Open in TheBrain

Thomisme

Le thomisme est une école de pensée philosophico-théologique inspirée des écrits de saint Thomas d'Aquin consistant principalement en un réalisme philosophique. Le thomisme a pris de nombreuses formes selon les périodes et les circonstances, s'éloignant plus ou moins des véritables thèses du docteur de l'Église selon les types de formes, certaines consistant en une interprétation extrêmement libre, d'autres se contentant d'une conservation rigide à la lettre de la Somme théologique. La plupart des philosophes de l'époque moderne, tels que René Descartes, John Locke, Gottfried Wilhelm Leibniz et après comme Emmanuel Kant, dialoguent directement ou indirectement avec les formes de thomisme de leur temps.

Un renouvellement du thomisme, appelé néothomisme, s'est développé depuis le début du XXe siècle. De nos jours, les penseurs qui se rattachent à la pensée de Thomas d'Aquin font du thomisme un courant philosophique et théologique encore étonnamment vigoureux. Les interprétations actuelles de Thomas d'Aquin consistent notamment en une mise en perspective contemporaine.

Le qualificatif de thomasien s'applique à la pensée de saint Thomas lui-même dans sa littéralité.

Histoire du thomisme

L'histoire du thomisme pose de difficiles problèmes de définition. Certains nient en effet l'unité de cette histoire, car il n'y aurait pas de critères certains pour distinguer ce qu'est un thomiste au sens strict : toutes les thèses fondamentales de Thomas d'Aquin furent à un moment soutenues ou rejetées par les thomistes. En outre, il est incontestable que de nombreux thomistes furent influencés par des courants philosophiques apparemment fort peu thomistes dans leurs fondements (par exemple par le criticisme). Le thomisme prend de nombreuses formes philosophiques et méthodologiques selon les périodes. Si polymorphe soit-il, il n'en reste pas moins, sous ses différentes formes, fidèle aux principes de base de la philosophie de saint Thomas, considérée comme un réalisme extrêmement ouvert sur les avancées scientifiques et intellectuelles qui ont ponctué l'histoire. Le dominicain Romanus Cessario propose les critères suivants (voir bibliographie) qui, s'ils sont contestables ou non exhaustifs, auront au moins le mérite de nous éclairer un peu sur le sujet :

Thèses philosophiques défendues par les thomistes

Dieu :

Dieu est acte pur ;

l'homme peut saisir l'existence de Dieu à partir des choses visibles ;

cependant, il est impossible pour un homme de saisir ce qu'est Dieu en lui-même.

En philosophie de matière et de forme :

une seule forme substantielle actualise chaque corps physique ;

l'individualisation d'un corps est réalisée par une matière déterminée ;

les substances séparées sont dépourvues de tout principe d'individuation ;

chaque créature est divisée en existence et essence.

Conception de l'homme :

distinction dans les substances créées entre nature essentielle et activités de l'étant ;

l'âme rationnelle est l'unique forme substantielle de l'être humain individuel.

Ces thèses forment un réalisme métaphysique qui s'oppose nettement à l'idéalisme, au positivisme et au matérialisme. Les penseurs se déclarant thomistes ne dévièrent pas ou très peu de ces thèses fondamentales.

Périodes du thomisme

Attaque et défense du thomisme (XIIIe – XVe siècles)Certaines thèses de la doctrine de Thomas sont condamnées trois ans après sa mort, en 1277 sous le soupçon d'Averroïsme, condamnations confirmées en 1284. Le franciscain Guillaume de La Mare rédige un Correctoire de Frère Thomas (1279), pour rectifier les thèses de Thomas en désaccord avec les thèses franciscaines. À partir de 1282, il sera permis de lire les œuvres de Thomas accompagnées de ces corrections. La pensée thomiste est prise à partie par les penseurs qui se rattachent au nominalisme médiéval ou aux penseurs qui se rattachent à Duns Scot. Cependant, certains tentent d'étudier la pensée thomiste, notamment Godefroid de Fontaine ou Pierre d'Auvergne. Le procès de canonisation a lieu entre 1319 et 1321 (sous le Maître Hervé Nédellec) ; canonisation en 1323 ; en 1325, révocation des condamnations par l'évêque de Paris Étienne de Bourret. Les écrits de Thomas devront être dorénavant défendus contre une certaine forme radicale d'augustinisme.