Célia Bertin
Célia Bertin (1920‑2014) est une écrivaine, journaliste et biographe française, lauréate du prix Renaudot en 1953 pour son roman La Dernière Innocence. Née à Paris le 22 octobre 1920, elle grandit dans un milieu bourgeois et suit des études de lettres au lycée Fénelon puis à la Sorbonne, où elle prépare une thèse sur l’influence du roman russe sur le roman anglais contemporain. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s’engage dans la Résistance et doit quitter Paris en 1944, avant d’être envoyée en Suisse par le ministère de l’Information.
Après la guerre, elle séjourne à Cagnes‑sur‑Mer puis à Saint‑Paul‑de‑Vence et publie son premier roman, La Parade des impies, en 1946. Suivent plusieurs œuvres romanesques, dont La Bague était brisée (1948) et La Dernière Innocence (1953), qui confirme son talent pour le roman psychologique et les portraits de femmes prises dans des jeux de pouvoir affectif. Parallèlement, elle fonde et dirige en 1951 la revue Roman, consacrée aux questions du roman contemporain, et commence une activité intense de journaliste et d’essayiste.
À partir des années 1950, Célia Bertin mène de front l’écriture de fictions et des enquêtes sur la condition féminine, comme Le Temps des femmes ou Elles ont vingt ans, ainsi que des travaux sur la haute couture et la vie culturelle. Elle devient aussi une biographe reconnue, consacrant des ouvrages à Marie Bonaparte, Jean Renoir, Louise Weiss ou encore à des figures féminines marquantes du XXe siècle. Plusieurs de ces livres paraissent en français et en anglais, ce qui lui assure une audience internationale.
Invitée comme écrivain en résidence dans plusieurs universités américaines, notamment à Tufts puis à Harvard, elle entretient un dialogue constant avec le monde académique tout en restant très ancrée dans la vie littéraire parisienne. Officier de la Légion d’honneur et de l’Ordre des Arts et des Lettres, elle incarne une figure de passeuse entre littérature, histoire culturelle et mémoire des femmes. L’itinéraire de Célia Bertin montre comment une romancière venue du roman psychologique d’après‑guerre a progressivement élargi son champ à la biographie et à l’essai, construisant une œuvre attentive aux destins individuels comme aux grandes transformations du siècle.