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Crocodiles

Philippe Djian est d'abord un écrivain, un vrai, c'est-à-dire un monsieur qui, avec le concours de vingt-six lettres de l'alphabet, balance des rêves et des cauchemars sur la page blanche. Et cela sur un ton uni, pleins et déliés, avec, en prime, une sorte d'évidence qui pourrait nous faire croire que l'écriture, c'est simple comme bonjour et que Djian, en somme, ne se fatigue pas le poignet C'est le miracle du talent

Jean-François Josselin

Le Nouvel Observateur

Extrait :

Une raison d’aimer la vie

Je me trouvais à Athènes lorsque j’ai appris la mort de Richard Brautigan. Mes premières vraies vacances depuis dix ans. La première chose que je réussissais à me payer en écrivant des livres. Je ne sais pas pourquoi cette nouvelle épouvantable m’est tombée dessus juste à ce moment-là. Depuis trois jours, je partageais mon temps entre les musées et les terrasses des cafés. Je ne pensais à rien. Mon fils tournait autour d’un jet d’eau. J’avais un œil sur le journal, l’autre sur ma femme. Elle était toute bronzée, magnifique. Et je ne parle pas de la lumière, de l’incroyable douceur de l’air et du miracle d’être toujours en vie durant ces derniers jours d’octobre 1984. Il n’y avait qu’une seule chose qui me contrariait. J’avais embarqué cinquante paquets de tabac dans mes valises, mais pas de papier à rouler. Bien sûr, le malheur frappe toujours là où vous ne l’attendez pas.