Black village
Trame narrative
À une époque indéterminée (futur post-soviétique), dans une région indéterminée du monde (incluant des résistances dans les Monts Orbise), trois personnages, Tassili, Goodmann et Myriam, marchent et survivent dans l'obscurité, du moins aux deux premiers chapitres (Noir 1, Noir 2), avant que Goodmann ne réinvente une flamme, et aux deux derniers (Noir 3 et Noir 4). Les 31 autres chapitres encadrés sont des récits interrompus au milieu d'une phrase.
Tassili, Goodmann et Myriam. Deux hommes et une femme en guenilles, anciens poètes, anciens membres du service Action qui se connaissent à peine. Ils cheminent dans l’obscurité qui suit leur décès. La route est interminable et monotone. Ils doivent apprendre à marcher ensemble dans ce monde sans lumière où ils affrontent non seulement les ténèbres, mais aussi des bizarreries du temps, car celui-ci ne s’écoule pas de façon familière. Il s’étire ou se rétrécit, mais surtout il s’interrompt, il « n’aboutit pas ». Pour essayer de poser des repères dans la durée de leur voyage, ils se racontent des histoires. Ils aimeraient que les récits qu’ils inventent se gravent dans leurs mémoires et dessinent peu à peu un calendrier et des souvenirs qui accompagneraient leur progression vers la fin. Or, quel que puisse être le contenu de leurs histoires – aventures trépidantes, violence, vengeance, rêves, missions criminelles, explorations fantastiques –, tout s’interrompt en plein coeur de l’action. Les images naissent, couleurs et anecdotes flamboient, mais soudain une force mystérieuse intervient et cisaille impitoyablement la narration. De nouveau et en un instant, le noir se fait. Les narrats deviennent des interruptats, le roman devient une chambre d’échos.
Quant à Tassili, Goodmann et Myriam, ils poursuivent leur longue marche sans savoir si un jour ils vont s’éteindre, ni si l’extinction durera le temps d’un claquement de doigts, ou mille ans.
Scénario
Le Parti, ou l'Organisation, recrute des nettoyeurs, chargés d'exterminer l'ennemi, de manière individuelle, et tous les obstacles éventuels. La résistance est plus collective.
Les lieux sont des sites en déshérence : village, entrepôt, hôpital, monastère, théâtre, container d'ordures, camp de réfugiés, route, forêt. Les modes de déplacement sont défectueux : moto, voiture, camion, camionnette, tram, train, bateau, avec même un problème de gravitation (p. 47), et des sols incertains. Le matériel est souvent déglingué : couteau, pistolet, fusil, carabine... Les traquenards et fusillades entraînent des blessures, une table d'opération, des médecins.
Les personnages humains sont surtout des personnes hors d'âge, des vieilles, un guérisseur, des snipers, un alien (p. 67). Les personnages non humains sont des araignées, des mouches, des chiens, des rats, une musaraigne, un oiseau à taille humaine (p. 104), autant d'obstacles ou de cibles pour un déplacement sûr dans l'obscurité. L'obscurité ou la semi-obscurité règne, avec averse, pluie, bruine, silence, puanteur.
Comme tout épisode est interrompu, toute tentative pour le lecteur d'organiser une succession est bloquée.
Personnages
Pour les mêmes raisons de discontinuité narrative, les personnages sont souvent anonymes, ou leurs noms sont des coquilles vides interchangeables. Certains renvoient au contraire à des personnages récurrents de la galaxie volodinienne.
- Médéa Kruntz, Clara Schiff, Anassiya Kong, Abimaël Fischmann, sarah Agamemnian, Marta Bogoumil, Aldo Tritzang, Myriamne Chouïgo, Bouïna Yoghideth, Igriyana Gogshog, Yalzane Oïsmoqe,
- Korkounuff Quelque Chose, Yaabadgul Quelque Chose,
- Kortchigan, Yoïsha, Oshayava, Gromov, Klokov, Soldatov, Skvortsov, Groudin, Quantz, Schmumm, Kirkovian, Nourdouchvili, Bortchouk, Demidian, Krentzer...
