Ambrosio
Capucin soulevant les foules par l'éloquence de ses sermons, le moine Ambrosto s atteint la trentaine en se conservant pur de tout péché. La vertu qu'il prône et qu'il pratique n'est cependant le fruit ni de l'amour ni de la foi, mais celui d'un orgueil inhumain qui le fait se vouloir le plus saint afin d'être partout le premier, le plus grand et le plus admiré. Sans doute son véritable but n'est-il pas absolument clair à sa conscience (il évite d'ailleurs de s'interroger), mais toute sa conduite découvre peu à peu les véritables motifs de sa «sainteté ». Le Tentateur n'aura donc qu'à jouer sur son orgueil pour lui faire commettre, selon une logique implacable, tous les crimes contre lesquels il se croyait à jamais prémuni: luxure, meurtre, viol, reniement de son Dieu.
Sa chute, qui le conduit finalement â conclure un marché de dupe avec le diable, dévoile quel appétit d'infamie demeure derrière toute cuirasse de vertu, et jette une sorte de lumière noire sur les abîmes du cœur.