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Mémé Cornemuse

Mémé Cornemuse

Création du personnage et cycle romanesque

Mémé Cornemuse est un personnage de fiction créé par l’écrivaine belge Nadine Monfils, figure marquante du roman noir humoristique francophone. Héroïne d’une série de polars publiés à partir de 2011, elle apparaît d’abord dans Les vacances d’un serial killer, avant de revenir dans La petite fêlée aux allumettes, La vieille qui voulait tuer le bon Dieu, Mémé goes to Hollywood et Maboul Kitchen, puis dans un volume ultérieur centré sur l’Agence Corleone. Chacun de ces romans prolonge la même veine burlesque et noire, en suivant cette grand-mère déjantée au fil d’aventures qui mènent de la côte belge aux falaises d’Étretat, puis jusqu’aux États‑Unis.

Dans l’œuvre de Nadine Monfils, la série Mémé Cornemuse occupe une place à part : elle condense le goût de l’autrice pour les personnages marginaux, l’humour ravageur, le mélange des registres et la parodie des codes du polar classique. Ces livres paraissent principalement aux éditions Belfond avant d’être repris en poche, ce qui contribue à en faire des titres emblématiques du polar populaire belge contemporain.

Portrait et traits caractéristiques

Mémé Cornemuse est une grand‑mère d’un certain âge, issue d’un milieu populaire, dont la liberté de ton et de mœurs tranche radicalement avec l’image traditionnelle de la vieille dame respectable. Elle doit son surnom à sa passion pour les Écossais en kilt, dont elle apprécie la tenue pour le moins aérienne. Loin de toute sagesse convenue, elle se comporte en personnage « hors cadre » : volontiers grossière, obsédée par la boisson et le sexe, prête à toutes les combines pour gagner un peu d’argent ou s’offrir des plaisirs, elle fonctionne comme une caricature assumée des personnages marginalisés que la littérature policière met souvent en retrait.

Dans plusieurs romans, Mémé Cornemuse est présentée comme une fan inconditionnelle de figures populaires telles qu’Annie Cordy ou Jean‑Claude Van Damme, dont les chansons ou les films nourrissent ses rêves d’évasion et de gloire. Sa psychologie tient à la fois de la vieille bique intraitable, de la Calamity Jane en fin de carrière et de l’icône de bande dessinée grinçante, quelque part entre Ma Dalton et Carmen Cru, mais revisitée à la sauce belge. Elle manie un humour féroce, se montre peu regardante sur la légalité de ses actes et refuse avec constance de se laisser dicter sa conduite par qui que ce soit.

Mémé Cornemuse dans les romans de la série

Dans Les vacances d’un serial killer, premier roman de la série, Mémé Cornemuse accompagne la famille Destrooper en villégiature sur les plages de la mer du Nord. Pendant que le père Alfonse, la mère Josette et les deux adolescents espèrent des vacances tranquilles, la route vers la côte belge se transforme en enchaînement de catastrophes : vol de sac, pension minable à la place de l’hôtel rêvé, cadavre découvert par hasard sur une vidéo tournée dans les toilettes d’un restoroute. Au milieu de ce chaos, Mémé Cornemuse tire son épingle du jeu et attire à elle une bonne part des ennuis comme des opportunités, croisant même la route d’un tueur en série.

Dans La petite fêlée aux allumettes, l’ambiance se fait plus sombre et plus fantastique. L’intrigue principale suit une jeune femme qui voit des meurtres en craquant des allumettes, tandis qu’un inspecteur et son collègue travesti enquêtent sur ces crimes mystérieux. La présence de Mémé Cornemuse, avec ses pouvoirs de voyance fantasque et son sens de la débrouille, vient bousculer cette trame criminelle : elle perturbe l’enquête autant qu’elle la fait avancer, incarnant un élément de désordre jubilatoire au cœur d’un récit où la violence et le macabre côtoient le grotesque.

La vieille qui voulait tuer le bon Dieu place Mémé Cornemuse dans un immeuble peuplé de voisins étranges, où elle travaille comme concierge. Les morts violentes s’y multiplient, offrant à Nadine Monfils l’occasion de rejouer les codes du huis clos policier en les détournant vers la farce noire. Le regard de Mémé, ses commentaires caustiques, sa manière d’oser ce que les autres n’osent pas donnent au roman une énergie particulière, tout en permettant une satire mordante de la morale et du patriarcat.

Mémé goes to Hollywood pousse le personnage jusqu’aux rives de Los Angeles : la grand‑mère, décidée à rencontrer son idole Jean‑Claude Van Damme, met en œuvre une suite d’arnaques et de stratagèmes pour quitter la Belgique, rejoindre le Havre puis embarquer vers les États‑Unis. L’image de la vieille femme traversant l’Atlantique au prix de magouilles rocambolesques résume bien l’esprit de la série, où le rêve hollywoodien est filtré par un humour belge irrévérencieux.

Enfin, dans Maboul Kitchen, Mémé Cornemuse se retrouve au cœur d’un projet de palace improbable installé dans une ancienne demeure, avec une équipe de personnages aussi « pétés du bulbe » qu’elle. Entre arnaques, cuisine délirante et cadavres embarrassants, l’héroïne poursuit obstinément son objectif ultime : accumuler assez d’argent pour se refaire une beauté spectaculaire et, peut‑être, séduire enfin son acteur fétiche.

Thèmes et enjeux de la série

À travers Mémé Cornemuse, Nadine Monfils revisite plusieurs motifs classiques du roman noir et du polar populaire : le tueur en série, les vacances qui tournent au cauchemar, les enquêtes en milieu urbain ou dans un immeuble clos, le rêve hollywoodien, la petite délinquance et les grandes escroqueries. Mais ces éléments sont systématiquement traités sur le mode de la parodie et de l’excès, dans une langue volontairement outrancière et savoureuse.

Le personnage permet notamment de renverser les codes machistes de certains polars à la première personne : là où l’on attendrait un jeune héros masculin au centre de l’action, c’est une vieille femme qui occupe toute la scène, assume sans complexe ses désirs, mène la danse et refuse tout statut de victime. La série interroge ainsi, sur un mode ludique, la place des femmes dans le genre policier, la représentation de la vieillesse et la possibilité pour des personnages considérés comme « ringards » ou « indésirables » de devenir les véritables moteurs de l’intrigue.

L’humour repose souvent sur le décalage entre la trivialité des situations, l’argot coloré et les références populaires, et des structures narratives empruntées au thriller, au huis clos criminel ou au road‑movie. Cette combinaison produit un effet de miroir grossissant, où les travers de la société, les stéréotypes sociaux et les poses viriles du polar classique sont systématiquement exagérés pour mieux être moqués.

Réception et place dans le polar belge

Dans le paysage du roman policier belge, Mémé Cornemuse est devenue l’une des figures les plus reconnaissables de l’univers de Nadine Monfils. La critique met souvent en avant la liberté de ton de ces livres, leur humour noir toni­truant et leur façon de célébrer des personnages que la littérature laisse habituellement en marge. Les romans de la série, régulièrement réédités et présents dans de nombreux catalogues de bibliothèques, ont trouvé un lectorat fidèle qui apprécie ce mélange de polar, de grotesque et de fantaisie populaire.

Cette héroïne atypique illustre aussi la manière dont le polar francophone peut jouer avec ses propres codes, en les déplaçant vers une sensibilité résolument belge, nourrie d’autodérision, de langage fleuri et de figures baroques. Par sa vitalité, sa mauvaise foi réjouissante et son refus de rentrer dans le rang, Mémé Cornemuse s’est imposée comme une sorte d’icône de ce polar « rabelaisien » où l’on rit beaucoup, tout en suivant des intrigues qui restent, sous le vernis de la farce, de véritables histoires criminelles.

Titres de la série Mémé Cornemuse

Les principaux romans où apparaît Mémé Cornemuse sont les suivants : Les vacances d’un serial killer ; La petite fêlée aux allumettes ; La vieille qui voulait tuer le bon Dieu ; Mémé goes to Hollywood ; Maboul Kitchen ; Mémé Cornemuse is back, Léon aussi (L’Agence Corleone).