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Suzanne Prou

Suzanne Prou (1920-1995), née Suzanne Marcelle Henriette Doreau à Grimaud dans le Var, est une romancière française dont l’œuvre explore avec finesse les zones d’ombre de la bourgeoisie.

Fille d’un officier, elle passe son enfance en Algérie et en Indochine avant de faire des études de lettres à Aix-en-Provence et à Marseille.

Engagée dans la Résistance à partir de 1942, elle participe à un journal clandestin, expérience qui marque durablement son regard sur les compromissions et les silences sociaux.

Elle publie relativement tard son premier roman, Les Patapharis, en 1966 chez Calmann-Lévy, qui attire l’attention par son art des atmosphères et des demi-teintes.

Suivent Les Demoiselles sous les ébéniers, L’Été jaune, La Ville sur la mer et surtout Méchamment les oiseaux, qui reçoit le prix Cazes en 1972.

En 1973, La Terrasse des Bernardini obtient le prix Renaudot et consacre son talent à « détrousser les âmes » derrière les façades respectables.

Ses romans mettent en scène des familles, des notables, des petites villes de province, où la vie quotidienne cache désirs inavoués, culpabilités anciennes et secrets soigneusement enfouis.

La mémoire, l’enfance, les relations mère‑fille, les non‑dits conjugaux et la lente érosion du temps sont au cœur de son univers.

Prou écrit également des récits plus directement autobiographiques et des textes proches du polar psychologique, comme Le pré aux narcisses ou Les Amis de Monsieur Paul.

Son style, discret, précis, souvent qualifié de « mauriacien », allie ironie légère et compassion pour ses personnages, sans jamais forcer le trait.

Elle rend d’ailleurs hommage à François Mauriac dans Mauriac et la jeune fille, où elle réfléchit à leurs affinités de créateurs.

Récompensée par plusieurs prix (grand prix littéraire de Provence, prix Roland‑de‑Jouvenel, etc.), elle siège à partir de 1981 au jury du prix Femina.

Suzanne Prou demeure une figure importante mais relativement secrète des lettres françaises du XXe siècle, dont les romans révèlent, sous le charme des apparences, la part obscure des vies ordinaires.