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château de Busséol

Le château de Busséol

L'un des rares exemples de forteresses romanes que l'Auvergne ait conservé, le château de Busséol garde en ses murs la mémoire d'une histoire où se mêlent les seigneurs et les rois

Du massif du Sancy jusqu'aux monts du Forez. le regard domine la vaste plaine de la Limagne, plaine fertile s'il en est, où paisiblement s'écoule l'Allier, où jadis les pèlerins foulaient le chemin de Saint-Jacques. Juché fièrement sur son rocher, dont il tirerait son nom. le château de Busséol constituait l'un des piliers d'un vaste réseau de fortifications hérissant la plaine. Dès le XII° siècle, de ce « nid d'aigle » les gardes pouvaient porter leur regard jusque sur les châteaux comtaux de Buron et Coppel puis, au XIIP siècle, sur

les forteresses de l'évêque de Clermont: Montmorin et Mauzun.

Le château de Busséoll tirerait son nom (du terme latin « buteo » qui veut dire buse, rapace et, par extension, rocher des rapaces, nid d'aigle. De t'ait. le rocher (un dyke volcanique)' sur lequel il se dresse constitue un site naturel défensif dont l'intérêt a été perçu très tôt puisque des traces d'occupation remontant à l'époque préhistorique ont été retrouvées sur place.

Limité au sud par le rocher inaccessible sur lequel elle s'élève, la forteresse. développe sur ses autres faces des courtines massives, crénelées, autrefois pourvues de hourds, aujourd'hui encore flanquées d'une tour de guet et d'une maîtresse tour dominant de ses quelque 28 mètres de haut, ultime refuge en cas .d'attaque.

Se contondant au rocher dans lequel il serpente, l'escalier d'accès mène jusqu'à l'unique entrée que protège une, bretèche. S'ouvrant par un bel arc en plein cintre, cette poterne et son encadrement, soigneusement appareillés de pierres d'arkose, aux couleurs chaudes, contrastent fortement avec les moellons utilisés pour le reste des murs mais dont la nature variée (basalte, lave, arkose) confère au château une belle polychromie. Le soin apporté à l'entrée répond à la nécessité de renforcer ce qui pouvait constituer le point faible de l'édifice

mais sans doute aussi à une volonté ostentatoire.

Rare édifice roman ayant gardé son aspect d'origine, Busséol bénéficie, en outre, d'une histoire qui constitue un véritable condensé de l'évolution du pouvoir au Moyen Âge. Cité dès l'époque carolingienne - Pépin le roi d'Aquitaine, aurait signé à Busséol, vers 833-834, la charte des privilèges accordés à l'abbaye auvergnate de Manglieu -, le lieu apparaît comme une seigneurie au XII, siècle. En 1050, Pierre et Étienne, « seigneurs du Busséol », sont enregistrés comme témoins d'un acte de donation établi à l'intention de l'abbaye de Sauxillanges. Le cartulaire de ce monastère conserve d'autres actes mentionnant de tels seigneurs, probablement des milites, ces sires dont la puissance ne va pas au-delà du niveau local, ce dernier niveau de désagrégation du pouvoir carolingien, et dont la pérennité n'est pas toujours assurée. D'ailleurs, leur trace, ici, se perd, faisant place à celle des comtes d'Auvergne.

C'est en 1170 que Guillaume X (ancien VIII), comte d'Auvergne par usurpation, aurait fait édifier le château actuel. Afin de parer à toute revendication à son égard, il l'offrit au pape Alexandre III (1159-1181) qui le lui rétrocéda en fief. Il faut rappeler,

en effet, que le souverain pontife avait pris part au conflit ayant, quelques décennies auparavant, opposé Guillaume X à son neveu Guillaume IX (ancien VII), comte d'Auvergne légitime depuis 1145. De fait, ayant profité du départ à la croisade de ce dernier (1147), Guillaume X s'était emparé de ses terres. Une âpre lutte éclata au retour de Guillaume IX, lequel s'assura l'appui d'Henri II Plantagenêt tandis que le roi de France soutenait l'usurpateur. Finalement, ce dernier garda l'essentiel du territoire, avec le titre de comte d'Auvergne, tandis que les quelques seigneuries dévolues à Guillaume IX formaient désormais le dauphiné d'Auvergne (1155).

La seigneurie resta aux mains des comtes d'Auvergne jusqu'au début du XIIIc siècle. Les entreprises menées par Guy II (t 1224) - petit-fils de Guillaume IX et successeur de Guillaume X - contre son frère Robert, évêque de Clermont, furent l'occasion pour Philippe Auguste de saisir ses biens et de rattacher le comté au royaume (1213). Après moult tractations, une partie en fut détachée au profit de Guillaume XI (t 1246), fils de Guy Il. Elle garda le titre de Comté d'Auvergne, ayant pour chef-lieu Vic-le-Comte et, parmi ses dépendances, Busséol.

Un siècle plus tard, le fier château de Busséol sentit le souffle royal passer sur ses murs. En 1332, la seigneurie revint à Jeanne Ier descendante de Guillaume Xi. Comtesse d'Auvergne, Jeanne épousa en premières noces Philippe de Bourgogne et, suite au décès de

celui-ci, en 1350, Jean, roi de France. La dame de Busséol accédait ainsi au plus haut niveau du pouvoir!

Son comté d'Auvergne, qui avait été rattaché au duché de Bourgogne du fait de son premier mariage, échut à son fils Philippe de Rouvre. À sa mort (en 1361), le roi de France récupéra le duché en tant que plus proche parent du défunt, laissant néanmoins le comté d'Auvergne à l'oncle de Jeanne, Jean Ier. En 1416, la petite fille de ce dernier, Jeanne II (t 1422), comtesse d'Auvergne depuis 1399, épousait en secondes noces Georges de la Trémoille. Mais le désaccord qui s'établit entre eux et l'absence de progéniture firent que la comtesse nomma pour héritière universelle sa cousine, Marie d'Auvergne et de Bourgogne, mariée à Bertrand de la Tour d'Auvergne.

La seigneurie de Busséol passa ainsi aux mains de la famille de La Tour d'Auvergne qui la conserva jusqu'en 1524, date à laquelle le comté d'Auvergne échut par héritage à Catherine de Médicis, inaugurant une longue période de rattachement au domaine royal, interrompue d'épisodes divers, à la faveur des jeux de succession. Habité jusqu'à la Révolution, le château reçut au cours des siècles qui suivirent le Moyen Âge la visite d'éminents personnages. Citons, en particulier, le séjour de Catherine de Médicis et de son fils Charles IX, à la date du 28 mars 1566, ce dont témoigne la chambre dite « de Charles IX » aux murs bleus parsemés de fleurs de lys. C'est bien tout le mérite des actuels propriétaires que d'avoir su faire revivre ce haut lieu, non pas figé en un temps révolu mais évolutif, témoin vivant d'une longue histoire.

Fortement endommagé à la Révolution, ses charpentes et toitures ayant été démontées et la chapelle castrale démolie, le château attendait encore, dans les années 70 du XXC siècle, que l'on veuille bien le défaire du lourd manteau de végétation qui le recouvrait et lui redonner sa dignité. Monsieur Houlier et sa famille s'en chargèrent, puisant dans les archives recelant, par chance, quelques documents particulièrement intéressants tels qu'un prix-faits de charpente du XVP siècle et un état des lieux du XVIP siècle, les renseignements utiles à la restauration. Une meule à grain trouvée en 1980 en réaménageant le mur du jardin suspendu laisse penser qu'un moulin à vent a pu être établi au XII siècle à cet emplacement, qui s'y prêtait fort bien d'ailleurs. En 1976, la Salle des Chevaliers fut dédiée à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem en mémoire de Guy Il et de Guillaume XII, comtes d'Auvergne, seigneurs de Busséol, bienfaiteurs et protecteurs de l'ordre dès l'époque des croisades. Le soir tombe sur le puissant donjon. la brise sest calmée et le silence couvre peu à peu la plaine. Une masse s’élève dans la pénombre et brille doucement, éclairant les sombres pentes du rocher: Busséol garde toujours la Comté, telle une sentinelle que son grand âge nimbe de majesté, comme insensible au temps.