractéristique par sa pâte sableuse rouge-orangée. A la fin de la période apparaît de la céramique à pâte grise. Nous ne savons presque rien de cette localité pendant le Haut Moyen Age. Jacques de Lescomay, conseiller et avocat du roi Louis XIII à Dourdan, a recueilli une légende qui remonte peut être à cette époque. Le Moyen Age aimait le merveilleux: « Anciennement, un seigneur du pays qui estoit qualifié Rex Dordanus, homme payen, demeuroit au lieu dici Saincte Mesme, demie lieue au-dessus de Dourdan, et avoit une fille nommée Mesme, laquelle fit profession du christianisme à son desceu : à cause de quoy (et pour n 'estre descouverte) elle se retiroit ordinairement prez d'une fontaine où elle faisait ses secrettes prières,- mais enfin ayant esté descouverte, et n 'ayant peu estre divertie, il luy fit trancher la teste par la main propre de Mesmin son frère, lequel (adjouste le vulgaire), ayant recogneu sa fa ute.fut baptisée! se relégua quelque temps dans la forest prez d'une fontaine où il fit pénitence »

D'autres versions ajoutent que Mesmin devint évêque d'Orléans. Au 19° siècle, les fontaines de Sainte-Mesme et de Saint-Mesmin étaient encore vénérées et l'église de Sainte-Mesme faisait l'objet d'un pèlerinage.

Quittons maintenant la « légende dorée » pour entrer dans l'Histoire. La tradition fait remonter la fondation d'un château, ou d'une villa fortifiée, à Gontran, roi d'Austrasie. Dourdan fit en effet partie de ce royaume mérovingien à partir de 587. A la fin de l'époque carolingienne, Dourdan fait partie du domaine du duc Hugues le Grand (le père d'Hugues Capet). On sait qu'il se trouve au village de Dourdan (apud Dordingham villam - plus ancienne mention du nom de cette localité) au mois de juillet 956. En effet, lors de la seconde année du règne de Lothaire, le vieux duc Hugues passe joyeusement les fêtes de Pâques avec Gilbert, prince des Bourguignons.

Trois jours après Pâques, Gilbert trépasse subitement. Puis le vieux duc vient mourir à Dourdan où il trépasse à son tour le XVI des calendes de juillet dé l'an 956. Cet événement est relaté par Dom Bouquet dans la Chronique de Saint-Denys: « Bien senti Hies li granz que li ternies de sa vie approchait: les princes de sa duchée manda, et par leur conseil livra en garde Hue I 'ainzé de ses flux au duc Richart de Norniandie; de cest siècle trespassa vieux et plains de fors es Kalendes de Juguet: en sepouturezfu en l'église de Saint-Denys en France. » . Ainsi, le domaine de Dourdan était l'un des lieux où le duc des Francs rassemblait sa cour.

Trente ans plus tard, son fils, Hugues Capet, comte de Paris, duc des Francs, devient roi de France en 987. Dourdan fait partie de ses domaines qui couvrent une partie de ce qui sera l'Île de France. L'année précédente, Hugues Capet y aurait tenu une mystérieuse assemblée pour se débarrasser d'un puissant compétiteur: Charles de Lorraine. A proximité de la forêt de Dourdan, il est fort probable qu'il venait se délasser en ce domaine. Mais, dès le 11° siècle et pendant la première moitié du 12° siècle, les faibles territoires du roi de France seront menacés par des voisins belliqueux. Dourdan prendra alors de l'importance en devenant ville frontière, probablement déjà défendue par un château. Face aux incursions de la lignée des comtes de Chartres, cette région connaîtra une période agitée. Ceux-ci deviendront très

puissants grâce à l'acquisition des comtés de Blois, de Tours et surtout de Champagne. Le roi Robert II le Pieux (qui règne de 996 à 1031) doit affronter Eudes II, comte de Chartres et fils de Berthe, reine répudiée. Le roi Henri Ier (qui règne de 1031 à 1060) doit affronter Thibaut III. Dourdan est plusieurs fois menacée, son territoire dévasté. Le roi Louis VI le Gros (qui règne de 1108 à 1137) connaîtra trente ans de guerre, pendant presque tout son règne, avec son sénéchal Gui de Rochefort, dont il avait répudié la fille Lucienne en 1109.

Le château de Rochefort se dressait tel un nid d'aigle tout près de Dourdan (actuellement Rochefort-en-Yvelines). Par ailleurs, les comtes de Rochefort étaient voisins et parents des fils de Milon le Cruel, sire de Montlhéry qui, du haut de leur château, contrôlaient les routes et pillaient les voyageurs. Sires de Rochefort et de Montlhéry étaient alliés contre le roi. Bien plus, Guy de Rochefort dispose alors d'un terrible allié: le fameux vicomte du Puiset (en Beauce). Le roi Louis VI, face aux raids des Puiséllens, devra attaquer et raser trois fois le château du seigneur du Puiset.

Thibaut IV, comte de Chartres, aidera même le terrible sire du Puiset. Mais, sous Louis VII et surtout à partir du milieu du 12° siècle, la paix revient dans toute la région et, avec elle, la prospérité pour la ville de Dourdan. Dès cette époque est fait mention de ses deux églises: Saint-Germain et Saint-Pierre.

Après avoir divorcé d'Aliénor d'Aquitaine et avoir été veuf, le roi Louis VII avait épousé Alix de Champagne en troisième noce. Et, maintenant, Dourdan, ville royale, bénéficie de cette nouvelle alliance avec la maison de Chartres-Champagne. Bien plus le roi Louis VII a nommé sénéchal de France le comte Thibault de Champagne. Il en a même fait son gendre en le mariant à sa fille Adèle. Et, par son mariage, le roi est le beau-frère de son sénéchal ! Il se plaît à Dourdan où sa femme se trouve près des terres de sa famille.

Au décès de Louis VII, en 1180, son fils, Philippe Auguste, monte sur le trône à l'âge de quinze ans. Il marquera son règne (il décédera en 1223) de sa forte autorité. En conflit avec les rois d'Angleterre, Richard Cœur de Lion (mort au siège de Châlus en 1199) puis Jean sans Terre, il s'emploiera à renforcer son royaume. La Normandie est conquise en 1204. Il va couvrir son royaume de forteresses d'un genre nouveau qu'on appellera « philipiennes ».

De nombreuses chartes témoignent de son intérêt pour Dourdan. Ainsi, à Paris, en 1185, il rappelle que son père avait donné aux lépreux de Chartres deux muids de froment sur le four de Dourdan et un muid sur la grange dudit lieu. Il évoquera Dourdan en d'autres textes. Puis, au mois d'avril 1222, une nouvelle charte « fait savoir à tous présents et à venir qu'il a institué une chapelle dans son nouveau château de Dourdan et qu'il a concédé à l'abbé et au couvent de Saint- Chéron de Chartres qu'un de leurs chanoines du prieuré de Saint-Germain de Dourdan célébrât tous les jours les saints mystères dans ladite chapelle, à la condition expresse que ce célébrant prêtera serment de fidélité au roi et à ses héritiers possesseurs du château, et que le serment sera renouvelé à chaque mutation de chanoine. A ce chanoine sont assignées quinze livres de revenu sur la prévôté de Dourdan, payables moitié à la Toussaint, moitié à. la Purification ; et s'il arrive au prévôt d'être en retard pour le payement, il devra au roi cinq sous d'amende par chaque jour de retard. » .

Ce texte est du plus haut intérêt car il nous donne, en quelque sorte, la date d'inauguration du nouveau château construit par le roi Philippe Auguste à Dourdan. Bien plus, une autre pièce vient contrôler cette mention: « Du 2 au 30 avril 1222, Pierre abbé et tout le couvent de

Saint-Chéron s'engagent à députer un de leurs chanoines du prieuré de Dourdan, pour célébrer la messe dans la chapelle que le roi vient de faire nouvellement construire dans son château, et sous la condition précitée d'un serment de fidélité. »

Et, en effet, Philippe Auguste a fait construire là, en remplacement de l'ancien château, une nouvelle forteresse typiquement « philippienne », probablement l'exemple le plus parfait de ce type de construction. D'ailleurs son achèvement précède de peu la mort du roi, qui décède en 1223.

Le plan de ce château est presque ,carré ; l'enceinte est légèrement plus large au nord qu'au sud. Cette largeur varie de 70 mètres environ à 65 mètres environ, du côté de l'église. Cette enceinte est entourée d'un fossé de 12 mètres de large pour une profondeur de 6 mètres environ (par rapport au niveau de la ville). L'intérieur de l'enceinte contient 53 ares, 60 centiares. La muraille a une épaisseur de plus de deux mètres. Elle est bâtie en grès jusqu'à la hauteur du parapet extérieur puis en moellons et cailloux liés par un mortier très solide. Cette muraille est flanquée de neuf tours circulaires et en saillie. L'angle nord est contrôlé par l'imposante tour-maîtresse, le «donjon », isolé de la forteresse par un fossé. Nous en reparlerons. Les trois autres angles sont flanqués de tours rondes en forte saillie. Leurs murs ont plus de deux mètres d'épaisseur. Elles sont bâties en grès sur toute leur hauteur, contrairement aux courtines. Elles contiennent, ou contenaient, au moins deux étages séparés par des voûtes à nervures. Elles sont éclairées par des archères ou des baies étroites. A part la tour est, encore couverte, elles sont dérasées. La communication entre les étages se fait par des escaliers ménagés dans l'épaisseur de la muraille. Une tour semi-circulaire ponctue le milieu de chaque face de la courtine, pour la renforcer sur trois côtés. Il y a donc une vingtaine de mètres entre chaque tour, ce qui permet aux archères d'assurer un bon contrôle de l'enceinte.

La face sud-est de l'enceinte n'est pas ponctuée par une tour semi-circulaire mais par deux tours encadrant le châtelet d'entrée. Ce châtelet est très bien conservé et a été en grande partie restitué, extérieurement, dans son aspect original depuis sa récente restauration qui a éliminé les ouvertures percées dans les archères. Nous remarquerons qu'il n'y a pas de rainures pour le pont-levis. La miniature des Très Riches Heures du Duc de Berry nous en donne l'explication. Il y avait devant cette porte un court pont de bois précédé du pont levis, placé en avant et qui ne venait pas affaiblir la construction.

Alors que la tour maîtresse atteint un diamètre extérieur de 13,5 mètres, les autres tours atteignent un diamètre extérieur de 9 mètres, pour des murs de deux mètres d'épaisseur. La chapelle Saint-Jean était située au nord, près de l'entrée du donjon (tour-maîtresse). Le logis, tout au moins à l'époque du duc de Berry, était situé le long de toute la face ouest (« terrasse» et « bâtiment de M. Sancy» sur le plan et une partie la face nord-ouest, «corps d'Hostel »). L'ensemble des tours et de l'enceinte est fortement taluté à la base.

Des céramiques témoignent de ces époques

Ainsi Philippe Auguste aura peu connu sa nouvelle forteresse. Louis VIII lui succède pour trois ans seulement puis c'est Louis IX, Saint Louis, qui s'intéresse à Dourdan comme en témoignent quelques chartes. Philippe III le Hardi et Philippe IV le Bel trouvent à Dourdan un commode rendez-vous de chasse. Mais c'est à cette époque que Dourdan cesse d'être une forteresse royale. Philippe le Bel avait un frère, Louis, comte d'Evreux, qui s'était distingué en 1304, par sa vaillance, à la fameuse bataille de Mons-en-Puelle, gagnée par le roi contre les Flamands. Pour asseoir les revenus de ce premier prince du sang, Philippe le Bel avait décidé par lettres patentes d'avril 1307 d'attribuer à son frère Louis une partie du domaine royal, ce seront les seigneuries d'Evreux, d'Aubigny, de Gien, de la Ferté-Alais, d'Etampes, de Dourdan et de Meulan, dont le revenu total égale quinze mille livres. Pour les revenus de la chastellenie de Dourdan, il aura douze cent soixante livres dix-sept sols onze deniers tournois. Parmi ces revenus, il y a « les fours aux pottiers ». L'archéologie a en effet livré des céramiques médiévales de cette époque conservées au musée de Dourdan.

Le groupe archéologique de Dourdan a fouillé plusieurs ateliers de potiers des 13° et 14° siècles qui ont livré de très intéressantes céramiques: Le site de l'Auberge du château a livré des Oule à col en bandeau, des pichets à anse plate puis à col tubulaire sans bec, des assiettes, des cuviers et des jattes, datés du 13° siècle. Les deux ateliers du Madre et de l'Auberge du château produiront au 14° siècle des pichets à anses rondes rivées au col et à la panse, des oules à col en bandeau mince ou des oules verseurs, des tasses à bord droit ou polylobé, des bouteilles, des assiettes. Toute cette céramique est réalisée dans une pâte rouge bien particulière à Dourdan et aux régions proches. Elle est sans glaçure, probablement parce qu'elle est très imperméable. Cette pâte rouge disparaîtra vers la fin du Moyen Age. Le musée de Dourdan conserve une importante collection de cette céramique médiévale bien connue pour cette pâte rouge. Cette collection est exceptionnelle car nombre de ces céramiques ont été retrouvées intactes et sont un témoignage de la vie quotidienne de cette époque.

Outre sa tradition potière, Dourdan est établie au sud d'une proche forêt dont le gibier se multiplie. En 1310, Louis d'Evreux est assiégé par les réclamations réitérées du « commun des bonnes gens de la ville de Dourdan » à cause des dommages causés par ce gibier. Il supprime alors la garenne et il donne « par acte authentique, à tous les habitants, moyennant certaine redevance en argent, le droit de chasser sur leurs terres les bêtes à pied clos qui s'étaient multipliées dans une proportion effrayante. ». En guise de redevance, tous les détenteurs de terres s'engageaient ensemble, chacun en proportion de son exploitation, à payer chaque année au comte et à ses successeurs au châtel de Dourdan, le jour et feste aux Mors, quatre-vingts livres parisis de rente en deniers. Tous ceux qui paieraient la rente pourraient chasser sur leurs terres du lever au coucher du soleil, en se servant de filets, chiens,fuirons, etc. En outre, la nuit, ils pouvaient garder leurs terres avec des chiens, des bâtons ou des pieux.

Une prison pour Jeanne de Bourgogne

Mais, en 1314, éclate un terrible scandale. Le roi, Philippe le Bel avait trois fils: Louis le Hutin, roi de Navarre, Philippe le Long, comte de Poitiers, et Charles le Bel. Tous trois ont épousé de charmantes princesses: Marguerite, fille du duc de Bourgogne pour l'aîné, devenue ainsi reine de Navarre ; Jeanne, première fille du comte de Bourgogne pour le second ; la très jeune Blanche pour le troisième. Marguerite et Blanche, jeunes et insouciantes, éloignées de leurs familles, vont se laisser séduire par deux chevaliers, Philippe et Gaultier de Launay. Jeanne restera en retrait. Le scandale éclate. Les deux chevaliers sont jugés à Pontoise et seront écorchés vifs sur la place publique. Marguerite et Blanche, convaincues d'adultère sont répudiées par leurs maris, couvertes de haillons et conduites en barque par la Seine jusqu'au Château Gaillard où elles seront enfermées. Quant à Jeanne de Bourgogne, elle fut soupçonnée, arrêtée et cria son innocence.

Une enquête est ouverte et, en attendant son résultat, elle est enfermée dans un lieu sûr et peu éloigné, ce sera chez son oncle, Louis d'Evreux, dans la Grosse Tour du château de Dourdan, au premier étage. « On I 'y conduisit, gardée à vue et on l'y retint prisonnière. Ordre était donné de ne lui rien refuser; mais, triste et solitaire, la pauvre jeune femme pleurait l'absence de son mari qu'elle aimait, et n'était sans doute pas très rassurée suri 'issue de cette triste affaire, et la sentence de ses sévères juges. Une année s'écoula, bien longue pour la captive de Dourdan ; la vérité s'était faite jour ; Jeanne était reconnue épouse innocente et pure, et, en grande assemblée du Parlement de Paris de Paris, en présence du comte de Valois. de Louis d'Évreux et d'une foule de nobles seigneurs, un décisif et solennel jugement était rendu en sa faveur. Sa prison s'ouvrit, son mari vint la chercher et la ramena en grande pompe et allégresse à Paris. C'était aux environs de Noël. » . Mais, brisé par le chagrin, le roi Philippe le Bel était mort en 1314. Jeanne était accueillie par le nouveau roi, Louis X le Hutin qui avait perdu son épouse Marguerite dans ce scandale. L'époux de Jeanne deviendra roi en 1316 après le court règne de son frère aîné. Ce sera Philippe V le Long qui régnera jusqu'en 1322, un siècle après la fin des travaux au château de Dourdan.

Revenons à Dourdan. Louis d'Evreux a trois enfants. L'aîné, Philippe, reçoit le comté d'Evreux et, par sa femme, fille de Louis le Hutin, le royaume de Navarre. Le cadet, Charles, gardera Etampes, Dourdan, Gien et autres lieux.

Une fille, Jeanne, épousera son cousin, Charles IV le Bel (roi de 1322 à 1328) et deviendra reine de France. Charles d'Evreux préférera Dourdan à Etampes (érigé en comté en 1327) et résidera au château de Dourdan avec sa femme, Marie d'Espagne, petite fille de Saint Louis. Leurs enfants y naîtront. Mais Charles meurt sur le champ de bataille et son fils, Louis II, comte d'Evreux, seigneur de Lunel, appelé Louis d'Etampes, lui succède en 1336.

Le comte Louis sera armé chevalier par le roi Jean à Reims avec lequel il est fait prisonnier à la 1356/09/19 Bataille de Poitiers le 19 septembre 1356. La guerre anglaise s'abat sur la France. Dourdan subit un siège et la peste y est signalée en 1380. Louis, libéré, revient dans sa ville natale et, ému par la situation de la population, il confirme le droit de chasse mais annule la rente qu'il recevait pour le payer. Mais, dès 1381, se voyant sans postérité, il fait donation entre vifs du comté d'Etampes et des seigneuries de Dourdan, Gien et Aubigny-sur-Nerre à Louis, duc d'Anjou, second fils du roi Jean, se réservant sa vie durant la jouissance de ses domaines et le douaire de sa femme. Mais le duc d'Anjou ne profitera pas de cette donation ; il est le premier à mourir et ses enfants accordent Etampes et Dourdan à leur oncle Jean, duc de Berry, en échange de certains droits.

Le vieux comte Louis habite toujours à Dourdan. Un jour étant à dîner à l'hôtel de Nesle, à Paris, chez le duc de Berry, le vieillard laisse tomber sa tête sur l'un des bras qu'il avait ployé sur la table. Le duc de Berry s'en aperçoit et dit en riant : « le beau cousin s'endort, il faut le réveiller ». Mais Louis d'Etampes vient de mourir en ce 6 mai 1400.

Le château du duc de Berry

Prince fastueux et ami du plaisir, Jean duc de Berry, oncle du roi Charles VI, ne tarde pas à entrer en jouissance de son bien. Il est à Dourdan le 21 juillet 1400 avant de passer cinq jours à Etampes et deux à Pithiviers. Il repasse à Dourdan le 16 janvier 1401, entre Bonneval et Montlhéry, puis le 7 février. Au mois d'avril, il y reste au moins cinq jours, du 10 au 14. Il y est à nouveau le 29 juin, au moins et il y passe tout le mois de novembre. Il n'y reviendra pas avant le mois d'août 1403, vers le 8 où il y aurait passé une bonne partie du mois. Il n'y revient ensuite que l'année suivante, 1404, toujours au mois d'août (vers le 15), puis une bonne partie du mois d'octobre (du 13 au 21 au moins) et peut être du mois de novembre (il y est vers le 17). Après ces séjours importants en 1404, il n'y revient pas avant le 27 mai 1406. Ensuite, séjournant beaucoup à Paris, il passe surtout à Etampes quand il se déplace et il ne semble pas qu'il soit revenu à Dourdan après ce mois de mai 1406. Il décédera le 15 juin 1416 enfin d'après-midi.

En fait, la guerre civile avait éclaté, la guerre entre Armagnacs et Bourguignons. L'assassinat du duc d'Orléans par des sbires du duc de Bourgogne en 1407 précipite le pays dans l'anarchie.

Jean de Berry se déclare alors l'ennemi du meurtrier et rejoint la ligue des Armagnacs dressée contre celle des Bourguignons. li met ses châteaux de Dourdan et d'Etampes à la disposition de ce parti. Ce ne sera plus le temps des promenades courtoises à Dourdan, c'est la guerre. Paris est aux mains des Bourguignons, les garnisons de Dourdan et d'Etampes en feront le blocus.

Nous sommes au mois de novembre 1411. Les Armagnacs massés devant Paris, vers Saint-Cloud, sont culbutés par les Parisiens. Autour du roi et du dauphin, les ducs de Bourgogne et de Guyenne, les comtes de Nevers, de la Marche, de Penthièvre, de Vaudémont, le maréchal de Boucicaut, leurs chevaliers, et une foule de Parisiens menés par un fils du boucher Thomas le Gois, marchent sur Etampes dont ils font le siège. Malgré une résistance héroïque, l'un des lieutenants du duc de Berry, Louis de Bosredon, doit capituler. Ils arrivent alors devant le château de Dourdan. Jean de Gaucourt et Louis Bourdon sont envoyés auprès du duc de Guyenne pour parlementer et demander une suspension d'armes de huit jours. ils attendent des renforts qui n'arrivent pas. Le château capitule alors sans coup férir. Le château a été remis au roi mais il appartiendra toujours au duc de Berry qui meurt, comme nous l'avons vu en 1416.

Cependant, à l'automne de 1428, marchant sur Orléans, l'armée anglaise arrive devant Dourdan qu'elle prend d'assaut et met à sac. La population est passée au fil de l'épée et la garnison est pendue. L'église Saint-Germain perd ses deux tours. La cité restera alors tenue par les Bourguignons. Bien plus, la Hire, l'un des compagnons de Jeanne d'Arc est pris devant Rouen, en venant délivrer la Pucelle ; il est pris par le bailli de Dourdan, Jean des Mazis.

La Hire est alors captif au «chastel de Dourdan ». En 1434, Philippe Le Hardi, duc de Bourgogne, donne Dourdan et Etampes à son cousin Jean de Bourgogne, comte de Nevers. Jean des Mazis se ralliera à Charles VII et restera bailli de Dourdan jusqu'en 1463. La ville sera entouré de remparts, flanqués d'une douzaine de tours et de portes elles-mêmes encadrées de tours durant cette période (voir plan). Cette enceinte est absente sur la miniature de 1410 et a probablement été édifiée vers la fin de la guerre de Cent Ans, probablement entre 1410et 1450.

Mais qu'en est-il alors du logis qui s'appuie sur l'enceinte et qu'a connu le duc de Berry ? Nous connaissons bien les deux niveaux de la Grosse Tour déjà décrits, assez bien la tour sud, quelques éléments bien conservés du châtelet. Mais, en ce qui concerne le logis, le siège de 1591 n'a pas laissé grand chose. Dans l'angle ouest, quelques restes de bâtiments avaient été noyés dans un remblai pour former une terrasse (qui apparaît déjà sur un plan daté de 1593).

Dès 1421, le château passera de mains en mains. Finalement, en 1477 (ou 1478), le roi Louis XI obtient que le château revienne à la couronne. C'est de nouveau un château royal. Et, de 1478 à 1559, il sera tenu par des « seigneurs engagistes ». Le roi engage en don ou moyennant une rente, le château à divers seigneurs. Ainsi, au mois d'avril 1478, le roi signale qu'il a fait le don des terres et du château à Pierre Gabache, son feal escuyer d'écurie. On trouve Louis Malet de Graville en 1512, le sieur de Montgommery en 1522, Anne de Pisseleu (favorite de François I) en 1536, puis le duc de Guise (1559). Ce dernier va choisir Dourdan pour l'un de ses quartiers généraux et y établit ses écuries. Et, à la mort de Henri I!, sa puissance s'accroît considérablement.

Le 17 juin 1567, Charles IX souhaite retirer Dourdan au duc de Guise, chef de la Ligue. Montgommery en fait le siège, la ville en sort minée.

Les Huguenots sacagent la ville en particulier les églises. Saint-Germain possédait plusieurs ossements de la tête de Saint Etienne dans un chef de vermeil; le reliquaire est pris, les ossements jetés dans les fossés du château mais ils furent récupérés par une vieille femme qui les sauva... Le duc de Guise est tué en 1588. Puis arrive Henri IV un an plus tard. De nouveau Dourdan est tenu par la Ligue et le roi en fait le siège en 1591 ; le château subit d'importants dégâts.

Georges Bernage Moyen âge 2001