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La salamandre

La Salamandre - Jean-Christophe Rufin - Babelio

Catherine, dont la vie s'organisait autour du travail avec la haine des dimanches, le secours de la télévision, l'affection d'un chat et l'usage fréquent de somnifères, tourne le dos à la France pour s'installer au Brésil. Dépassant sa condition de touriste, elle quitte l'univers des agences de voyages pour celui des favelas. La violence avec laquelle les gens se traitent entre eux ne lui est alors plus épargnée. Dans ce récit d'un parcours absolu, Jean-Christophe Rufin livre une tragédie moderne, où l'héroïne semble soudain obéir à une loi profonde qui la pousse à se détruire et à s'accomplir en même temps. À travers ce portrait d'une femme qui se perd et se découvre, l'auteur reprend aussi un thème qui lui est cher, celui de la rencontre entre les Occidentaux et leur tiers-monde fantasmé. Loin de la vitrine exotique et du mythe révolutionnaire, il va au-delà de la vision idéalisée, tout au moins " idéologisée ", du tiers-monde, vers un monde ambivalent, fait à la fois de richesse et de violence, repoussant et attirant.

Date de publication en français

La Salamandre est un roman de Jean‑Christophe Rufin publié en français en 2005 aux éditions Gallimard, dans la collection « Blanche ». Il est ensuite réédité en poche.

Résumé

Le roman raconte l’histoire de Catherine, cadre supérieure parisienne d’une quarantaine d’années, célibataire et installée dans une existence routinière, presque incolore. Sommée par son entreprise de prendre des congés, elle part rejoindre des amis récemment installés à Recife, au Brésil. Là, elle découvre un univers de chaleur, de sensualité et de désordre qui contraste violemment avec la grisaille de sa vie métropolitaine. Elle s’éprend rapidement de Gil, un jeune homme issu des favelas, vivant de petits trafics et de relations avec les touristes. Malgré les avertissements de ses proches, Catherine s’abandonne à cette passion, finit par tout quitter pour revenir s’installer au Brésil et s’enfonce peu à peu dans un monde de violence, de misère et de dépendance affective, jusqu’à une forme de descente aux enfers assumée.

Analyse

La Salamandre marque un tournant dans l’œuvre romanesque de Rufin en abandonnant le grand récit historique ou géopolitique pour se concentrer sur une histoire d’amour obsessionnelle et destructrice, située dans un cadre contemporain. Le choix du Brésil, pays déjà présent en filigrane dans d’autres textes, permet de mettre en scène la fascination ambiguë exercée par un « ailleurs » perçu comme plus vivant, plus intense, mais aussi plus dangereux. Catherine incarne une figure d’Occidentale en quête de rupture radicale avec un modèle de réussite sociale jugé vide, au prix d’une remise en jeu de son intégrité physique et psychique.

Le titre renvoie à l’animal mythique qui vit dans le feu : la passion amoureuse et le Brésil apparaissent comme des éléments brûlants où l’héroïne se consume autant qu’elle se découvre. Le roman a souvent été lu comme une méditation sur le désir d’auto‑dépassement, sur la tentation de s’arracher à son milieu d’origine et sur les limites de cette fuite en avant. Par son intensité sentimentale et sa focalisation sur une protagoniste féminine, La Salamandre enrichit la palette de Rufin en explorant les territoires de l’intime sans renoncer à une réflexion sur les hiérarchies économiques et culturelles qui structurent les relations Nord‑Sud.