Lambert Cadoc
Lambert Cadoc
Origines et identité
Lambert Cadoc, parfois désigné comme seigneur de Gaillon, est un capitaine de routiers et archer gallois passé au service du roi de France Philippe Auguste à la fin du XIIe siècle. Les sources ne livrent pas de détails sur sa naissance, ni sur les circonstances de son passage du camp anglais au camp capétien, mais elles permettent de suivre sa carrière depuis la conquête de Gaillon en 1194 jusqu’à son rôle de châtelain et de bailli dans les premières décennies du XIIIe siècle. Il apparaît ainsi comme l’un des exemples précoces de chefs de troupes mercenaires intégrés durablement dans l’encadrement seigneurial français.
1194‑1200 : au service de Philippe Auguste contre Richard Cœur de Lion
Au début de l’année 1194, Philippe Auguste profite de la captivité de Richard Cœur de Lion pour attaquer la Normandie. Il s’empare notamment du château de Gaillon, défendu par le chevalier Geoffroy Braket, et en confie la garde à Cadoc. Lorsque Richard, libéré, revient en Normandie au printemps 1194, il entreprend une vigoureuse contre‑offensive. Des mercenaires sont présents des deux côtés : Lambert Cadoc et sa troupe combattent pour Philippe Auguste, tandis que Richard s’appuie sur les compagnies du célèbre routier Mercadier.
Les chroniques rapportent plusieurs affrontements au cours desquels les troupes de Mercadier l’emportent, permettant au roi d’Angleterre de reprendre un certain nombre de places et de remporter un succès éclatant à Fréteval, où les archives de la monarchie capétienne sont capturées. Néanmoins, Philippe Auguste conserve le contrôle de Gaillon.
Peu après la paix conclue à Gaillon, confirmée par le traité de Louviers en 1196, le conflit reprend. Richard Cœur de Lion assiège de nouveau Gaillon, toujours défendu par Cadoc. D’après les récits, Lambert Cadoc, posté sur les hauteurs du château, parvient à atteindre Richard d’un trait d’arbalète, le blessant au genou et tuant son cheval. Le roi doit se retirer et rester au repos pendant un mois, levant le siège.
1203‑1210 : campagnes contre Jean sans Terre et ascension seigneuriale
Après la mort d’Arthur de Bretagne en 1203 et la condamnation de Jean sans Terre par la cour des pairs, Philippe Auguste reprend l’offensive contre la Normandie angevine. Dans ces opérations, Lambert Cadoc continue de se distinguer. En 1203‑1204, il participe notamment au long siège de Château‑Gaillard, clef de voûte du dispositif défensif de la Normandie, tenu par les partisans de Jean sans Terre.
En récompense de ses services, Philippe Auguste fait de Cadoc seigneur de Gaillon en 1197, puis, après la conquête de la Normandie, le nomme bailli de Pont‑Audemer. Il occupe cette fonction pendant une quinzaine d’années, incarnant la figure du capitaine de routiers devenu officier royal dans les territoires nouvellement conquis.
Dans ces mêmes années, Cadoc consolide sa position seigneuriale en recevant divers fiefs autour de Gaillon et en fondant une collégiale : l’église Saint‑Antoine, qu’il dote de rentes et de biens pour assurer la subsistance des chanoines. Ses dons et fondations sont attestés par plusieurs chartes confirmées par les évêques de la région.
Un routier intégré à l’ordre capétien
Lambert Cadoc meurt en 1231. Entre sa première apparition comme capitaine de Gaillon au service de Philippe Auguste et sa mort, son parcours illustre la manière dont certains chefs de troupes venus de l’extérieur – en l’occurrence un archer gallois – peuvent être durablement intégrés dans la hiérarchie seigneuriale et administrative du royaume de France. D’abord chef de routiers, il devient seigneur liges du roi de France, châtelain, bailli, fondateur d’une collégiale et ancêtre d’une lignée locale, les Jean de Gaillon.
Au-delà des épisodes bien documentés – défense de Gaillon contre Richard Cœur de Lion, participation aux campagnes de Normandie, gestion de la châtellenie et fondation de la collégiale –, les sources restent discrètes sur sa vie privée. Rien n’autorise à combler ces silences par l’imagination : sa figure historique reste celle d’un chef de mercenaires devenu un rouage important de l’appareil capétien dans la vallée de la Seine.