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Clerc

Être clerc est un état de vie dont découle un statut juridique qui entraîne privilèges juridiques – le « privilège du for » qui ne fait dépendre que des tribunaux d’Église, les officialités – et privilèges fiscaux (exemption d’impôts directs au roi). On entre dans l’état clérical par la tonsure puis l’on traverse les différents « ordres cléricaux » : quatre ordres mineurs (portier, lecteur, exorciste, acolyte) et quatre ordres majeurs (sous-diacre, diacre, prêtre, évêque).

Mais à l’époque médiévale, le clerc est avant tout une catégorie forgée par l’idéologie. Idéologie de la (→ réforme) grégorienne qui consiste à séparer les clercs des laïcs, à distinguer le monde spirituel du monde temporel, le sacré du profane, le pur de l’impur. Avec la réforme grégorienne, le clerc est désormais l’homme du sacré, à qui incombe la charge du Spirituel, en vue du salut de la société, par la transmission de la foi, la célébration du culte, l’encadrement sacramentel des fidèles. Il est l’homme du célibat et de la chasteté, loin de toute corruption charnelle ou pécuniaire. Pur mais aussi lettré (les clercs sont litterati par opposition aux illiterati), il est ainsi guide et modèle du laïc. Parler de clerc, c’est adhérer à la lecture chrétienne du monde issue de la réforme grégorienne qui recouvre des distinctions anthropologiques en les fondant dans des réalités juridiques. Le clerc est également une catégorie de l’idéologie tri-fonctionnelle de la société : les clercs relèvent du premier ordre de la société par le prestige de leur fonction spirituelle (oratores) par rapport aux hommes d’armes (bellatores) et au reste de la société (laboratores).

Dans la réalité pourtant, les frontières sont moins nettes pour définir qui est clerc et qui ne l’est pas et des sources plus prudentes préfèrent parler de « gens d’Église ». La distinction entre clerc séculier et clerc régulier est certes acquise, mais beaucoup ont un statut flou : sont clercs les étudiants, les pèlerins, les croisés qui sont plus attirés par les privilèges que par le mode de vie de l’état clérical… Quant au roi, son sacre le place au-dessus des laïcs sans vraiment en faire un clerc. Concernant les religieux et surtout les religieuses, leurs vœux n’entraînent pas la réception de sacrements. Les réguliers ne sont pas tous prêtres.