Dîme
La dîme ou dime ou décime (du latin : decima, « dixième ») est une contribution financière d'environ 10 %, versée en nature ou en espèces, à une institution civile ou religieuse. Cette taxe, connue depuis l'Antiquité et mentionnée dans la Bible, est en usage dans le judaïsme et le christianisme.
Les dîmes sont devenues obligatoires et ont été perçues par l’État en 779, par un décret de Charlemagne, roi des Francs et empereur, pour l'Église catholique. Les paysans devaient « offrir » un dixième de leur récolte, alors que les artisans devaient « offrir » un dixième de leur production.
Ces dîmes pesaient sur des produits très variés tels que les grains, le vin, les fruits des arbres, les petits des animaux, le foin, le lin, la laine, le chanvre, les fromages. L'exercice de droits si compliqués a occasionné de fréquentes contestations. Toutefois, quand l'abbaye n'avait affaire qu'à des particuliers, il était rare que la querelle ne se termine pas à son avantage, et le désir de s'attirer les faveurs du saint patron et de ses serviteurs amenait le récalcitrant à composition. Les cartulaires nous fournissent des exemples de procès commencés entre une abbaye et des particuliers, et se terminant par l'abandon, en faveur des moines, de tous les droits, vrais ou prétendus, de leurs adversaires. Avec les curés, ces difficultés pour les dîmes prennent un caractère plus sérieux. Les desservants des paroisses, réduits le plus souvent à une vie misérable, n'ignorent pas que ces dîmes, qui faisaient la richesse des abbayes, leur avaient été injustement enlevées jadis par des laïques peu scrupuleux, et ils apportent parfois, dans les procès qu'ils poursuivent contre les moines, une ardeur justifiée par leur triste condition. Les princes de l'Église n'étaient pas sans se préoccuper de cette situation et c'est ainsi que nous voyons, dans le Cartulaire de l'abbaye de Saint-Michel du Tréport , l'archevêque de Rouen, Hugues d'Amiens, réserver les droits de l'évêque et ceux du curé de la paroisse. Ces prescriptions particulières ne sont pas encore un remède suffisant et le 8e canon du concile tenu à Avranches en 1172 doit déclarer que le desservant d'une paroisse y percevra au moins le tiers des dîmes.
En France, des granges dîmières ou granges aux dîmes ont été construites dans les villages afin de stocker la dîme, impôt de l'Ancien Régime portant principalement sur les revenus agricoles collectés en faveur de l'Église catholique. Celles-ci étaient souvent le plus grand bâtiment dans le village après l'église. La grange d'Écouen en offre un exemple : le bâtiment est de loin le plus imposant du vieux village. Le prêtre ou le collecteur percevait la dîme, mais le plus souvent les décimateurs apportaient eux-mêmes leur dîme à un point de collecte. L'obligation de la dîme est généralement acquise par achat, don à l'église, ou lorsque l’arrangement est trouvé.
Par exemple, la dîme de plus de soixante villages était due à l'abbaye de Ebstorf dans la lande de Lunebourg.
Perceveurs
La dîme correspond à une certaine part de la récolte (la part variant d'un évêché à l'autre et même d'une paroisse à l'autre, voire parfois à l'intérieur d'une même paroisse). Le taux était élevé dans le sud-ouest de la France (jusqu'au huitième), et en Lorraine (jusqu'au septième). Il était du onzième en Normandie, du treizième dans le Berry, du seizième en Nivernais, du cinquantième en Flandre maritime, presque aussi faible en Dauphiné et en Provence. En règle générale, 1/4 de la dîme revenait à l’évêché et les 3/4 restants à la paroisse.
Payeurs
La dîme sur les céréales mécontentait parfois les paysans privés de la paille nécessaire à la litière et à la fumure. L'accaparement de la dîme par les gros décimateurs qui en détournaient l'utilisation originelle créait aussi un malaise. Plutôt que d'en demander la disparition, les roturiers qui la payaient volontairement sans que la hiérarchie ecclésiastique n'eût à user de contrainte, en réclamaient une meilleure utilisation dans une logique de redistribution et d'assistance, la dîme formant un ferment d'identité collective paysanne