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Besson Patrick

[Patrick Besson]


Nom complet : Patrick Besson (certaines sources mentionnent les prénoms complémentaires « Patrick Gabriel Didier », sans certitude documentaire solide)

Naissance : 1er juin 1956, Paris (19e arrondissement). Les sources divergent sur son lieu de naissance : plusieurs notices françaises (éditeurs, encyclopédies) indiquent Paris, tandis que certaines sources en anglais mentionnent Monastir (Tunisie). Paris est cependant retenu par la plupart des notices francophones récentes.

Décès : vivant

Nationalité : française ; origines familiales russes (père demi-juif, gaulliste) et croates (mère monarchiste yougoslave soutenant l’ancienne Yougoslavie royale)

Période d’activité : années 1970–… (premier roman publié en 1974, activité romanesque et journalistique continue jusqu’aux années 2020)

Genres : roman, récits, nouvelles, pamphlets, essais, chroniques journalistiques, recueils d’articles, théâtre

Profession(s) : romancier, journaliste et chroniqueur (notamment à L’Humanité, VSD, Le Figaro, Le Figaro Magazine, Le Point, Marianne, Voici), critique littéraire, polémiste, conseiller ou directeur littéraire (aux éditions du Rocher), membre du jury du prix Renaudot (depuis 2000)

🌿 Biographie (synthèse)

Patrick Besson naît en 1956 dans un milieu marqué par le double héritage d’un père russe, demi-juif et gaulliste, et d’une mère croate monarchiste attachée au royaume de Yougoslavie. Il grandit à Paris et en proche banlieue (notamment à Montreuil), dans un univers de classes moyennes populaires et de banlieue rouge qui nourrit très tôt sa sensibilité politique et son imaginaire urbain. Élève plutôt littéraire, lecteur précoce, il découvre rapidement les auteurs russes (Pouchkine, Gogol) qui resteront des modèles déclarés.

Il publie à dix-sept ans son premier roman, Les Petits Maux d’amour (Seuil, 1974), qui l’installe aussitôt comme jeune romancier prometteur. Tout en poursuivant une production romanesque soutenue, il entre très tôt dans la presse écrite : critique littéraire au Quotidien de Paris, responsable culturel dans des revues, puis chroniqueur et éditorialiste pour des journaux de sensibilités très diverses (de L’Humanité à Le Figaro et Le Point). Il se définit lui-même comme un « communiste non pratiquant », revendiquant un regard de gauche mais un « style de droite », volontiers mordant.

Les années 1980 et 1990 sont celles de sa consécration littéraire : il obtient le prix Henri-Dumarest de l’Académie française pour Nostalgie de la princesse (1982), le Grand prix du roman de l’Académie française pour Dara (1985) et le prix Renaudot pour Les Braban (1995), auxquels s’ajoutent d’autres distinctions (prix Del Duca, prix populiste, prix Blondin, etc.). Parallèlement, ses prises de position sur la Yougoslavie, la Serbie ou certaines affaires françaises font de lui une figure controversée du paysage intellectuel.

Au tournant des années 2000–2010, il alterne romans, récits fortement ancrés dans l’actualité (Congo, Rwanda, Russie, France politique) et recueils de chroniques. Sa trajectoire dessine ainsi la figure d’un écrivain-journaliste « graphomane », publiant un grand nombre de livres, dont quelques œuvres structurantes (Dara, Les Braban, Mais le fleuve tuera l’homme blanc, La Mémoire de Clara, Tout le pouvoir aux soviets) se détachent sur un ensemble plus inégal. Son activité demeure soutenue dans les années 2010–2020, notamment par des portraits de villes (Nice, Paris), des essais biographiques et des recueils de chroniques politiques.

📚 Romans et récits longs

L’œuvre romanesque de Patrick Besson est abondante et très diverse, mais quelques livres jouent un rôle structurant dans son parcours :

Premier roman écrit à l’adolescence, récit d’apprentissage amoureux centré sur les tourments sentimentaux de jeunes Parisiens. Le livre met déjà en place plusieurs traits de l’auteur : observation ironique des mœurs, dialogues vifs, mélange de gravité et de désinvolture.

Roman situé dans le Paris des années 1980 : deux jeunes gens, Gladys et Marc, y mènent une course effrénée à travers cafés, cinémas et nuits parisiennes. Le récit mêle chronique de la jeunesse désabusée, exploration de la « vacuité de l’existence » et mélodrame amoureux. En arrière-plan, Besson interroge les illusions d’une génération post-68 confrontée au désenchantement.

Roman biographique et historique centré sur Dara Sevnica, mère du narrateur, figure de femme d’origine yougoslave ayant fui la Yougoslavie titiste pour l’Italie puis pour Paris. À travers le portrait de cette femme « ordinaire » et flamboyante, le livre déploie une méditation sur l’exil, la mémoire familiale, les déplacements politiques en Europe centrale et balkanique après 1945. Dara devient la « clé » qui donne accès à un pays, à son histoire et à ses passions politiques.

Roman très intertextuel, qui dialogue avec la tradition littéraire russe (Pouchkine, Gogol) tout en situant l’action dans un univers contemporain. Besson y mêle satire des milieux intellectuels français, fascination pour la Russie et jeu avec les mythes littéraires (la figure du « commandeur »).

Saga familiale racontée de l’intérieur par un membre du clan Braban, famille excentrique et détraquée. Le roman enchaîne scènes burlesques, moments cruels et épisodes mélodramatiques, dans une tonalité de comédie noire. La structure chorale permet d’explorer les tensions d’une famille de province prise dans les mutations sociales et politiques de la fin du XXe siècle. Réalisme, fantaisie, férocité et tendresse s’y combinent.

Roman centré sur Milan Canovas, reporter de guerre quadragénaire, grand séducteur confronté à la prise de conscience de la vieillesse et de la mort. Le livre se présente comme un « cri d’amour » adressé à toutes les femmes qu’un homme ne possédera jamais, traversé par la nostalgie et la peur de l’inachèvement. Besson y mêle ironie, introspection et réflexion sur la fidélité.

Long roman d’espionnage et de politique situé principalement au Congo-Brazzaville, avec des détours par le Rwanda du génocide de 1994. Dans une atmosphère lourde et poisseuse, Besson met en scène diplomates, espions, hommes d’affaires, dirigeants africains et intermédiaires français pris dans les rets de la Françafrique et des intérêts pétroliers. Le roman alterne les points de vue, joue sur les versions contradictoires des mêmes événements et combine thriller géopolitique, satire de la corruption et réflexion sur les héritages coloniaux.

Récit d’anticipation présenté comme les mémoires d’une ancienne première dame, ex-top model devenue vieille femme frappée d’Alzheimer. À travers cette voix fragile, Besson esquisse un portrait dystopique et satirique de la France du XXIe siècle (Élysée transformé en musée du football par un fonds qatari, banques islamiques, « vaches sacrées » parisiennes moquées). Roman à clés sur la vie politique et médiatique récente, il joue avec la curiosité du lecteur pour les coulisses du pouvoir.

Roman plus intimiste, centré sur les déboires sentimentaux et familiaux d’un narrateur d’âge mûr. Besson y déploie son goût pour les relations désaccordées, les couples improbables, les ruptures soudaines, dans une tonalité mêlant autoportrait ironique et chronique sentimentale.

Récit situé en grande partie à Mykonos, autour d’un couple improbable (jeune femme sublime et commerçant quinquagénaire volubile). Le roman joue sur les contrastes sociaux et générationnels, sur la dimension touristique et fantasmée de l’île grecque, tout en poursuivant la exploration bessonienne du désir, des malentendus amoureux et des illusions d’évasion.

Fresque romanesque qui suit une famille franco-russe de 1908 à 2015, du Paris de Lénine à la Russie de Poutine. Autour du personnage de Marc Martouret, banquier contemporain pris entre un père resté fidèle à l’idéal communiste et une mère russe antisoviétique, Besson revisite l’histoire du communisme, ses ambiguïtés et ses tragédies. Le roman alterne scènes historiques, épisodes familiaux et réflexions sur les liens entre littérature, pouvoir et utopie, dans un ton à la fois ironique et mélancolique.

Roman situé dans l’univers du football, qui prolonge l’intérêt de Besson pour les milieux sportifs et médiatiques. Il y mêle portrait de joueur, description des réseaux du sport professionnel et satire de la marchandisation généralisée.

Dans l’ensemble de ses grands récits, Besson affectionne les structures polyphoniques, les sagas familiales, les romans à clef politique et les portraits de femmes fortes, souvent étrangères ou issues de l’exil, qui servent de prisme à la lecture d’une époque ou d’un pays.

🧩 Nouvelles, récits brefs, essais, journaux et correspondances

En dehors des romans, l’œuvre de Besson se déploie dans plusieurs directions importantes :

* Ah ! Berlin et autres récits (Gallimard, 1989) : recueil de nouvelles où l’Allemagne, la mémoire de la Guerre froide et les déplacements géographiques servent de décor à des histoires de rencontres et de désillusions.

* Vacances en Botnie (Éd. du Rocher, 1996) ; 28, boulevard Aristide-Briand (Bartillat, 2001, puis réédition en poche) ; Contes de campagne (Mille et une nuits, 2002) : ensemble de textes brefs où la province française, la banlieue ou les paysages du Nord offrent un contrepoint aux univers parisiens et internationaux des grands romans.

* 1974 (Fayard, 2009) et L’Indulgence du soleil et de l’automne (Fayard, 2015) : récits où la mémoire personnelle, la jeunesse et les retours sur un passé politique ou sentimental fournissent la matière de variations nostalgiques.

* La Chute de Saïgon (Messidor, 1986) et Théâtre choisi (Fixot, 1989) : pièces qui prolongent son intérêt pour les situations historiques extrêmes (fin de guerre, effondrement de régimes).

* Et la nuit seule entendit leurs paroles (Rocher, 1998) : dialogue fictif entre Verlaine et Rimbaud, où Besson joue de sa familiarité avec la tradition poétique pour imaginer un face-à-face dramatique.

* Insolences (1985), Salade russe (1987), Le congrès de Tours n’aura pas lieu (1990), Les ai-je bien descendus ? (1991) : essais et pamphlets où il commente la vie politique française, les partis, les congrès et les figures publiques, dans un ton volontiers agressif et moqueur.

* Belgrade 99, suivi de Contre les calomniateurs de la Serbie (L’Âge d’Homme, 1999) : texte emblématique de son engagement pro-serbe durant les guerres de Yougoslavie. Il y défend les Serbes contre ce qu’il perçoit comme des calomnies médiatiques occidentales, position qui a suscité de vifs débats intellectuels.

* Le Sexe fiable (Mille et une nuits, 2004), Zodiaque amoureux (2006) : essais courts, mi-sérieux mi-ludiques, qui déclinent en aphorismes et mini-portraits les rapports entre sexes, amour et signes du zodiaque.

* Science politique (Fayard, 2016) : recueil de billets sur la vie politique française, composés pour la presse et rassemblés en volume.

* Djokovic, le refus (Louison, 2022) : bref essai consacré au joueur de tennis Novak Djokovic et à sa posture de refus (notamment face à la vaccination), où se croisent la passion serbophile de Besson et son intérêt pour les figures de dissidence.

* Un peu d’humanité (Messidor, 1989), Solderie (2004), La Cause du people (Fayard, 2004), Ma rentrée littéraire (2005) : recueils de chroniques politiques et littéraires, souvent publiées initialement dans L’Humanité, Le Figaro littéraire ou d’autres journaux.

* La vie quotidienne de Patrick Besson sous le règne de François Mitterrand (Fayard, 2006) : compilation de textes consacrés aux années Mitterrand, mêlant observation politique et anecdotes personnelles.

* Le Plateau télé (Fayard, 2010), Le Hussard rouge (2011), Au point. Journal d’un Français sous l’empire de la pensée unique (Fayard, 2012), Avons-nous lu ? (Fayard, 2013), Mes vieux papiers (Fayard, 2014) : ensembles de chroniques sur la télévision, la littérature contemporaine, la vie politique et médiatique, qui montrent comment son écriture journalistique irrigue aussi ses fictions.

* Abîmes, fredaines et soucis (Grasset, 2018), Est-ce ainsi que les hommes vivent ? (Albin Michel, 2023), Quel est le con… (Erick Bonnier, 2024) : recueils récents de billets publiés notamment dans Le Point, où s’expriment pleinement son goût de la formule, de la caricature et de la provocation.

* Petit éloge amoureux de la librairie (Privat, 2021) : hommage aux librairies et aux libraires, traversé d’anecdotes autobiographiques et de souvenirs de lecture. Le livre éclaire l’importance du réseau des librairies dans la circulation de son œuvre et, plus largement, dans la vie littéraire.

* Nice-Ville (Flammarion, 2020) : portrait de Nice, ville aimée mais jamais habitée, qui devient un personnage à part entière. Besson y tisse un lien affectif entre géographie, histoire et mémoire personnelle.

* Albertine Sarrazin, la fugitive (JC Lattès, 2024) : essai biographique sur l’écrivaine Albertine Sarrazin, qui permet à Besson de réfléchir sur les figures d’écrivaines marginales, la prison, la fuite et la vocation littéraire. Ce type de livre montre son intérêt pour la généalogie littéraire et la filiation entre auteurs.

Ces textes non romanesques complètent les grands romans en donnant accès, de manière plus directe, aux positions idéologiques de Besson, à son « personnage » de chroniqueur, à sa vision de la politique française, de la Yougoslavie, de la Russie, de l’Afrique ou du monde littéraire. Ils servent aussi de laboratoire à ses procédés de style : aphorismes, chutes ironiques, portraits au scalpel.

🎭 Thèmes, motifs et imaginaire

Politique, idéologies et histoire récente

Un des fils conducteurs de l’œuvre est la confrontation entre idéaux politiques (communisme, antifascisme, anticolonialisme) et réalités historiques. Dara et Tout le pouvoir aux soviets explorent la mémoire du mouvement communiste, des révolutions russes à la désillusion postsoviétique, en passant par les illusions du PCF. Mais le fleuve tuera l’homme blanc plonge dans les guerres civiles africaines, la Françafrique et le génocide rwandais. La Mémoire de Clara et divers essais politiques proposent des anticipations satiriques de l’évolution de la France (marchandisation de la politique, financiarisation, montée des puissances étrangères).

Exil, frontières et identités hybrides

Originaire d’une famille russo-croate, Besson fait de l’exil et des identités multiples un thème central. Dans Dara, la trajectoire de l’héroïne, réfugiée yougoslave, permet d’interroger la France vue d’ailleurs. Dans plusieurs romans et essais, la Russie, la Serbie, les Balkans ou l’Afrique deviennent des espaces où se rejouent les conflits idéologiques européens. Les personnages sont souvent des déracinés, des voyageurs forcés ou volontaires, pris entre plusieurs langues, patries et fidélités.

Famille, filiation et clans

Les sagas familiales (notamment Les Braban) mettent en scène des familles nombre