813
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Le ton de ce roman est assez différent des trois premiers : on a affaire à un Arsène Lupin complexe, inquiétant, dont l'objectif n'est ni plus ni moins que de dominer l'Europe. 813 contient aussi un nombre assez grand de morts très violentes, et un ennemi redoutable, invisible et particulièrement inquiétant. Extrait : - écoute, Kesselbach, je vais te faire une proposition. Si riche, si gros monsieur que tu sois, il n'y a pas entre toi et moi tant de différence. Le fils du chaudronnier d'Augsbourg et Arsène Lupin, prince des cambrioleurs, peuvent s'accorder sans honte ni pour l'un ni pour l'autre. Moi, je vole en appartement ; toi, tu voles en Bourse. Tout ça, c'est kif-kif. Donc, voilà, Kesselbach. Associons-nous pour cette affaire. J'ai besoin de toi puisque je l'ignore. Tu as besoin de moi parce que, tout seul, tu n'en sortiras pas. Barbareux est un niais. Moi, je suis Lupin. Ça colle ? Un silence. Lupin insista, d'une voix qui tremblait : - Réponds, Kesselbach, ça colle ? Si oui, en quarante-huit heures, je te le retrouve, ton Pierre Leduc. Car il s'agit bien de lui, hein ? C'est ça, l'affaire ? Mais réponds donc ! Qu'est-ce que c'est que cet individu ? Pourquoi le cherches-tu ? Que sais-tu de lui ? Je veux savoir.
Date de publication en français
813 paraît d’abord en feuilleton dans Je sais tout entre 1910 et 1913, avant d’être publié en volume chez Pierre Lafitte. La première partie (« Les Trois Crimes d’Arsène Lupin ») est généralement datée de 1910, et l’ensemble du roman est considéré comme appartenant à cette période.
Résumé
Le roman s’ouvre sur une série de meurtres visant de hautes personnalités, dont un richissime financier américain. Arsène Lupin est soupçonné, puis arrêté, mais il apparaît rapidement qu’un adversaire plus redoutable encore, porté par la haine et la jalousie, orchestre une machination pour le perdre. Le chiffre « 813 » renvoie à un code qui cristallise les enjeux de pouvoir au sein d’une Europe en tension. Lupin, confronté à un double maléfique et à ses propres limites, doit déjouer un complot d’ampleur internationale tout en protégeant ceux qu’il aime.
Analyse
Avec 813, Leblanc donne à la série une dimension de roman‑monde, où les intrigues criminelles se mêlent à des enjeux politiques et financiers à l’échelle européenne. Lupin y apparaît plus sombre, plus vulnérable, affrontant un adversaire quasi démoniaque qui exploite ses failles. Le motif du double, déjà présent ailleurs, est ici central : il permet de questionner la part d’ombre du héros et la fine frontière entre génie criminel ludique et criminalité meurtrière.
La structure en deux parties et la multiplication des personnages complexifient la lecture par rapport aux premiers récits, mais offrent aussi une expérience romanesque plus ample, proche du grand roman‑feuilleton à la Dumas ou à la Ponson du Terrail. 813 est souvent vu comme l’un des sommets de la saga lupinienne, par l’ampleur de sa construction et par la profondeur qu’il confère à la figure de Lupin.