Château de Brest
Histoire
Les comtes de Léon
Une ville close s'est développée au sein de l'enceinte romaine appartient alors aux comtes du Léon. Le château est toujours une place forte.
Après les disparitions successives d'Alain le Grand et de Gourmaëlon, la Bretagne connait un regain d'attaques de la part des vikings. Ces derniers ne se contentent plus d'expéditions de pillages comme au IXe siècle mais cherchent à se substituer aux dynastes locales et à établir une principauté comme ils l'ont fait à la même époque en Irlande, en Angleterre et même à Rouen en 911. Nombre de Bretons sont contraints à l’exil. Les établissements religieux sont la première cible des pirates scandinaves et l'abbaye de Landévennec est détruite en 913. Le château ne bénéficie pas de la politique de reconstruction qui suit les victoires d'Alain Barbetorte sur les Normands établis en Basse-Loire (936-940). La cité semble particulièrement délaissée. On la nomme Brest sur Chevrette, du nom de la rivière, La Penfeld, qui coule à ses pieds. Le château reste néanmoins invaincu des Normands.
Vers 1065, le duc Conan II aurait ordonné la rénovation de la cité et du fossé qui l'entoure, ainsi que la construction de la chapelle « Notre Dame de Pitié » (ou « de la Trinité » détruite en 1819) à l’intérieur de l’enceinte. Selon Albert le Grand, elle est plus ancienne puisqu'il rapporte qu'en 878 elle reçut le corps de Saint Hervé, qui y fut transporté de Lanhouarneau, pour éviter qu'il fût profané par les Normands.
L’an 1189, Richard Cœur de Lion, cherche a s'emparer de son jeune neveu Arthur Plantagenêt, futur duc de Bretagne en 1196. Pour le mettre en sécurité André de Vitré, le conduit au château de Brest. Le roi d’Angleterre envoie une armée de brigands, nommés les Cotereaux, avec ordre de ravager la seigneurie de Léon et de s'emparer du Baron de Vitré, en vain.
En 1240, le château passe aux mains du duc de Bretagne Jean Ier le Roux et devient un maillon essentiel du système défensif du duché. Hervé III, ruiné, cède la ville et le port contre cent livres de rente.
Durant cette période, on construit la tour César, peut-être sur les ruines d'une tour gallo-romaine. Elle bloque tout accès par l’éperon rocheux. On édifie un donjon à l'angle nord de l'enceinte. On bâtit également la tour Azénor et la courtine qui s’y adosse.
Les ducs de Bretagne
Le bourg s'étend et sort du château. Les deux bourgs primitifs se situent, l'un du côté de Recouvrance (rive droite de la Penfeld) au pied de la tour Tanguy actuelle ; et l'autre plus vaste et clos devant le château (rive gauche).
La mort sans héritier direct du duc de Bretagne Jean IIIl 30 avril 1341 ouvre la guerre de succession. Jean, comte de Montfort, demi-frère de Jean III de Bretagne, époux de Jeanne de Flandre, dispute le duché de Bretagne à Jeanne de Penthièvre épouse de Charles de Blois. La France et l'Angleterre sont, quant à elles, en conflit depuis 1337.
Sans attendre que ses prétentions soient validées, Jean de Monfort s'empare de Nantes et de plusieurs villes avant d'accourir vers Brest, accompagné d'Hervé VII de Léon. La prise de Brest lui est indispensable pour éviter que la place devienne un refuge pour ses ennemis. Elle lui offre aussi un point d’entrée en Bretagne pour d'éventuelles troupes alliées. Pour prendre le château il s’assure d’une large supériorité numérique et de puissants engins de siège pour battre en brèche les murailles. L’assaut dure plusieurs jours. Le capitaine de la place se nomme Garnier de Clisson. Il meurt lors d’une contre-attaque, piégé hors des murs, herse baissée. Les défenseurs capitulent sous condition d’avoir la vie sauve. Après cela, le château ne sera plus jamais pris par la force.
On remet en état les ouvrages malmenés et améliore encore les défenses. La garnison est placée sous les ordres de Tanguy du Chastel. Il édifiera la première enceinte de Brest.
En juillet, Jean de Montfort embarque pour l'Angleterre et rencontre Édouard III32 qui lui promet une aide militaire et l'investit du comté de Richmond. De retour en France, il tombe entre les mains de son rival qui tient de son oncle Philippe VI de Valois. Le 7 septembre, la cour des pairs admet que Charles de Blois prête foi et hommage pour le duché. En fin d’année, Jean de Montfort est emprisonné au Louvre. Jeanne de Flandre, son épouse, se met à l’abri des remparts. Elle dépêche un émissaire auprès d’Édouard III pour passer alliance en mettant à sa disposition les places bretonnes qui lui seront utiles. Les Anglais s'installent donc au château en profitant des désordres politiques en août 1342. De fait, ils contrôlent la route maritime qu'empruntent leurs convois militaires et les flottes de commerce vers l'Aquitaine de 1342 à 1397. Guillaume de Bohun, comte de Northampton, occupe la place avec le titre de lieutenant général de Bretagne. Édouard III y débarque a son tour le 19 octobre à la tête de renforts. Le 20 novembre de cette année, il désigne un capitaine anglais, nommé Gatesden, pour devenir capitaine de Brest et gouverneur du comté de Léon.
Le duc de Bretagne Jean IV et ses conseillers,
À la mort de son père en 1345, Jean IV de Bretagne hérite de ses titres et poursuit la compétition pour le duché. Charles de Blois meurt le 29 septembre 1364 lors de la bataille d'Auray qui voit la victoire finale du parti anglo-breton sur le parti blésiste et la fin de la guerre de succession. Jean IV est reconnu par le traité de Guérande signé le 12 avril 1365 comme seul duc de Bretagne. Jean de Montfort rend hommage à Charles V. Dès lors, Édouard III n’a plus de raison de maintenir sa présence. Mais la place est trop importante pour la céder.
Montfort demeure dépendant financièrement de l’Angleterre, il y passe de nombreuses années en exil. Il doit confirmer à plusieurs capitaines et seigneurs anglais le contrôle de places fortes et de leurs environs (dont Brest). En butte à la défiance de sa noblesse qui lui reprochent la présence de ces troupes et de « rogues », seigneurs anglais, jusqu'à son entourage et son gouvernement, et à la révolte ouverte d'Olivier de Clisson, Bertrand du Guesclin et son cousin Olivier de Mauny. Charles V décide de le dispenser de participer à la lutte dans laquelle il se lance contre Édouard III. Mais Montfort fait double jeu et passe un traité le 21 février 1372 pour ouvrir ses terres aux troupes anglaises. La découverte fortuite du traité d'alliance, ainsi que l'annonce du débarquement à Saint-Malo de 4 000} mercenaires d'Outre-Manche donne le signal d'un soulèvement de la population que met à profit Charles V. Au printemps les seigneurs bretons s’emparent des principales places du duché, dénoncent leur suzerain et se rangent du côté du roi de France. Le connétable Bertrand Du Guesclin est chargé de chasser les Anglais. Jean IV, abandonné de tous, doit s'embarquer pour un nouvel exil en Angleterre le 28 avril 1373.
Le connétable va de victoire en victoire. Il reprend Concarneau et se présente finalement en juin devant le château. Le commandement en est assuré par sir John de Neville sous l’autorité du lieutenant général Robert Knowles. Robert Kermoulès et Fenville, fameux capitaines anglais, défendent la place. Du Guesclin, après trois semaines de siège convient d’une trêve de six semaines le 6 juillet. Au-delà de cette durée, Kermoulès promit de livrer Brest aux assiégeants si aucun secours ne parvient aux défenseurs et à condition que la place ne puisse être ravitaillée. Le connétable laisse le commandement à Olivier de Clisson pour rejoindre le duc d’Anjou au siège du château de Derval. Clisson profite de la trêve pour enlever le fort du Conquet. Le 2 août, la flotte anglaise de Salisbury débarque vivres et renforts qui rendent le château définitivement imprenable. On lui confie la défense de Brest.
Le roi de France confie l'administration du duché à son frère le duc Louis d'Anjou avec le titre de « lieutenant général ». Dès le mois d'août Charles V interroge le parlement de Paris sur l'opportunité d'annexer le duché à la couronne. Toutefois jusqu'en 1378 l'administration reste nominalement sous la responsabilité du duc d'Anjou mais de facto sous le contrôle d'Olivier de Clisson et du vicomte de Rohan. De son côté, Jean IV participe à la grande chevauchée menée en France par Jean de Gand entre Calais et Bordeaux qui se termine en fiasco.
Le traité de Bruges du 27 juin 1375 qui signe l’armistice entre la France et l’Angleterre inclut également la Bretagne. Officiellement Brest est rendue à Jean de Montfort, mais la ville demeure sous tutelle anglaise. Montfort est contraint de rejoindre l’Angleterre en septembre.
L'échec des Anglais devant Saint-Malo en 1378 compromet encore l'avenir de Jean IV de plus en plus dépendant du roi d'Angleterre. En prévision du traité qui allait le rendre maître de Brest, le roi d'Angleterre, Richard II, fait, le 16 mars, un envoi important de munitions de guerre et autres objets, pour la défense et le ravitaillement. Dans cet envoi se trouvent quatre canons. Il s’agit de la première artillerie du château. Elle n’emploie alors que des boulets de pierre. Le château est à cette époque considéré comme l’une des places les plus fortes, du duché, mais aussi de France. Les Anglais s’attachent donc à le garder en leur possession. Froissart le désigne comme le plus fort château du monde. Pour obtenir l’aide du roi d'Angleterre, Jean passe un nouveau traité le 5 avril. Il se trouve dans l’obligation d’échanger avec Richard II, son château de Brest avec celui de Rising, situé en Angleterre, dans le comté de Norfolk, à la condition qu'il lui soit rendu à la paix. Il s'ensuit un renforcement de la garnison par des troupes conduites par le comte de Buckingham, le 15 juin, cependant que les troupes du roi, commandées par le vicomte de Rohan, les sires de Laval, de Clisson et de Beaumanoir attaquent le château, sans succès.
Charles V le cite devant le Parlement et la Cour de Paris pour crime de lèse-majesté et à la suite de son refus de comparaître il fait prononcer sa déchéance et la confiscation du duché le 18 décembre 1378 à titre de sanction contre son vassal, pour le rattacher au domaine royal, comme l'avait fait Philippe Auguste à l'encontre des Plantagenêts. Sa reprise en main fut très brutale et rapidement l'ensemble de la population s'oppose à l'annexion. la décision royale méconnaît de plus totalement les droits de la famille de Penthièvre reconnus par le traité de Guérande en 1365. Une ligue se constitue en avril 1379 elle comprend Jeanne de Penthièvre, le vicomte de Rohan Jean Ier de Rohan, le sire de Beaumanoir. Une députation est envoyée à Londres pour réclamer le retour de Jean IV.
Jean IV saisit l'occasion qui se présente, débarque avec des troupes anglaises à Dinard le 3 août 1379 dans un climat d'allégresse et reprend le contrôle du duché. Une trêve est signée avec la France dès le 14 octobre. Les Anglais prennent quatre places fortes maritimes et dix châteaux, places fortes stratégiques, pour garantir la dette contractée par Jean IV pour cette reconquête de son duché. En avril 1380 les représentants des États inquiets de la présence anglaise envoient une supplique au roi afin qu'il accorde son pardon au duc et lui permette de conserver son héritage.
Une alliance franco-bretonne voit le jour en 1381. Le duc de Bretagne demande en vain la restitution de son bien. Irrité par la mauvaise foi de son parent anglais il fait le siège de la ville en 1386. Olivier de Clisson, se joint à lui pour le compte de Charles VI. Sachant l’assaut direct impossible ils font élever deux forts pour faire blocus. Les deux forts, l’un en bois et l'autre en pierres, sont attaqués et renversés par les Anglais. L'attaque se renouvelle l’année suivante. Pour empêcher des secours par la mer, on construit un fort de bois sur des bateaux que l’on place au milieu du goulet et à l'entrée de la rade. Pour soutenir ce fort on en élève en pierres sur chaque rive. Mais le capitaine anglais Henri de Percy, ruine le fort de bois et s'empare des deux autres. Entre 1387 et 1392, de grands travaux sont exécutés au château par Jean Roche, capitaine anglais, qui commandait à Brest.
En 1385, 10 000 livres sont engagés pour la réparation de quatre tours et d'une partie de la muraille qu'une violente tempête a dévastée.
La paix se dessine entre le royaume de France et celui d’Angleterre par la signature d’une trêve entre Charles VI et Richard II. C’est finalement le 28 mars 1397, que le duc de Bretagne récupère son bien. Jean Périou, sieur de Mesguéant, devient capitaine et la bannière d’hermine de Bretagne flotte de nouveau au-dessus de la forteresse. Jean IV qui dira « n’est pas sire de Bretagne qui n’est pas sire de Brest » n'occupe son château que deux ans, il meurt le 2 novembre 1399.
La ville se développe très lentement. Le château accroît son périmètre vers l'ouest. La défense de l'entrée est renforcée par un châtelet. En fonction des techniques de l’époque on peut imaginer qu’on ajoute un chemin de ronde en bois et des toitures aux tours.
Le château des ducs
La guerre reprend en 1403. Jean V est à son tour pris dans guerre entre la France et l'Angleterre. C'est à cette époque que naît véritablement, à l'ombre de son château fort, la ville et le port de Brest. Les deux rivages font tour à tour l’objet d’attaques. En 1405, ancien capitaine du château, le comte de Huntingdon, brûle la flotte du comte de la Marche qui mouille en Penfeld. Jean V marche sur Brest, à la tête de 2 200 hommes, le maréchal de Rieux avec 700 hommes d'armes le rejoint ainsi que Tanguy du Châtel avec des paysans, armés de fourches et de faux. Exacerbés par les exactions commises par les Anglais, Huntingdon et sa troupe se font tailler en pièces. L'amiral de Bretagne, Jean de Penhoat, appareille de Roscoff et conclut la bataille en détruisant et prenant 40 navires et 2 000 hommes.
Les Anglais sont repoussés une nouvelle fois en 1453 par la garnison de Jean de Quélennec, vicomte du Faou et amiral de Bretagne. En représailles Crozon est pillée et brûlée.
Le XVe siècle est celui de grands travaux d’adaptation aux nouvelles armes et du développement des ouvrages défensifs. Les commandants du château (le comte de Languévez, 1405 - Éon Phelips, 1407 - Tanguy de Kermorvan, 1424) le restaurent et le mettent à l'épreuve des pièces de siège. Comme dans les autres villes fortifiées de l’époque, le duc édifie une résidence fortifiée afin de rendre le séjour à Brest plus agréable et plus sûr. C’est ainsi que s’ajoutent la tour Duchesse Anne, la tour Nord et la tour Azénor qui abritent cellier, cuisine, salles, logements ainsi qu'une chapelle. L’ensemble des tours sont reliées par des courtines et forment le véritable château seigneurial de la ville close. En 1424 on ajoute la tour de la Madeleine.
Le château connaît une période de trente-huit ans sans travaux. Ceux-ci reprennent en 1462, dès les premières années du règne de François II. Un ravelin en avant de la porte principale vient en défendre l’accès. À cette époque, Guyon de Quélennec, vicomte du Faou, conseiller et chambellan du duc et amiral de Bretagne commande la ville, le château et la forteresse de Brest. En 1464, débute l’édification les tours Paradis, un logis-porte, qui fait portail.
Au temps de la duchesse Anne de Bretagne
Charles VIII concrétise ses visées sur le duché de Bretagne par la prise de Guingamp, le 10 janvier 1489, par le vicomte de Rohan et ses troupes. La duchesse Anne, inquiète pour Brest, ordonne au sire de Kérousy l’acheminement de renfort. Mais le château ouvre ses portes au vicomte de Rohan, sans doute aidé par la trahison du capitaine de la place.
Comme ses prédécesseurs, Anne fait alliance avec l’Angleterre en remettant Concarneau et Brest à Henri VII. La nouvelle coalition anglo-bretonne, aligne vingt-deux vaisseaux pour bloquer Brest par la mer et engage une forte armée pour tenir le siège ainsi qu’une bonne artillerie. Mais le maréchal de Rieux et l'Amiral Bizien de Kérousy doivent renoncer devant les moyens mis à la disposition du commandant de Guillaume Carreau pour défendre Brest. Une escadre française, conduite par l'amiral de Graville et renforcée par les Malouins de Jean de Porcon, met en fuite la flotte anglo-bretonne et ravitaille les assiégés. Rieux, harcelé par les Français, n’a d’autre choix que d’abandonner.
En signe de souveraineté, Charles VIII ordonne de placer, l'écusson de France au-dessus de la porte du ravelin. Le mariage d'Anne de Bretagne avec Charles VIII, le 6 décembre 1491, puis avec Louis XII, le 17 janvier 1499, fait définitivement entrer le château de Brest dans le giron de la France.
La visite d'Anne de Bretagne, reine de France
Avril 1505, le roi est gravement malade. La reine Anne décide d’effectuer au mois d’août un pèlerinage pour demander la guérison du roi Louis. Le cortège quitte Blois pour la Bretagne. Son écuyer Gilles de Texue l’accompagne ainsi que princes et seigneurs de France, barons et gentilshommes bretons. Anne entreprend le Tro Breizh, pieux pèlerinage des Bretons, qui fait le tour de la Bretagne. Il conduit les pèlerins jusqu’aux sept cathédrales consacrées aux Saints fondateurs. C'est aussi l'occasion d'un véritable voyage d'inspection. Le cortège passe, de ville en ville, de château en château : Nantes, Vannes, Hennebont, Quimper, Locronan.
« Elle fut tant honorablement reçue que ce fut un merveilleux triomphe », rapporte Jean d’Auton dans ses chroniques de Louis XII. « suivant le bord de la mer, jusqu'à Notre-Dame-du-Folgoët, et estoit chose miraculeuse de veoir par les champs, chemins et boys si grant multitude d'hommes femmes et petits enfants qui accourayent pour veoir leur dame et maistresse ».
Arrivée au Folgoët le 19 août, terme de son pèlerinage, Anne manifeste le souhait de rallier Brest. Elle désire contempler le puissant château que son père François II a embelli et modernisé ainsi que la grande nef Marie La Cordelière, l'un des plus grands navires de guerre de l'époque.
À la fin du mois d'août, l'imposante suite de la reine se présente au portail du château. Les cloches de l'église de la Trinité, la chapelle du château, sonnent la bienvenue à leur souveraine. Elle délaisse sa litière de voyage pour sa monture blanche. Escortée de nombreux gentilshommes chevauchant à ses côtés, entourée des dames d'atours, suivie des valets et piqueurs, elle franchit le pont-levis du premier fossé entourant le ravelin. Cet ouvrage triangulaire qui commande le grand portail, est à l'époque, connu sous les noms de moineau ou cornichon. Couronné de mâchicoulis, cet ouvrage recèle des casemates percées par des meurtrières. Sa porte ogivale s’orne de l'écusson de France entouré du cordon de Saint-Michel et surmonté d'une couronne ouverte fleurdelisée. Anne voit, sans doute en passant, ce symbole, venu seize ans plus tôt inscrire dans la pierre bretonne sa soumission à la France. Le cortège pénètre enfin dans le château par le pont-levis de la porte royale. Cette porte en plein cintre, fermée par une herse est doublée d'un guichet ogival. L'ensemble est couvert par les tours Paradis : deux tours semi-circulaires couronnées de mâchicoulis et coiffées de toitures en éteignoirs. À cette époque, les courtines qui se trouvent de part et d'autre sont encore flanquées de leurs tourelles gallo-romaines.
À l’intérieur des murs peu de constructions notables à part la chapelle de la Trinité dans laquelle la pieuse reine Anne ira se recueillir. La cité est surtout constituée de modestes habitations, la ville se développe jusqu'à s'étendre aux abords de l'enceinte (à la fin du XVe siècle, on recensera 260 habitations, soit environ quelque 1 300 habitants).
La reine et sa petite cour empruntent un chemin qui serpente au long d'un ravin au fond duquel se trouvent une fontaine et des lavoirs pour accéder à une poterne qui donne sur un ouvrage avancé nommé « fer à cheval ». À cette époque, il n’y a pas de quai. Cette construction est donc baignée par la mer. C’est de cet emplacement, qu’ils peuvent admirer La Cordelière. Remis à neuf à l'issue d’un carénage, La caraque amirale resplendit sous les murs du château. Le port n'abrite pas de flotte de guerre. Sa position excentrée par rapport aux grandes voies de commerce fait qu’il ne connaît qu'une faible activité. Mais la forteresse conserve son intérêt stratégique. Elle accueille environ 500 hommes et dispose de l'armement le plus important de Bretagne : cent armes à feu dont près de cinquante canons.
Quand la duchesse Anne y séjourne, le château n’est plus seulement une forteresse c’est aussi une résidence ducale moderne et spacieuse. On héberge les nobles visiteurs dans le donjon. C'est là que résident les ducs de Bretagne lors de leurs séjours à Brest. On y accède par un troisième pont qui franchit un fossé avant de parvenir au portail à l'architrave en arc brisé surbaissé, frappé du lion tenant l'écu de Bretagne. Mais la nombreuse suite est habituée à des demeures plus spacieuses. La tour du Midi, malgré la salle d'apparat et l'oratoire aux fenêtres gothiques, les cuisines seigneuriales et les vastes cheminées ne suffisent pas. La reine ne demeure donc pas longtemps à Brest.
En 1556 on établit la fortification avancée, comprise entre la porte et Porstrein, elle défend le front du château du côté de la mer.
Le 30 juillet 1558, 7 500 soldats Anglais débarquent sur la plage des Blancs-Sablons pour prendre Brest. Guillaume du Chastel mènes une contre attaque à la tête de 9 000 nobles et paysans. Les assaillants ont le temps d'incendier l'abbaye de Saint-Mathieu et de ravager Le Conquet et Plougonvelin avant d'être rejetés à la mer. Cet évènement convainc le gouverneur de la place, le duc d'Étampes, qu'il faut renforcer les défenses. Pour cela, il fait venir à Brest l'ingénieur Pietro Fredance en 1560, pour édifice un bastion qui enveloppe le donjon. Il faudra attendre trente-sept ans pour qu'il soit achevé.