Château de Commarques
Le château de Commarque est probablement l'un des plus attachants du Périgord. Non pas que le château soit exceptionnel, mais le peuplement de son site et son histoire sortent du commun et exercent une fascination sur ceux qui ont eu la chance de le connaître. Il est situé sur les rives de la Beune, un affluent de la Vézère, à quelques kilomètres des Eyzies sur la commune de Sireuil.
Le site
Il faut remonter très au-delà du Moyen Age pour trouver les premières traces de peuplement du castrum de Commarque. En effet, près de 800 siècles d'Histoire se superposent en strates du fond de la vallée de la Beune, jusqu'au château de Commarque. La région des Eyzies est connue pour avoir été habitée depuis des temps immémoriaux. A proximité, on connaît la fameuse grotte du Cap Blanc. Commarque ne fait pas défaut car il existe une très intéressante grotte aujourd'hui à la base de la falaise, autrefois à près de 15 mètres du fond de la vallée. Connue des archéologues mais non ouverte à la visite, elle contient plusieurs gravures rupestres dont un très étonnant cheval grandeur nature d'un surprenant réalisme.
Au-dessus de cette grotte un habitat troglodytique, un cluzeau, a été longtemps occupé. Un ensemble d'habitation fait de grottes souvent ouvertes sur l'extérieur, certaines fois reliées entre elles ou d'autres de simples abris couverts d'une toiture. La date de la première occupation de cet habitat protohistorique est difficile â situer, mais il est probable qu'il fut utilisé jusqu'au Moyen Age, car on y trouve des aménagements
réalisés postérieurement destinés à les transformer en étables. Au-dessus des habitats troglodytes, un ensemble de maisons fortifiées et une intéressante chapelle s'étagent sur la pente descendant vers le nord-est.
Enfin, le château de Commarque domine le site.
Historique
Au regard des documents s'y rapportant, l'histoire de Commarque est pleine d'incertitudes. On dispose de documents souvent ponctuels â partir desquels on a pu retracer une trame discontinue. L'implantation de la forteresse de Commarque est au premier regard curieuse car elle ne parait pas être justifiée. La Beune est un petit cours d'eau, la vallée n'est pas un lieu de passage et la population n'était pas très nombreuse. L'importance du site n'a pas grand-chose à voir avec celle de Beynac ou de Castelnau. Cependant en comparant Commarque avec d'autres châteaux de la région, il en est plusieurs situés dans des régions moins peuplées encore. D'autre part la forteresse bien que spectaculaire n'est pas très étendue. Le château occupe 700 m2 et l'ensemble 2 000 m2 alors que Beynac occupe lui seul un hectare. On situe mal l'époque de l'édification du château car on ne connaît pas la famille qui l'a fait construire. On sait par les textes qu'il existait avant 1240. Le cartulaire de Cadouin fait état en 1116 d'une donation sous le nom de « Hospitalis de coniarco ». L'histoire raconte que Gérard, seigneur de Commarque fait don de son château aux Hospitaliers pour partir en croisade. L'histoire dit toujours que l'ordre l'aurait cédé aux Beynac au cours du 13° siècle.
Ce que l'on sait avec certitude c'est que les Beynac sont entrés en possession du château avant 1240 car lors du partage de leurs biens, Maynard et Gaillard, seigneurs de Beynac font état de Conimarque. En 1270, les aînés des Beynac s'installent à Commarque. Le château est partagé entre la forteresse et l’ostal ou maison forte. La forteresse est occupée par les Beynac tandis que Postai est occupé par les Commarque. On ne sait pas très bien qui furent les premiers occupants. On sait cependant que les Commarque y sont établis en 1295 car ils procèdent à la vente de biens communs. Ils possèdent d'autre part un moulin sur la Beune. Une union a lieu entre un Commarque avec une héritière de Beynac en 1370. Cette union permet aux Commarque de prendre possession du castrum. Toujours est-il qu'une partition est établie entre les deux parties du château. Un fossé, inachevé d'ailleurs, isole la forteresse de la maison forte. Au début du 15° siècle, la guerre de cent ans touche la région. Archambaud d'Abzac se saisit de Conimarque et de ses occupants: Le baron, ses deux frères, son épouse et ses enfants sont faits prisonniers. Charles d'Albret fait réunir une aide de 10 000 livres pour la remettre aux occupants afin qu'ils quittent les lieux. Pons de Beynac paiera une rançon de 5 200 francs or. Cependant l'envahisseur est à son tour capturé et le baron peut garder ses deniers.
La puissance des Beynac et des Coinmarque s'affaiblit au cours des décennies. En 1441, Pons de Beynac rend hommage au comte de Périgord après avoir reçu des cadeaux consistant en un cheval de cent écus et une rente annuelle de cent
soixante réaux.
Le château
Le donjon
L'ensemble du castrum de Commarque est dominé par le château. Construit au nord du site il se distingue par son donjon haut de 25 mètres qui présente Plusieurs périodes de construction. Après avoir franchi le fossé, on pénètre dans la cour du château où se trouve le puits. Le donjon est composé c'est-à-dire qu'il est constitué de deux tours accolées. Au nord la tour ancienne dite tour féodal, au sud la tour dite gothique. Si à distance la distinction ne parait pas évidente, de la cour, la scission entre les deux éléments est nette. La différence des appareils marque bien l'accrochage des deux tours. La tourelle de guet qui couvre l'escalier à vis saille encore de l'ensemble. Le but de cette extension de la tour avait été de rendre le donjon habitable. La partie la plus ancienne a été élevée au 11° siècle et partiellement reconstruite au siècle suivant. Au nord
s'élevait un logis défensif. On accédait à la tour par une ouverture pratiquée au deuxième étage. La salle basse servait de cellier. On peut y voir des marques de pose gravées dans les pierres. L'entrée au donjon s'effectue aujourd'hui et depuis la construction de la tour gothique, par une porte en cintre brisé qui donne sur la salle du rez-de-chaussée. Cette salle défendue par une archère à triple visée, donne aujourd'hui accès au premier étage d'où part l'escalier à vis qui dessert les étages suivants. Autrefois il n'y avait pas de communication entre les deux étages. On accédait aux étages supérieurs depuis la cour par un escalier intégré dans la courtine et qui passait au-dessus de la porte d'entrée du château. Le principe de défense des étages est conservé. Au premier on peut pénétrer dans la tour féodale ou se rendre sur la courtine. Une baie couverte d'un arc trilobé s'ouvre vers l'est. dans l'angle opposé on trouve les latrines. Par l'escalier à vis on peut monter au deuxième étage occupé par une salle voûtée dont les cinq ogives se joignent à la clef de Clef de voûte qui porte les armes des Beynac. Les culots des ogives sont sculptés de tètes de personnages d'une facture assez frustre. La salle est éclairée par deux fenêtres à meneaux qui ont été remaniées au 15° siècle. Une cheminée est placée dans le mur sud et à ses côtés a été conçue une armoire dans l'épaisseur du mur. Des latrines superposées à celle du niveau inférieur, occupent l'angle nord-ouest. Au même niveau, la tour féodale comporte une ouverture typiquement romane qui fut en cintre brisé. Le tympan est supporté par cinq colonnettes à chapiteaux à motifs végétaux simples. On accède ensuite à la terrasse supérieure d'où la vue sur la vallée de la Beune et le château voisin de Laussel est des plus belles. Il n'est pas possible d'accéder sans risques au sommet des murs de couronnement, car la protection n'est aujourd'hui pas assurée. Cette plate-forme est encaissée par rapport au chemin de ronde auquel on accédait par un escalier intégré dans le mur. On observe aussi des marques de pose sur les pierres. Cependant elles n'obéissent à aucune logique de construction, ce qui semble indiquer que ce sont des pierres de réemploi.
L'ensemble des tours jointes est couronné par un mâchicoulis.
Le logis.
Il était bâti à cet emplacement dès les origines protégé qu'il était au sud par le donjon et la courtine et au nord par l'escarpement. On constate en effet que les appareils des soubassements sont liés avec ceux de la tour féodale. En revanche l'élévation est plus tardive. Des traces d'incendie ont été retrouvées sur des soubassements non réutilisés dans la construction nouvelle. Un passage voûté donne accès à la salle du rez-de-chaussée. La salle la plus caractéristique du logis est tout de suite visible du visiteur car elle s'est effondrée, ne laissant que deviner la belle voûte en berceau brisé qui devait la couvrir . Elle est composée d'une salle basse voûtée et d'une Salle haute haute. Un intéressant chéneau court sur la façade nord pour évacuer les eaux de pluie. On peut supposer que ces dégâts furent causés lors du siège de 1569. Il n'y avait pas de communication directe entre le logis et cette salle. Il a subi plusieurs campagnes de travaux (dont les plus importants ont été effectués au 15° et 16°siècles. Les aménagements que l'on peut voir apportaient un confort qui était plus en rapport avec les mœurs de l'époque. On y trouve des cheminées adossées et superposées, des ouvertures plus importantes qui apportent plus de lumière dans les différentes pièces du logis. Une tour polygonale portant un escalier permettait de desservir les différentes pièces du logis. Une petite tour d'escalier donne accès à l'étage depuis la grande salle. Elle est défendue par de nombreuses canonnières ovales. On peut remarquer çà et là des graffitis sur différents parements. Un profil de visage a été gravé dans les murs de la plate-forme supérieure de la tour. Dans le logis, on trouve une arbalète, un blason daté de 1489 et un motif en damier.
L'imbrication des différentes salles et le mauvais état du bâtiment rendent la lecture du plan assez difficile. Une étude archéologique très complète a été faite sur l'ensemble du site par M. Gilles Séraphin pour le compte de la World Monument Fund. Il y étudie la superposition des périodes de construction. La barbacane était aménagée à côté de l'accès au château sur le côté opposé du fossé qui le sépare du reste du castrum. Il ne reste que quelques murs en élévation. On peut supposer qu'elle était couronnée d'un mâchicoulis. Une porte a été ouverte tardivement dans la façade ouest du château. Une fenêtre a été transformée en porte et un passage aménagé au-dessus du fossé. Afin de défendre cet accès, un ouvrage triangulaire, une caponnière, a été disposé. Il s'agit d'un simple couloir équipé de canonnières qui couvraient le chemin d'accès au château.
Le fort
La chapelle
La chapelle Saint-Jean dont les travaux de restauration ont été récemment entrepris, a été construite à l'écart du château. Différents indices laissent supposer la date de son édification â la fin du 14° siècle. Un document cite cette chapelle en 1383, alors que visiblement elle n'existait pas encore en 1362.
L'orientation n'est pas tout à fait respectée car les impératifs topographiques ont imposé son axe nord-est. La forte pente du terrain a permis de constituer une des portes d'accès au castruin sous le niveau principal de la chapelle. Actuellement seul le choeur subsiste. La nef a été démolie alors que la façade qui porte le clocher est toujours debout.
Le chœur est couvert d'une voûte en berceau soulignée par trois doubleaux dont le central porte les armes des Beynac. Une fenêtre en plein cintre est ouverte dans l'axe du chœur, au-dessus du contrefort qui soutient la chapelle en aval. Deux fenêtres trilobées sont percées sur les murs latéraux du chœur.
Les maisons
Une poterne basse donne accès au castrum depuis la vallée. L'escalier qui y parvient a été creusé directement dans le rocher. Le cheminement est coupé par un fossé sur lequel avait été jeté un pont. Deux maisons-tours occupaient les abords de la chapelle. De la première située immédiatement après la poterne, il ne reste que les soubassements. La maison-tour à contreforts est en meilleur état car il subsiste une bonne partie des murs en élévation et des pignons. Il semble que cette maison fortifiée ait été occupée en 1510 par Jean de Beynac, capitaine du château de Commarque. II est vraisemblable que cette maison ait appartenu précédemment à Bernard de Commarque. Le bâtiment est conservé sur deux niveaux et deux contreforts maintiennent le bâtiment sur le pignon nord-est. On ne saisit pas très bien la raison pour laquelle ces contreforts ont été disposés car les murs du soubassement qui présentent une épaisseur de 1,40 m suffisent largement au soutènement de l'ensemble. A l'origine la maison était un simple rectangle auquel a été adjoint à l'étage un petit corps sur la façade sud-est. Le rez-de-chaussée ne dispose que d'une fente d'éclairage. Ce niveau devait par la suite servir de cellier. Le manque de confort : baies étroites et latrines absentes peuvent laisser penser que cette maison avait un étage supplémentaire. La maison du four faisait vraisemblablement partie du même ensemble que sa voisine. On a supposé que le vaste four qui prolonge la cheminée était celui du castrum. Cependant il apparaît que ce four a été ajouté tardivement. Le rez-de-chaussée est divisé en deux pièces dont la porte qui les fait communiquer est en cintre brisé et construite dans un appareil imposant.
La maison noble.
Lorsque l'on accède au château par le chemin des collines, on se présente devant un portail à pont levis à flèche qui franchit le fossé sud. Cette maison-tour était occupée en 1418 par Raimond de Commarque, alors co-seigneur de Laussel. Elle fut occupée par les Anglais en 1430. Bien que n'y habitant plus, les Commarque voulaient conserver vis-à-vis des Beynac, les droits afférents à cette propriété. Longtemps ils furent en conflit pour des droits de péages et terrages voisins attachés au lieu. La maison noble est constituée d'une forte tour rectangulaire sur deux niveaux. La maison était défendue par des créneaux et une courtine Percements de cannoniôres dans la tourelle d'escalier de la grande salle. qui longe les fossés. Le rez-de-chaussée est une pièce unique. L'étage était accessible par l'extérieur. Cette pièce unique était nantie de latrines et d'un évier. Trois archères sur le sud et deux sur l'ouest constituent les moyens de défense de cette construction. La courtine qui longe le fossé sud a disparu, mais celle de l'ouest est bien conservée. Bâtie en deux fois, la différence d'épaisseur constatée entre les deux parties l'atteste, elle défend le chemin qui mène au château.
La maison des Escars
Faisant pendant à la maison précédente, cette maison dite des Escars aurait été occupée par Jean des Escars en 1600. Elle est aujourd'hui arasée. Apparemment le mur sud donnant sur l'extérieur de l'enceinte est aveugle. La seule façade qui comporte des ouvertures donne sur le bas du vallon, dans un enclos. Il ne reste actuellement qu'un étage. Il semblerait qu'il y ait eu une cave. Il apparaît au vu des méthodes de construction que cette maison est contemporaine de sa voisine.
Les troglodytes
Sans s'attarder sur ces habitations au demeurant fort intéressantes et d'une valeur plastique indéniable, on peut remarquer qu'elles furent « recyclées » par les habitants pour être transformées en étables habitées. On y retrouve des anneaux creusés dans la pierre destinés à attacher le bétail. Des mangeoires ont été taillées et des lits constitués de treillis de bois étaient montés sur des échafaudages de bois. Certains de ces troglodytes sont entièrement couverts alors que d'autres sont tout au plus des renfoncements protégés par une toiture légère dont on trouve les abergements dans le roc. Commarque est un lieu où l'on peut rêver à tous les siècles qui ont fait son histoire, à tous ceux qui depuis 80 000 ans ont vu couler la Beune à leur pied.
Rémy de Bourbon l'arme Moyen-âge 1998