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L'équipée volage

1. Métadonnées

Titre original : L’équipée volage

Titre français : L’équipée volage

Auteur : Rolland Auda

Année de première publication : 2013 (parution en grand format le 2 janvier 2013, quelques sources mentionnant une sortie fin 2012)

Pays : France

Langue : français

Genres littéraires : uchronie, science-fiction, steampunk, roman d’aventures, littérature jeunesse / ado

Forme : roman

Série ou cycle : roman indépendant, mais inscrit dans la veine uchronique et « foutraque » de l’auteur ; fait partie de la collection Exprim’ (Sarbacane)

Éditeur : Sarbacane

Collection : Exprim’ (romans ado-adultes)

ISBN / EAN : 978-2-84865-573-4

Nombre de pages : indications divergentes selon les sources (environ 370 à 380 pages : 371 p. annoncées par certains catalogues de vente, 376 p. sur la fiche éditeur, 280 p. dans au moins une critique en ligne, probablement erreur ou édition incomplète)

Public visé : lecteurs et lectrices à partir de 14 ans, adolescents et jeunes adultes


2. Contexte de création

L’équipée volage paraît au début des années 2010, au moment où la littérature jeunesse et ado française explore intensément les hybridations de genres : science-fiction, fantasy, steampunk, uchronie et romans « crossover » destinés autant aux adolescents qu’aux adultes. La collection Exprim’ des éditions Sarbacane se positionne précisément sur ce créneau, en proposant des textes au ton volontiers expérimental, argotique, urbain ou déjanté.

Dans la trajectoire de Rolland Auda, philosophe de formation et enseignant, le roman s’inscrit après Gringo Shaman et Le Dévastateur, deux autres titres publiés chez Sarbacane et déjà remarqués pour leur fantaisie et leur inventivité. L’équipée volage consolide cette image d’un auteur qui aime les univers baroques et les dispositifs narratifs ludiques. Le livre sera d’ailleurs lu et commenté dans le cadre du Prix ActuSF de l’Uchronie 2013, ce qui le place explicitement dans le champ des fictions historiques alternatives.

Du point de vue du paysage éditorial, le roman arrive dans un contexte où l’uchronie francophone connaît un regain de visibilité (actes de colloques, prix spécialisés, collections dédiées). Le choix d’une uchronie maritime, steampunk et résolument ludique, avec des héroïnes piratesses, répond aussi à un mouvement plus large de diversification des figures héroïques en jeunesse et dans les littératures de l’imaginaire.

3. Résumé de l’intrigue

Le point de divergence historique posé par le roman est simple et radical : en 1492, Christophe Colomb ne découvre pas l’Amérique. Une mystérieuse Brume Noire engloutit La Pinta et La Niña, obligeant l’explorateur à rebrousser chemin. De cette bifurcation découle un monde où l’empire « Incaztèque » a pris l’ascendant et domine la planète ; la magie y a pris le pas sur la science.

Au début du XXe siècle, en 1905, l’Europe est devenue un archipel de cités anarchiques partiellement submergées, reliées par des voies maritimes dangereuses. Les mers grouillent de monstres mutants, de flibustiers et de navires plus ou moins bricolés dans un imaginaire steampunk. Dans ce décor débridé évolue le Faste & Furieux, navire d’un équipage hétéroclite dominé par un groupe de piratesses.

Les deux figures centrales, Barbe-Marie et Rejji, poursuivent une quête : retrouver la route d’une île mythique, Isocélie, qui cristallise à la fois des promesses d’utopie et des secrets enfouis. Leur recherche n’a rien de paisible. Elles doivent d’abord se défaire de la poursuite acharnée du cruel Phinéas Moog, autorité antagoniste dont la puissance s’appuie sur la ville de Massilia, gigantesque cité flottante et tentaculaire. Les méandres de Massilia, ses canaux, ses quartiers interlopes et ses jeux de pouvoir compliquent l’avancée de l’équipage, qui y affronte complots et trahisons.

L’itinéraire les conduit ensuite à Burdigala, ville marquée par un commerce d’esclaves-zombies et par une économie morbide qui repose sur ces travailleurs morts-vivants. Dans ce cadre, Barbe-Marie, Rejji et leurs alliés croisent des figures issues du patrimoine littéraire : Arthur Conan Doyle et Gaston Leroux, réduits au rôle de personnages embarqués dans une intrigue qui les dépasse, cherchent à retrouver leurs propres créatures de fiction – Sherlock Holmes et Rouletabille – eux-mêmes cachés dans la ville. La frontière entre auteur et personnage, réalité et invention, se brouille constamment.

Au fil du périple, l’équipage affronte monstres marins, complots politiques, machines improbables, tribus aux coutumes singulières et manifestations diverses de la Brume Noire. La traversée de l’Atlantique marque une ultime étape vers Isocélie et vers la résolution de l’énigme qui motive toute l’expédition. Les sources secondaires disponibles ne détaillent cependant pas précisément la conclusion du roman ni la nature exacte du secret d’Isocélie ; ces éléments demeurent à préciser à partir de la lecture directe du texte.

4. Personnages et dispositif narratif

Le roman repose sur un large ensemble de personnages, mêlant créations originales et figures empruntées à l’histoire ou à la littérature.

Barbe-Marie et Rejji forment le cœur du dispositif : deux piratesses, cheffes de bord et d’équipage, qui incarnent une forme de leadership féminin à la fois volontaire, excessif et souvent borderline. Leur charisme se double d’une dimension comique et outrancière ; leurs réactions, parfois excessives, contribuent à la tonalité déjantée du récit.

Autour d’elles gravite un équipage disparate, constitué d’anciens flibustiers, de marginaux, de créatures hybrides ou d’alliés de circonstance. Le groupe fonctionne comme une petite société alternative, soudée par la quête d’Isocélie, mais traversée par tensions, désirs contradictoires et chahuts permanents.

Phinéas Moog, antagoniste majeur, incarne à la fois une puissance politique, une menace personnelle pour les héroïnes et une sorte de figure grotesque du pouvoir autoritaire. Sa traque obstinée de l’équipée donne un rythme de poursuite au récit.

Le roman intègre aussi de nombreuses figures intertextuelles : Conan Doyle, Gaston Leroux, Sherlock Holmes, Rouletabille, Cagliostro, des variantes des frères Einstein, mais aussi des clins d’œil à la bande dessinée (Corto Maltese) et à d’autres pans de la culture populaire. Ces personnages se demandent parfois eux-mêmes s’ils sont réels ou imaginaires, ce qui renforce la mise en abyme du statut de la fiction.

Parmi les personnages marquants évoqués par les critiques figurent également des « mamies-zombies », figures à la fois comiques et inquiétantes, qui revisitent le motif du mort-vivant dans un registre ludique.

Le dispositif narratif est caractérisé par une forte mobilité du point de vue et par une narration éclatée : courses-poursuites, changements de lieu rapides, séquences parfois juxtaposées plutôt qu’ordonnées de manière linéaire. Certains lecteurs saluent cette structure comme un jeu assumé avec les codes du récit d’aventures ; d’autres y voient une source de confusion qui rend le suivi de l’intrigue plus difficile.

5. Thèmes, motifs et imaginaire

L’équipée volage explore d’abord les potentialités de l’uchronie : que se passerait-il si la conquête européenne de l’Amérique n’avait pas eu lieu ? Le roman renverse les rapports de domination habituels en imaginant un empire Incaztèque hégémonique, dans un monde où la magie est institutionnalisée. Ce renversement sert de matrice à une réflexion implicite sur la colonisation, les rapports de pouvoir et les hiérarchies culturelles.

Le thème de la mer et de la piraterie structure l’imaginaire du livre : navires brinquebalants, monstres marins, cartes incertaines, brumes surnaturelles et île mythique constituent une variation fantaisiste sur le roman de pirates classique, nourri ici par une esthétique steampunk (machines improbables, technologies anachroniques, bricolages rétrofuturistes).

L’utopie et la quête d’un lieu idéal sont concentrées dans la figure d’Isocélie, « île rêvée » où les héroïnes projettent la possibilité d’une cité différente. Le roman joue avec les codes de la quête initiatique collective : le voyage forcé à l’extérieur s’accompagne de mises à l’épreuve et de recompositions des liens au sein du groupe.

Un autre motif majeur est celui de la porosité entre réalité et fiction : auteurs et personnages littéraires se croisent, dialoguent et participent à l’action, au point que le statut ontologique de chacun devient incertain. Le texte interroge ainsi la puissance performative de la fiction et la manière dont les histoires façonnent les mondes possibles.

Enfin, le roman met en scène de multiples formes de marginalité : piratesses, zombies, créatures hybrides, savants excentriques, tribus oubliées. Cet imaginaire de la périphérie et de la marge sert de décor à une critique implicite des pouvoirs établis et des sociétés esclavagistes ou autoritaires.

6. Style, structure et procédés

Le style de Rolland Auda dans L’équipée volage est unanimement décrit comme foisonnant, inventif et volontiers excessif. Les critiques insistent sur la présence d’argot, de jeux de mots, de calembours, de néologismes et de figures de style soutenues. L’auteur multiplie les références littéraires, cinématographiques et culturelles, transformant la lecture en jeu de piste intertextuel.

L’humour occupe une place centrale : situations burlesques, dialogues décalés, contrastes entre violence des scènes et tonalité légère, détournements de clichés de la SF et de l’uchronie. Cet humour sert aussi de contrepoint aux passages plus sombres (scènes de combat, violence du système esclavagiste, monstres marins ou zombies).

Sur le plan structurel, le roman adopte une progression très dynamique, marquée par l’enchaînement dense de péripéties. Plusieurs comptes rendus soulignent cependant que cette abondance d’événements, combinée à la prolifération de personnages et de sous-intrigues, peut donner au récit une allure confuse. Le livre « tire dans tous les sens », et si sa charpente narrative existe, elle se voit parfois noyée sous la surenchère d’inventions.

Cette tendance participe d’un choix esthétique assumé : un récit qui « joue avec les règles et se joue des règles », privilégiant la surprise, le dépaysement et la jubilation de l’inventivité sur la clarté classique de l’intrigue. Le texte réclame ainsi un lecteur prêt à accepter la démesure, la dérive et l’excès comme partie intégrante de l’expérience de lecture.

7. Réception critique et place dans la collection

À sa sortie, L’équipée volage attire l’attention de la presse spécialisée et de plusieurs blogs de littérature de l’imaginaire. Des médias comme Télérama saluent un roman de jeunesse original, ludique et ambitieux, qui bouscule les codes du genre et confirme la réputation de Rolland Auda comme auteur « neuf » et inventif.

Les blogs et sites de lecteurs soulignent généralement la richesse de l’univers, la créativité des trouvailles steampunk, la galerie de personnages hauts en couleur et le plaisir manifeste que l’auteur prend à tout faire dérailler. Le roman est parfois qualifié de « dinguerie pure » ou d’aventure complètement déjantée, dans un sens plutôt laudatif.

Cependant, la réception n’est pas unanimement enthousiaste. Plusieurs lecteurs et critiques regrettent une intrigue jugée trop confuse, où la profusion d’idées et de péripéties nuit à la lisibilité du fil narratif. Le roman peut donner l’impression de privilégier le tourbillon imaginaire au détriment de la cohérence dramatique.

Dans le cadre de la collection Exprim’, L’équipée volage occupe une place singulière : c’est l’un des titres qui poussent le plus loin la dimension uchronique et steampunk, tout en conservant le ton urbain, ironique et parfois cru caractéristique de la collection. Sa sélection pour un prix spécialisé de l’uchronie témoigne d’une reconnaissance dans le champ des littératures de l’imaginaire, même si l’ouvrage reste un titre de niche plutôt qu’un best-seller grand public.

8. Adaptations et prolongements

Aucune adaptation audiovisuelle (cinéma, série, animation) n’est à ce jour recensée pour L’équipée volage, ni en France ni à l’étranger. Le roman n’a pas non plus donné lieu, d’après les sources consultées, à des dérivations officielles sous forme de bande dessinée, jeu de rôle ou suite romanesque dédiée.

En revanche, le livre s’inscrit dans un ensemble d’œuvres de Rolland Auda caractérisées par une même énergie baroque et un goût prononcé pour les univers disloqués, les dispositifs temporels et les variations sur l’histoire. Des romans ultérieurs comme Lola et la machine à laver le temps poursuivent cette veine d’imaginaires décalés, en la réorientant vers un lectorat plus jeune.

Le texte a aussi connu une forme de prolongement par sa présence dans les débats et les sélections autour de l’uchronie francophone (prix, blogs spécialisés, dossiers sur l’uchronie jeunesse). En l’absence de sources plus détaillées, il n’est pas possible de documenter d’éventuelles appropriations pédagogiques ou adaptations scéniques ; ces aspects devront, le cas échéant, être complétés à partir de témoignages ou de documents internes.

9. Éditions, traductions et repères bibliographiques

Édition originale repérable :

L’équipée volage, roman de Rolland Auda, Paris, Sarbacane, coll. « Exprim’ », grand format, parution le 2 janvier 2013. Volume broché, environ 370–380 pages (données variables selon les sources). ISBN : 978-2-84865-573-4.

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