La captivité
L'héroïsme de Jean le Bon et de son fils Philippe à la 1356/09/19 Bataille de Poitiers est resté célèbre et vaut au premier sa réputation de roi-chevalier et au deuxième son surnom de Hardi.
Le sacrifice du roi sauve sa couronne car il est perçu comme héroïque dans tout le royaume, y compris par Édouard III et son fils le Prince Noir. Jean le Bon est incarcéré à Bordeaux avec tous les honneurs. Il peut librement y organiser une cour. Une trêve d'un an est signée. En janvier 1358, Charles de Navarre, libéré, est en mesure de prendre le pouvoir (il est considéré par beaucoup comme plus apte à combattre l'ennemi anglais et plus légitime que le chétif dauphin). Voyant la situation évoluer vers une monarchie contrôlée avec Charles de Navarre à sa tête, Jean le Bon décide de précipiter les négociations, quitte à céder beaucoup de terrain à Édouard III. Elles doivent avoir lieu de roi à roi et il est transféré de Bordeaux à Londres. Ses conditions d’incarcération sont royales : il est logé avec sa cour de plusieurs centaines de personnes (proches capturés avec lui à Poitiers et d'autres venus de leur plein gré), liberté de circulation en Angleterre, hébergement à l’hôtel de Savoie. Il accepte le premier traité de Londres qui prévoit que l’Angleterre récupère l’ensemble de ses anciennes possessions d’Aquitaine et une rançon de quatre millions d’écus sans renonciation à la couronne de France.
Cet accord provoque un tollé dont Étienne Marcel, le prévôt des marchands, profite pour prendre le pouvoir dans la capitale. Le 22 février 1358 il déclenche une émeute et 3 000 hommes en armes envahissent le palais de la Cité pour affronter le dauphin105 qui a fait monter une armée d'un millier d'hommes pour faire pression sur les Parisiens et empêcher son éviction en faveur du Navarrais. Étienne Marcel fait assassiner sous ses yeux les chefs de cette armée : le maréchal de Champagne Jean de Conflans et le maréchal de Normandie Robert de Clermont. Croyant maîtriser le dauphin qu'il a terrorisé, il le fait nommer régent et tient Charles le Mauvais à l'écart de Paris. Le dauphin réagit, monte la noblesse horrifiée par le meurtre des maréchaux contre Étienne Marcel et organise le siège de la capitale107. Étienne Marcel contre-attaque en utilisant la jacquerie pour s'assurer de l'accès nord à la capitale qui lui permet de garder le contact avec les villes des Flandres et du Nord auxquelles il est allié. Charles de Navarre, se sentant évincé par le prévôt de Paris, reprend l'initiative en prenant la tête de la noblesse et en écrasant les Jacques108. Étienne Marcel n'a d'autre choix que de composer avec lui : il lui ouvre les portes de Paris et du pouvoir109. Néanmoins, la plus grande partie de la noblesse ne suit pas le Navarrais et rallie le camp du dauphin qui assiège Paris. Une alliance avec Étienne Marcel est impossible depuis le meurtre des maréchaux. Charles de Navarre compense ces défections par l'enrôlement de mercenaires anglais dont la présence dans Paris déclenche des émeutes110, la nouvelle de l'arrivée d'autres troupes anglaises fait définitivement basculer les Parisiens111 : Étienne Marcel est assassiné et Paris ouvre ses portes au régent le 2 août 1358.
En mars 1359, profitant que le pouvoir semble échapper complètement à Jean le Bon, Édouard III augmente ses prétentions, lui impose des conditions de détention moins conciliantes et obtient un second traité encore plus contraignant :
Aux anciennes possessions d'Aquitaine des Plantagenêt, s’ajoutent toutes les terres qui ont un jour appartenu à l'Angleterre : le Maine, la Touraine, l'Anjou et la Normandie.
Le roi d'Angleterre reçoit l'hommage du duc de Bretagne, réglant ainsi la guerre de Succession de Bretagne en faveur de Jean de Montfort, allié des Anglais.
La rançon de quatre millions d'écus avec un échéancier plus bref.
Cela représente plus de la moitié du territoire et plusieurs années de recettes fiscales. Accepter ces conditions discréditerait définitivement les Valois et risquerait de faire sombrer le royaume dans une nouvelle guerre civile qui offrirait à Édouard III la couronne sur un plateau.
Le dauphin Charles convoque les états généraux qui, scandalisés, déclarent le traité « ni passable, ni faisable ». Cette manœuvre permet de dédouaner son père et de ressouder le pays contre les Anglais.
Édouard III débarque en octobre 1359 pour prendre Reims, la ville du sacre, et imposer à la chevalerie française une nouvelle défaite, qui achèverait de discréditer le pouvoir. Mais, en accord avec le roi et son entourage londonien (qui ne veulent pas que la mort éventuelle d'Édouard III sur le champ de bataille déclenche des représailles à leur encontre), Charles lui oppose la tactique de la terre déserte et mène une guerre d'escarmouches, refusant toute bataille rangée.
Cette chevauchée tourne au fiasco pour les Anglais, harcelés, affamés, privés de montures (faute de fourrage). Pendant ce temps, des marins normands mènent un raid sur le port de Winchelsea (mars 1360), déclenchant une panique en Angleterre. Fou de rage, Édouard III remonte vers Paris, son armée commettant alors de nombreuses exactions : il ne s’agit plus de la simple extorsion visant à ravitailler ses hommes, mais de la destruction systématique de toutes les ressources (les pieds de vignes sont arrachés, le bétail abattu et toute âme qui vive massacrée). Les mercenaires se soldant par le pillage, une partie des troupes reste sur la Bourgogne pour la piller, pour son propre compte, formant un embryon de Grande Compagnie. Ces exactions entraînent un vif ressentiment contre les Anglais. Nombre de ces massacres ont lieu pendant le carême et la semaine sainte et quand l’armée anglaise est décimée par un violent orage de grêle le lundi 13 avril (historiquement connu sous le nom de « Lundi noir »), nombre de chroniqueurs y voient la main de Dieu Édouard III se décide alors à négocier.